Père castor, raconte-nous une histoire

Avis sur Once Upon a Time

Avatar PFloyd
Critique publiée par le

Once Upon a Time (OUAT pour les intimes, acronyme qui permet d'imiter Robert de Niro dans Mafia Blues quand on le prononce rapidement) est une série ABC qui surfe sur la déconstruction des conte de fées de notre tendre enfance. Grimm, Andersen, Pernault, le tout saupoudré de culture américaine : ainsi, le conte de Pinocchio est celui de Disney, avec Jiminy Crickett dans le rôle du criquet (il y en a un dans le conte de base, mais il n'a pas de nom et se fait taper dessus par Pinocchio) ; dans la saison 2, on rencontre Mulan, version Disney. Le pitch tient sur un post-it : Emma Swan, chasseur de primes à Boston, rencontre son fils qu'elle a abandonné (ce qui donne lieu à une scène assez gênante) et qui la convainc de venir à Storybrook, dans le Maine, pour libérer les habitants d'une curieuse malédiction. Une malédiction invoquée par la Reine Noire, et qui piège les personnages de conte dans ce village...

La série se différencie de Grimm par son aspect soap et histoire au long cours, quand Grimm n'est qu'un procedural dans l'univers des contes. Ici, les contes ne sont pas un prétexte à camper un décor, ils font et défont les histoires. Ce qui est arrivé dans le monde magique a des répercussions sur le monde réel ; mais comme quelques personnes seulement s'en souviennent à la base, ça rajoute une certaine tension dans le récit.

OUAT a de gros problèmes de structures et de narration. Format américain oblige (épisode de 42 minutes, découpé en 3 parties), la structure est à chaque fois identique : intrigue de base, puis flashback dans le monde imaginaire, et twist dans le monde réel. Ce défaut, qui est fréquent dans les séries de networks, en amène un autre : une narration hachée, qui hésite entre aller à fond dans son délire de base, et la volonté de l'ancrer dans le monde réel. Les séquences entre les deux mondes ne sont pas assez liées entre elles, et la réalisation des scènes dans le monde magique n'aide pas à y croire (les décors y sont assez moches). Autre souci de la série, son premier degré. Bon, c'est un argument purement subjectif, mais je trouve que ça manque d'humour, de dérision de soi. La série nous lit des contes, en crée dans le monde réel, c'est beau et mignon, mais elle n'en profite pas pour tordre un peu le coup aux idées reçu ; je ne demande pas un délire à la Shrek ou à la Princess Bride, mais cela n'aurait pas fait de mal. Pour le coup, on s'ennuie poliment à certains moments.

Cette innocence du récit (niaiserie pour les plus sévères) se répercute sur les personnages. Ainsi, Prince est beau gosse, courageux, et apprend même à être intelligent ; Blanche aime la vie et la croque à pleines dents (c'est-y pas mignon ?) ; la Reine est cruelle et cynique, et méchante, et elle fait peur ; etc. De tous les personnages, seuls quelques-uns surnagent et apportent de la profondeur à leurs personnalités : la Reine, qui, même si dans les premiers épisodes parait juste méchante, est assez ambiguë pour nous permettre de nous attacher à elle (le meilleur perso de la série) ; Jefferson, le chapelier fou, apporte lui aussi des choses intéressantes ; mais globalement, les personnages sont trop peu esquissés pour que l'on éprouve de l'empathie pour eux. Certains ont même des tics assez agaçants : ainsi, les nains se croient obligés à chaque fois qu'ils travaillent de siffloter "hé ho, hé ho, on rentre du boulot". Cliché, quand tu nous tiens...

Les personnages d'Emma et de Henry, les personnages "normaux", sont assez inégaux ; Jennifer Morrison est mono-expressive au possible et semble avoir laissé sa palette d'actrice dans les studios de la Fox ; quant à Jared Gilmore, même si il est tête à claque, au moins, il ne laisse pas indifférent et finalement, il est assez attachant.

Bref, on a donc affaire à une série qui se veut ambitieuse dans la forme (beaucoup d'effets spéciaux, récits parallèles, etc.) et dans le fond (saga au long cours, intrigues et sous-intrigues rythmées, ambiance soap à la Desperate Housewives), mais qui ne remplie que partiellement ces deux objectifs. Attention, ce n'est pas une mauvaise série, mais elle est trop imparfaite pour laisser une trace durable. Peut-être devrait-elle se délivrer de cette forme en allant de l'avant et en proposant autre chose que Blanche-Neige qui va sauver le Chaperon Rouge. Resserrer l'intrigue, mieux développer ses personnages, et surtout, dire à l'actrice qui joue Blanche d'arrêter d'avoir une tête de constipée quand elle pleure. Ça casse le mythe.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 2047 fois
14 apprécient

PFloyd a ajouté cette série à 1 liste Once Upon a Time

Autres actions de PFloyd Once Upon a Time