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Mindhunter par Mots_Passants

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Avec la série "Mindhunter", je ne savais pas trop où j'allais... Des réalisations de David Fincher, "The Game", "Gone Girl" et la série "House of Cards" avaient ma préférence. Pas "Zodiac" ni "Seven", alors que ces deux films semblent être, pour beaucoup, la référence par excellence.

Les thèmes de prédilection de David Fincher étant (en gros) la douleur psychique et/ou physique, j'appréhendais que le résultat, dans une série où le "serial killer" allait avoir une place de choix, ne donnerait qu'une surenchère visuelle où le sordide rivaliserait avec l'immonde.

Entre Jeffrey Dahmer, Ted Bundy, Dennis Rader, Edmund Kemper, John Wayne Gacy, Gary Ridgway and Cie, David Fincher allait pouvoir proposer aux "amateurs du genre", un véritable feu d'artifice.

Le John Doe de "Seven", à côté de ce dont furent capables les précités, risquait alors d'apparaître comme un membre de la famille Ingalls ou un personnage sorti d'un Walt Disney (oui, je sais, j'y vais quand même un peu fort mais c'est voulu).

Au sujet de "Mindhunter", volontairement, je n'avais pas lu grand chose, ne voulant pas me retrouver peut être influencée, dans un sens comme dans l'autre.

Tenant à faire ma propre opinion, j'ai voulu regarder le premier épisode.

Il m'appartiendrait ensuite, tout simplement, le choix de la continuer ou de m'arrêter là.

Bien m'en a pris car certains articles m'auraient très mal orientée.

Certains chroniqueurs, espérant la vendre à un public plus amateur de polars glaçants que de bluettes, ont focalisé l'intérêt de cette dernière sur les tueurs en série. A mon sens, ils n'ont fait que la desservir.

Il suffit de lire les commentaires (je fais allusion à toutes les critiques lues sur plusieurs sites) pour comprendre que ceux qui s'attendaient à une série avec enquête, meurtres sordides, tueurs à attraper, ont décroché bien vite trouvant qu'il n'y avait "rien qui bougeait", qu'il n'y avait que du "blablabla", "qu'on s'endormait devant", etc. etc..

Bien entendu, les tueurs en série vont être montrés (mais plus encore entendus). Surtout Ed Kemper (dont le degré d'autoanalyse de ses crimes est spectaculaire, exception faite pour sa mère) et Jerry Brudos dans la saison 1.

Toutefois, la série ne vise pas du tout à collectionner les images choquantes sur les atrocités qu'ils ont commises. C'est une réalisation bien plus cérébrale que visuellement terrifiante. L'interprétation de l'ensemble des comédiens est parfaite.

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je n'ai été non pas seulement séduite mais "carrément emballée" et j'ai dévoré les dix épisodes l'un après l'autre.

Au travers de deux agents différents mais complémentaires (la série est l'adaptation du livre "Mindhunter" de John Douglas, pionnier du profilage et Mark Olshaker, journaliste), la série vise à démontrer que "comprendre" ce qui peut se passer dans la tête d'un psychotique devenu psychopathe pourrait aider à les démasquer avant leur passage à l'acte.

Est ce qu'un individu nait tueur ou est ce qu'il le devient ? On peut dire aussi qu'il y a débat entre l'inné et l'acquis.

John Douglas dans la série est l'agent Holden Ford, interprété par Jonathan Groff . A son sujet, j'avoue, comme d'autres spectateurs, que sa physionomie m'a, surtout en fonction des angles de vue, fait penser à celle d'Emmanuel Macron. Cela étant dit, je trouve les articles qu'on peut lire au sujet de cette ressemblance bien trop exagérés aussi (cf. magazine Première).

Ceux qui ont écrit qu'ils avaient été décontenancés par la ressemblance tant elle est, à leur yeux, "spectaculaire", n'ont pas intérêt à regarder la série britannique "Line of Duty" sinon ils auront l'impression de voir en Martin Compston, (acteur qui joue l'un des personnages principaux), Olivier Besancenot en permanence.

Le travail de ces deux agents, pionniers du profilage, vise essentiellement à rencontrer les tueurs en série pour instaurer, avec eux, un dialogue et, surtout, essayer de comprendre le pourquoi du comment.

Dès la naissance, certains ont des cartes plus que pourries en main. L'équilibre, la sérénité et l'harmonie leur étaient inconnus, ça n'aide certainement pas à grandir "normalement" mais ça n'excuse pas tout non plus.

En effet, s'ils ont tous (cf. Stéphane Bourgoin qui a interviewé des dizaines de tueurs en série (dont 400 heures rien qu'avec Ed Kemper) a dit à leur sujet que pour 95 % d'entre eux, il y a eu à la base une enfance totalement dysfonctionnelle (abus sexuel, abus psychologique, très souvent absence de figure paternelle, drogue, alcoolisme) mais tous les enfants maltraités ne deviennent pas pour autant "systématiquement" des meurtriers en série.

D'ailleurs, je reprends la phrase de Herzog qui avait rencontré Michael Perry une semaine avant son exécution (cf. "Into the abyss") et qui avait dit "il n'y pas de monstres, il s'agit d'être humains qui ont commis des actes monstrueux".

La série est d'autant plus intéressante qu'elle montre non seulement la recherche tant psychologique qu'intellectuelle de "l'incompréhensible", avec des dialogues brillants, mais aussi en parallèle l'état sociétal des USA.

Après avoir vu les dix épisodes, je n'ai pu m'interdire de penser à Jacques Vergès qui disait : "Si les tueurs en série nous fascinent, c'est précisément parce qu'en dépit de leurs crimes atroces, ils restent à notre image.".

(critique rédigée le 23 octobre 2017)

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