Mais putain vas-y, joue avec mes tripes !

Avis sur Marvel's Runaways

Avatar Nicolas Otter
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Evacuons d’abord les évidences, Runaways est pour moi une surprise totale et un énorme coup de cœur. Au début de la série je me demandais, interloqué, pourquoi cette série me parlait tant, me plaisait tant. Sans arriver vraiment à comprendre pourquoi. Au final quand on regarde de plus près, c’est juste une bande de gosses de riches pourris gâtés, et certains ont des super pouvoirs. Tu le sens la série de clichés, et en plus ils le renforcent en tournant ça en Californie près d’Hollywood et en faisant rentrer leurs personnages dans des catégories bien définies et bien connues du grand public. Bonjour la facilité d’écriture. Sauf qu’en fait non ! Cette série nous propose un cadre initiale pour mieux le tordre, tout en ne le reniant jamais complètement. Oui ces gosses sont favorisés, oui, ils se sont volontairement mis dans des cases. Ceci dit, au final, n’est-ce pas parfaitement normal ? Ce sont des adolescents qui cherchent leurs places dans ce monde. N’avons-nous pas aussi été tentés de nous mettre dans la case gothique ou dans la case Nerd ? Perso, je l’ai fait, parce que c’est plus simple que de chercher son identité propre (quête qui ne s’arrêtent d’ailleurs jamais), mais oublions le mot « simple » le temps de cette critique, la simplicité est définitivement un terme qui ne caractérise pas cette série.

Alors évidemment il y a des situations souvent abordé et propre au teen drama (genre la fille voulant sortir avec le gars hyper populaire et qui se prend un vent); sauf qu’ici, ça marche, parce qu’on est attaché aux personnages (j’y reviendrai) et que la série ne tourne pas autour de ça, ces questions sont aux finales assez périphériques. Les enjeux centraux de cette série sont de vrais enjeux complexes, qui posent des questions qui vont plus loin que ce que son statut de teen drama ou de série super héroïque laisse sous-entendre. Qu’est-ce que vous feriez si vos parents allaient à l’encontre de vos valeurs les plus fondamentales? Que seriez-vous prêt à perdre, pour être qui vous êtes réellement, c’est-à-dire aussi pour incarner les valeurs que vous prétendez véhiculer ? Parce que c’est bien de ça, dont cette série nous parle, d’identité. Ici, ce n’est pas un énième héros lisse qui combat le mal en risquant sa vie, sauf qu’en fait, il est tellement balèze, que le risque est pour lui minime. Ces adolescents se battent contre leurs propres parents, aux risques de tout perdre

(ce qui arrive finalement en fin de saison)

. Donc oui, c’est fait pour parler aux ados, mais pas qu’à eux, et oui ces gosses sont des (super) héros, mais peut-être pas au sens où on l’entend traditionnellement.

La série va en effet, nettement se distancer de la catégorie super héros, sur plusieurs points, notamment son rythme, qui est bien plus lent qu’à l’accoutumée. Runaways va prendre son temps pour développer ses personnages et nous montrer qui ils sont réellement, au-delà des apparences qu’ils s’imposent et au-delà de leurs pouvoirs qui servent au final assez peu dans cette première saison. Elle va aussi prendre son temps pour poser une ambiance, celle d’un monde lisse qui pue l'hypocrisie et le fric bien comme il faut. D’où une photo souvent léché mais qui a le mérite de coller à l’ambiance proposée par la série. Idem pour la bande son assez étrange qui participe à cette ambiance au final assez unique. Ça plus une vision assez décomplexé de la science (la machine qui voit le futur ou celle qui ressuscite des gens, ou encore les débilissimes fistigons) donne un ton parfois assez décalé à cette série, souligné justement par cette réalisation léchée. C'est probablement personnel, mais le contraste entre le décalé et le dramatique marche extrêmement bien chez moi, et je me suis surpris à couiner de peur parce qu’un raptor attaquait une fillette à la force collossale

(je vous rassure il n'y a pas eu combat le raptor est donc encore en vie ^^)

. Dit comme ça, c’est débile, et pourtant j’avais aussi peur pour la gentille raptor que pour la jeune fille. Si j’ai eu si peur pour ces 2 personnages (oui Lace le raptor est un personnage à part entière), et que cette scène a réussi à jouer au basket avec mes tripes, c’est parce que cette série construit remarquablement bien ses personnages en plus d’avoir toutes les qualités susmentionné (notamment la bande son qui est vraiment planante). A noter que ce n’est qu’un exemple de scène parmi tant d’autres, celle-ci étant particulièrement absurdes, intense et réussie.

Donc comme dit ci-dessus, les personnages sont vraiment tous géniaux. Tout d’abord parce que le casting est principalement composé d’acteurs talentueux, qui croient en ce qu’ils font et c’est suffisamment rare pour le souligner. Il arrive souvent qu’un acteur sorte du lot, ou que le casting soit globalement bon, mais ici, l’entièreté du cast crève l’écran, et jouent avec conviction leurs rôles. De manière plus large, j’ai l’impression que toutes les personnes impliquées dans la création de cette série avaient une confiance totale en cette dernière, ce qui explique notamment le rythme d’avancement de cette série ou les Runaways deviennent fugitifs à la toute fin de la première saison. Revenons à nos personnages, qui au-delà d’être bien joué sont aussi et surtout très bien écrit. En premier lieu la série évite un raccourci utilisé dans à peu près, tous les films Marvel (même les bons comme deadpool ou l’excellent Dr Strange), c’est-à-dire de définir des personnages par rapport à leurs pouvoirs ou leurs capacités et bordel que c’est rafraichissant. Les personnages utilisent respectivement 3-4 fois leurs pouvoirs, grands maximum, et chaque fois qu’ils le font, ça envoie du lourd et ça sert la narration. Mais au-delà de ça, ces personnages sont tous confrontés à des dilemmes, et ce tout au long de la série, de vrais choix cornélien que personne n’aimerait avoir à faire (comme dit plus haut). Mais ces choix qu’ils font participent à clairement voir ce que ces personnages ont dans les tripes et dans le cœur. Dès lors, je me suis senti proche de tous les personnages y compris des antagonistes qui sont aussi bien écrits que leurs enfants. Car ces derniers ne sont pas foncièrement mauvais, ce sont juste des personnes qui ont fait des choix et qui ne sont pas prêt à y faire face. Se faisant, tout ce qui arrive à ces personnages me touche, et cette série n’arrête pas de jouer avec leurs émotions et donc les miennes. Parvenant même à faire oublier un scénario relativement moyen.

Bref, j'ai ri devant cette série, j'ai couiné, comme une adolescente regardant un concert de Justin Bieber, devant cette série, j'ai même failli pleurer plusieurs fois, mais j'ai surtout toujours été émerveillé par le ton, la réa, la musique mais aussi et surtout les enjeux qu’elle me proposait. Marvel’s Runaways m’a arraché les tripes, a joué avec et me les a renvoyé au visages en me laissant ébahi devant mes propres dilemmes et mes propres contradictions.

EDIT de fin de série. J'ai finalement vu les trois saisons. Le scénarios devient de plus en plus en loufoque et pourtant de plus en plus cohérent, complexe mais aussi de plus en plus intense. Si je dis ça de la trame, je pourrais tout à fait dire la même chose des personnages qui du début jusqu'à la fin reste le cœur de la série. Dés lors il est logique que le final ne soit pas à propos d'un méchant quelconque mais bien à propos des runaways eux même. Bref, probablement la meilleure série/films Marvel jamais créé mais aussi, à mon humble avis, une des séries les plus sous notée de Sens Critique.

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