OVNI par définition

Avis sur Missions

Avatar Kinovor-Cinefaj
Critique publiée par le

Le cinéma français semble considérer la Science fiction comme un sous-genre indigne de ses hautes qualités. Missions est donc l'exception, l'OVNI du PAF le chien blotti dans sa niche culturelle.
Autrefois défenseur d'une spécificité française et européenne face au rouleau compresseur Hollywood, j'avoue m'être detourné d'un cinéma français porté par des acteurs qui, au cours des 20 dernières années, se sont caractérisés par un débit logorrhique de leur texte, comme si chaque fin de tirade était une ligne d'arrivée, et l'ensemble une patate chaude. Où sont passés nos Phillippe Noiret, nos Piccoli, Marielle, Rochefort, Lonsdale, Trintignant? Ces mecs savaient prendre leur temps, sussurer les syllabes, remplir une pièce de leur présence, ils aimaient les mots. Que reste-il de nos Fanny Ardant, Deneuve, Huppert, Bouquet, Baye ? Ces femmes portaient l'élégance au naturel, savaient incarner la bourgeoise nevropathe, la salope du quotidien, la fausse mijaurée, inspirer mépris comme amour avec retenue et sensibilité.
Qu'est ce qui a pu se passer pour que cet héritage se soit perdu?

Je me pose une nouvelle fois la question alors qu'au 4ème épisode de "Missions", je veux quand même connaître la suite. Mais, au lieu de m'emporter, l'acteur de Missions me ramène de Mars à la Canebière d'un "Plus belle la vie".
Pourtant les dialogues, même si quelques répliques révèlent la presence d'AB à la production, ne sont pas vraiment catastrophiques. Les décors (à part la navette qui se pose sur Mars, achetée au surplus chez "Cosmos 1999"), les costumes (les scaphandres en particuliers), sont un peu justes, mais passables. La photo, les lumières sont sans génie, mais au moins standards. Et la musique, le générique, franchement excellents.
L'intrigue, peut être pas des plus originales, fait son office et tient en haleine.

Je me félicite d'avoir le droit de goûter à de la SF vraiment française (Besson ne fait que singer Hollywood avec un certain talent, certes), même d'une qualité relative. En BD, Valerian est bien meilleur que les comics américains. J'en veux plus et à vouloir qu'elle s'améliore techniquement, il me faut l'encourager à faire ses armes. Par contre, j'assume complètement mon petit couplet à la sauce "ancien combattant" : ce qui pèche, dans cette série, ce sont surtout les acteurs. Quand bien même ils ont ralenti le rythme, ils déclament, ils récitent. Seule Viviès est à l'occasion en mesure de rajouter un peu de valeur à son texte, de l'interpréter.

Je me pose les questions suivantes : AB à la production, n'est ce pas la garantie d'un résultat bas de gamme ? Le réalisateur, s'il est vraiment fan de SF (comme il le revendique dans l'interview à 20 minutes en lien dans les statuts d'humeur) n'aurait il pas dû chercher meilleur soutient ?

Me voici arrivé à la fin de la 2ème saison. Je ne vais pas modifier ce que j'ai déjà écrit, par flemme sûrement, mais aussi pour garder une trace de l'evolution des mon opinion.
J'ai bien assez parlé de l'interprétation, et je n'ai de plus à en dire.
Par contre mon estime pour Ami Cohen, la scénariste, est remontée en flèche. Je viens de pondre une critique de "the umbrella academy" (moi aussi je voyage dans le temps) : arrêtons de nous flageller, "Missions" est mille fois plus original et plus intéressant. Sa façon d'aborder l'inexorable mutation de l'espèce humaine n'est pas fondée sur la peur ou le culte de la puissance, et ça c'est un vent de fraîcheur sur une SF dominée par ces notions si américaines.
Les références aux grands noms de la SF peuvent parfois paraître anecdotiques (je pense aux lois de la robotique d'Asimov), quand d'autres sont justifiées. Les questions sur l'origine de l'homme, ses propentions à la violence et à l'autodestruction, en plus de la filiation d'une intelligence articielle ne peuvent que mettre le scénario de Missions en résonance avec celui du si décrié (par des puristes bornés) "Prometheus", sur un certain pied d'égalité.
L'expérience menée par Jeanne et Komorov n'est pas non plus sans faire penser à "Raised by wolves" du même Ridley Scott, avec en fond cette question franchement mystique : depuis que Dieu est mort, ne serait-ce pas à l'homme de choisir les élus qui accéderont au paradis ? Et cette question, sous cette forme, c'est la première fois que je me la pose (bon je suis ni prêtre ni philosophe, soit).
Et puis, même si j'ai d'abord pensé que la citation des lois d'Asimov était anecdotique, c'est en regardant "Missions" que j'ai compris ceci : les lois de la robotique ne concernent qu'une oeuvre, celle d'Asimov, et c'est bien pour cela qu'elles m'avaient toujours paru illusoires. La SF ne s'en est finalement que très peu embarrassée : Alien depuis son tout premier opus, Terminator et son méconnu Saturn 3 (avec K. Douglas et H.Keitel quand même) de "prequel", ou encore Matrix n'en font pas le moindre cas. Ici, "Missions" a au moins pour mérite de citer ces lois, et de montrer comme il est aisé de s'en affranchir. Les lois de la robotique n'ont finalement jamais servi qu'à tracer la frontière au delà de laquelle on pénètre dans la dramaturgie, au delà de laquelle une histoire mérite d'être contée.
Oui, à certains égards, je rangerai le scénario d'Ami Cohen au côté de ceux de R. Scott, et c'est pas rien. Il reste une bonne marge de progression avant d'aller vraiment se frotter au vénéré Kubrick et son "2001", car là il ne sera plus seulement question de moyens.
J'aimerais que cette marge serve, qu'on donne sa chance à une SF à la française qui a fait ses premiers pas dans l'univers sans chanceler.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 52 fois
Aucun vote pour le moment

Autres actions de Kinovor-Cinefaj Missions