Harlem avec un peu de Désir

Avis sur Marvel's Luke Cage

Avatar Théo Faurie
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Après l'excellente surprise Daredevil et la purge Jessica Jones (qui ne mérite toujours pas une critique digne de ce nom), la nouvelle itération Marvel était aussi crainte que attendue, d'autant plus que le protagoniste principal avait laissé une forte impression dans la deuxième série précédemment citée. Mike Colter était bon dans son rôle, c'était évident. Mais est-ce que le reste allait lui rendre hommage ?

Tout d'abord, et c'est triste de le dire, mais on s'emmerde énormément pendant plus de la moitié de la saison. Les épisodes sont beaucoup trop longs. La plupart avoisine les 60 minutes, alors qu'ils devraient en faire 15 ou 20 de moins.

De plus, il faut bien admettre que l'intrigue n'aide pas. Classique au possible, celle du héros qui doit apprendre à maitriser ses capacités pour pouvoir vivre avec son monde, elle finit par décoller à partir de l'épisode 7, après un double twist savamment amené et très intéressant. La suite, sans être plus fine, sera plus maitrisée.

L'écriture, de manière générale, oscille entre belles fulgurances et moments nanardesques au possible, avec des répliques pondues par un scénariste en mal des années 80. C'est à base de "Va toujours vers l'avant" ou de private jokes si excessivement répétées que ça en devient beaucoup trop lourd (le fameux "Always" qui semble ne jamais s'arrêter).

L'écriture est d'ailleurs à l'image de la réalisation. Concrètement, c'est un mélange entre le soin apporté au cadre de Daredevil et le "c'est une série de super-héros tout le monde s'en branle de la photographie"' de Jessica Jones. Luke Cage tente de belles choses, en particulier avec les plans fixes, mais ces efforts se noient dans le conformisme et la simplicité du reste. Sont également présentes quelques belles séquences façon montage alterné, où une scène d'action est rythmé par une chanson très funky jazz. La bande-originale est d'ailleurs l'un des points forts de la série, qui ne lésine pas ni sur des performances live filmées ni sur des compositions extra-diégétiques du plus bel effet.

Coté interprètes, je pense que le directeur ou la directrice de casting est très fan de The Wire, puisqu'on retrouve pas moins de 4 acteurs de la série dans Luke Cage, qui sont toujours très bonsd'ailleurs. Néanmoins certains acteurs surjouent énormément, tel Erik LaRay Harvey, qui incarne le second méchant de la saison et qui en fait des caisses à chaque apparition, tellement qu'on n'y croit pas. Mais la palme revient à Theo Rossi, pourtant frappant de justesse dans la dernière saison de Sons of Anarchy. Notons qu'il remporte également la palme du personnage le plus inutile et peut-être le plus kitsch, le pauvre servant de faire valoir dans chaque scène, condamné à retirer et à remettre ses lunettes de soleil à l'infini. C'est simple, jusqu'à l'épisode 11, il ne pourrait pas être là que ça ne changerait rien au déroulement de l'aventure.

Toujours blindé de références forcées aux autres productions Marvel, la série présente une thématique pourtant très pertinente et amenée très subtilement. Alors que Jessica Jones tentait de dire quelque chose sur la manipulation et le harcèlement, mais se vautrait totalement tant c'était caricatural, Luke Cage ancre ses personnages dans le réel avec du name-dropping outrancier, (jusqu'à un caméo purement egotrip et très jouissif en fin de saison) ce qui lui permet de faire référence de manière très subtile aux violences policières qui touchent les afro-américains ces derniers mois.

Au final, Luke Cage est à l'image de son héros : sympathique. Les scènes d'action globalement moyennes côtoient une écriture tantôt surprenante, tantôt stéréotypée, ainsi qu'une réalisation qui ne va jamais au bout de ce qu'elle entreprend. Reste le dernier épisode, qui rate son combat final mais s'en sort avec les honneurs au niveau de l'écriture avec une fin qui tend à légèrement s'éloigner des standards classiques des productions de ce type. Les gentils n'ont pas forcément gagné, les méchants n'ont pas totalement perdu, et c'est pas plus mal.

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