Bien en dessous du manga, évidemment...

Avis sur Monster

Avatar Eric Pokespagne
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(A noter : critique écrite sur l'anime "Monster" visionné avant la lecture du manga lui-même)

Volume 1 (épisodes 1 à 15):
"Monster" est une série pour le moins ambitieuse : loin, très loin de l'univers habituel de l'anime, puisqu'on est ici dans l'Allemagne des années 90 empètrée dans sa réunification, mais aussi en se frottant à la mythologie comme aux mécanismes ritualisés de la série américaine (on passe de l'univers des "Urgences" à celui du "Fugitif", avec un petit clin d'oeil dans le 15ème épisode à "Twin Peaks", cette adaptation d'un manga célèbre prétend se frotter au vertige de la fascination du Mal. Certains épisodes, centrés sur le paradoxe moral du Docteur Tenma, ou sur le personnage insaisissable de Johann, arrivent en effet à créer un vertige existentiel original. D'autres, qui se lancent dans des digressions assez étonnantes sur des personnages secondaires ont un aspect plus sentimental assez convenu. Dommage aussi que le graphisme et l'animation ont la simplicité et la raideur dûes à un financement probablement insuffisant par rapport aux ambitions affichées. A suivre, bien sûr... [Critique Écrite en 2006]

Volume 2 (épisodes 16 à 30) :
Avant le coup de génie de "20th Century Boys", il y a donc eu "Monster" qui a permis à Urasawa de développer sa fascination pour le mal absolu, mais un mal dissimulé derrière les apparences rassurantes des rituels sociaux les plus acceptables (avant Ami et ses jeux politiques, il y avait donc Johann, le garçon blond au raffinement et à la beauté idéaux)..., ainsi que pour les récits à niveaux multiples, qui permettent un dévoilement élégant - et toujours retardé - d'une vérité qui toujours se refuse à nous. Il faut avouer quand même que la grossièreté du media "anime" (en tout cas quand ainsi il s'agit d'une série télévisuelle) dessert "Monster" : on est loin de l'élégance fluide des dessins d'Urasawa, et les quelques instants de digression poétique suspendue (pendant les récits "annexes" en particulier), ainsi que quelques belles montées d'adrénaline sur la fin de cette saison 2, sont loin de générer la même fascination qu'un manga. [Critique écrite en 2008]

Volume 3 (épisodes 31 à 45) :
Le 3ème coffret de "Monster" voit - enfin - l'apparition des dédales scénaristiques que Urasawa portera à un niveau d'incandescence absolu plus tard dans son "20th Century Boys", sans qu'il ait encore ici la puissance conceptuelle qui fera de ce dernier une oeuvre inoubliable. En l'état, et en acceptant l'inévitable dégradation "sensorielle" créée par la pauvreté de l'animation, raide et froide (on est loin du dynamisme du trait d'Urasawa), on peut se réjouir infiniment de la complexité de l'énigme à double fond (derrière le monstre, apparaît donc un second monstre,... ou pas ?) et de la savante utilisation de notre empathie pour les personnages, la plupart profondément humains (donc faillibles) : amour de l'enfance, vue paradoxalement comme la source de tous les traumas, de tous les maux, instabilité d'une société gangrénée dans ses plus hautes sphères par le crime, recherche d'une définition pertinente du Mal absolu (l'eugénisme nazi ? Le totalitarisme soviétique ?), "Monster" est clairement la matrice de "20th Century Boys". [Critique écrite en 2008]

Volume 4 (épisodes 46 à 60) :
Les 15 épisodes composant le quatrième volume de l'anime "Monster" souffrent - sans surprise - des mêmes faiblesses que leurs 45 prédécesseurs, par rapport en particulier à leur "source" : faiblesse d'une animation "cheap" qui ne retrouve pas le dynamisme visuel du manga, absence cruelle de cette tension et de cette excitation que sait si bien faire naître Urasawa dans ses récits. Mais ce sont évidemment aussi les ficelles qu'Urasawa lui-même utilise dans son œuvre qui sont exposées ici : le foisonnement excessif de récits et de personnages, la manière dont l'auteur fait monter les attentes de son public par rapport à des pistes scénaristiques qui seront finalement abandonnées sans trop d'explication, etc. Restent les 4 derniers épisodes du coffret, qui réussissent à faire exister un personnage passionnant, Martin, en prise à une attirance - répulsion intense pour la fascinante Eva, le tout dans une atmosphère de roman noir parfaitement maîtrisée. C'est superbe. [Critique écrite en 2009]

Volume 5 (épisodes 61 à 74):
Il m'aura donc fallu 4 ans pour venir à bout des 74 chapitres de la saga en Anime "Monster", c'est dire qu'elle n'a pas provoqué en moi la même addiction que les magnifiques mangas d'Urasawa (rappelons qu'il s'agit ici de l'adaptation pour la télévision de l'une des oeuvres maîtresse d'Urasawa). Pauvreté de l'animation, manque d'inspiration de la mise en scène, il n'y a pas beaucoup de cinéma ici, et on est un peu à la peine. Pourtant, ce cinquième coffret, de loin le meilleur, nous emporte grâce à quatre ou cinq épisodes hallucinants, qui voient Urasawa imaginer le massacre systématique des habitants d'une petite ville tranquille d'Allemagne : un massacre largement hors champs (on n'en voit guère que les conséquences) dont il est finalement impossible de démêler les mécanismes, et qui constitue une allégorie magnifique sur la manière dont la Mal absolu s'empare d'une société et la désintègre. Il n'est pas interdit de penser alors au "Ruban Blanc" de Haneke, à la thématique si proche. C'est dire si Urasawa est brillant, même si cette adaptation ne l'est pas, elle, brillante… [Critique écrite en 2010]

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