Zugzwang en 12 coups

Avis sur No Game No Life

Avatar BlackLight
Critique publiée par le

Savez-vous ce qu'est un Zugzwang? Aux échecs, ce terme désigne une situation où la meilleure solution pour s'en sortir serait de ne pas jouer. Ce mot est parfaitement adapté à cet animé, puisque à l'inverse de ce que ma note pourrait laisser penser, ce n'est pas une œuvre que je recommanderai à tous et est de ce fait très dispensable.

La vérité, c'est qu'elle a eu son petit effet sur moi, et j'en viens donc à en faire une autopsie pour que vous vous fassiez une idée de ce qui vous attend.

Commençons par le synopsis : on se retrouve avec deux NEET( terme catégorisant les personnes ni étudiantes, ni employés, ni stagiaires au Japon), frère et sœur inséparables qui passent leur temps sur des jeux-vidéos sous le nom de [ ] (prononcer "Blank") et qui ont un statut de légende urbaine tant leur niveau de gameplay est élevé. Un jour, un mail étrange leur parvient, les provoquant en duel dans une partie d'échecs qu'ils gagneront. Ils se retrouvent alors aspirés dans un monde entre autre régie par des lois dont le fondement est justement le jeu sous toutes ses formes (régler les conflits se fait par le jeu etc etc...). Un tel monde présente 16 races et l'humanité est la plus faible de toutes (en termes de continent et de progrès). Grosso modo, ils vont essayer de relever le niveau assimilé aux hommes.

Bon, jusqu'ici je ne vous ai pas perdu, tout va bien? Tant mieux. Dans l'idée, je trouve ce scénario assez original et même si la redondance de certains concepts peut être mal vu, le rendu est assez bien foutu puisqu'il m'aura tenu 2h40 devant mon ordi, soit l'équivalent de 9 épisodes sur 12 au total, ce qui est un ratio plus que bon. Le développement est au début assez surprenant ; en effet, on se retrouve vite avec des protagonistes principaux qui pèsent dans le milieu, mais on s'y fait assez rapidement et on en vient à apprécier le rythme assez particulier, alliant parfois des scènes excessivement lentes et des séquences trop rapides.

Mais tout ça, on s'en fout puisque si on s'accroche à l'anime, c'est parce-qu'il est TRÈS entrainant une fois la tête plongé dedans. Même si l'aspect "réflexion" de l'anime n'est qu'une pâle imitation de Death Note, il est auto-suffisant et l'excitation de vouloir savoir et avancer toujours plus dans la résolution d'un problème est un très bon point, nous rendant au moins autant curieux que devant un épisode de Kaiji et nous divertissant au moins autant qu'un bon film, disons "Intouchables" pour mettre tout le monde d'accord. Aussi l'animé est je trouve une bonne source de positivité, à l'image du T-Shirt de Sora (le grand-frère) où il est écrit "J'aime l'humanité". Mais à ce niveau, ce qui est très bon, c'est que ça ne soit pas non plus niais ; Sora dit clairement qu'il fait partie de ces merdes qu'il méprise qu'on appelle l'homme, mais il garde confiance en eux.

Malgré cela, il subsiste de très nombreux points noirs qui lui valent ses nombreuses mauvaises notes, assez difficiles à oublier pour ne pas être citées. Déjà, et comme j'ai tendance à toujours mettre en avant ce problème, le taux de fan service est une honte. On comprend que, généralement, le public visé est amateur de ces conneries, mais je ne cesserai jamais de lutter contre cette forme d'abrutissement visuel justifiée par des intérêts économiques. Cela est d'autant plus dérangeant quand ça touche la relation frère/sœur ; je comprends qu'on puisse apprécier ce complexe du frangin ou de la sœurette, mais moi ça me laisse de marbre.

Ensuite, et très justement, j'ai l'impression que les personnages ont été sous-exploités et répondent parfois à des codes franchement dispensables. Les seuls auxquels on s'attache vraiment sont finalement le jeune homme et son plan cul, euh je veux dire sa première amie dans le monde fictif.
On continue avec cette mauvaise habitude des mangakas et scénaristes à nous pondre des héros limites parfaits à partir de véritables loosers. Je trouve dommage que dans une société où les jeunes sont de plus en plus addicts aux technologies et où ce phénomène est de plus en plus inquiétant, on les y pousse encore plus en leur faisant miroiter que cela rend intelligent et tout le tralala. FUCK YEAH.

Pour terminer, la chose la plus énervante selon moi reste le manque de suspens complètement évident : on ne sera pas étonné de l'issue d'un problème, puisque comme le disent les Blank eux-mêmes, ils ne perdent jamais. Ouais, ça reste cool pour eux, mais c'est chiant pour nous.
Par ailleurs, il ne faut pas s'attendre de cet animé qu'il vous fasse vraiment évoluer ou tout du moins élargir votre perception de la réalité comme Death Note le ferait avec l'idée de justice. C'est drôle, parfois même très comique avec un bon nombre de scènes aux doubles sens absurdes toujours appréciables, mais on ne me fera pas avaler que notre intelligence atteindra son paroxysme au fil des épisodes (euphémisme d'un euphémisme). Le seul élément assez bien mis en avant est cette conception de la vie comme un jeu, comme le souligne le titre. Un concept qui a ses atouts, mais aussi de gros défauts, n'y voyez donc pas une vérité absolue.

Outre tout cela, No Game No Life, c'est aussi un univers aux graphismes flashy assez osés qui rendent plutôt bien, des musiques d'ambiance adaptées, et une série qui aura probablement une suite que nous attendrons pour nous en faire un avis définitif.

Mais ça reste un Zugzwang : si on regarde plus objectivement le tout, on se rend compte qu'au final, il aurait été plus intéressant d'investir son temps sur autre chose, et qu'il aurait été mieux que cette œuvre n'ait jamais existé.
La meilleure solution aurait été de ne pas regarder.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 5560 fois
23 apprécient · 3 n'apprécient pas

Autres actions de BlackLight No Game No Life