"Well that was lame... I kinda had my hopes up too."

Avis sur One-Punch Man

Avatar T. Wazoo
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Cette citation n'est pas de moi, c'est Saitama lui-même, principal protagoniste et « héros » de One-Punch Man, qui la prononce après un énième gros vilain dûment tabassé d'un seul coup terrassant.

Car One-Punch Man a un concept de base très simple, qui se retrouve résumé dans son seul titre : Saitama est un type lambda qui rêve de devenir un super-héros, dans un monde régulièrement attaqué par une multitude de monstres de toutes les couleurs et de tous les formats imaginables ; pour cela il s'entraine des années par un régime à base de pompes, abdos et jogging et finit par devenir l'homme le plus fort du monde : tout adversaire qu'il rencontre se voit réduit en charpie par un seul coup de poing. Le drame, c'est que personne n'est au courant, et personne ne veut croire que ce petit bonhomme chauve blasé possède une telle puissance.

Hop, voilà ! Emballé c'est pesé, la recette de chaque épisode de One-Punch Man est toute tracée. Comme suit : méchant débarque >> méchant déboîte tout le monde >> méchant gonfle le torse pour bien montrer comment qu'il est balèze >> méchant dérouille aussi tous les héros qui viennent l'arrêter >> Saitama déboule par hasard (ou a été ralenti pendant tout l'épisode) >> méchant se paye la tronche de Saitama parce qu'il a vraiment l'air tout nul >> Saitama fait trou dans méchant >> Saitama dépité, blasé, rentre chez lui.

Et ainsi de suite pendant 12 épisodes, je caricature à peine.

Cette recette je ne la critique pas en soi, ça donne en théorie de quoi faire quelques épisodes marrants, c'est un gag efficace qui m'aura fait sourire une fois ou deux... mais vraiment pas plus. C'est ce qui est dramatique avec One-Punch Man : elle se complait dans ses prémisses sans jamais avancer hors de sa zone de confort, si bien qu'à la fin du dernier épisode, on est toujours pas plus avancé. Quand on annonce quelque chose d'aussi gros que « voici notre héros, il est plus fort que tout le monde » et qu'on suit un arc narratif de shonen, on se doit de mettre à mal nos certitudes. Sinon tout ce qu'il reste est un running-gag qui est déjà lourdingue au bout de 3 épisodes et qui ne s'arrange pas à mesure que le temps passe.

Alors on me dira que tout ne tourne pas autour de Saitama, que des intrigues annexes se forment, qu'il y a d'autres héros qui eux mènent de véritables combats contre des bestioles surpuissantes (cf entre autres lorsque Geno commence à se battre avant Saitama, ou lorsque tout le monde se fait rétamer face au Sea King, ou que les héros s'unissent face à l'alien auto-régénérant). Certes, mais les ficelles sont si transparentes qu'il est impossible de ne pas comprendre qu'à chaque fois tout est fait pour nous faire ressentir que tout est sans espoir jusqu'à ce que Saitama débarque. Dès lors le seul enjeu perceptible de l'épisode tient aux circonstances qui empêcheront mister One-Punch de débarquer dans le ring pour mettre fin à la tension. Mais quelle tension vraiment ? Certainement pas celle d'une quelconque issue incertaine du combat puisque Saitama est posé comme gagnant d'avance. Et sûrement pas celle de la survie des frêles personnages secondaires puisque aucun n'est attachant. Sérieusement, je ne me suis attaché à aucun de ces branques bariolés sans profondeur (pas plus qu'à Saitama d'ailleurs), dont le portrait est grossièrement taillé à la hache – à l'exception du cycliste dont le nom m'échappe, auquel j'accorde une belle séquence touchante. Tout ce petit monde m'a un peu fait penser au bestiaire grotesque de One Piece, sauf qu'au moins ce dernier avait le talent de leur insuffler une vie, une passion – fût-elle risible ou simplement débile, tandis que One-Punch Man se contente de les balancer dans l'écran sans autre forme de procès, comme pour nous faire admirer leurs caricatures.

Ah oui, parce qu'on en vient justement à l'autre point qu'on pourrait m'opposer : « Relax mec ! C'est une parodie ! C'est de l'anti-shonen, ça renverse le genre et ça joue avec ses codes! C'est ironique, c'est satirique, c'est normal si c'est grossier ». Non, ça n'est pas normal. Quand on construit un show de 12 épisodes, qu'on pose une narration, alors on se doit d'assumer ce que cela suppose en terme de soin apporté aux diverses portions de l'animé. Sinon on fait un court-métrage ou une simple vidéo, ç'aurait été largement suffisant pour contenir tout l'intérêt de One-Punch Man. Dès lors que la série fait le choix de s'étendre sur la durée, elle se doit de proposer quelque chose de qualité, de se renouveler, de maintenir l'intérêt de l'audience, de convoquer un minimum d'enjeux.

Or ici le scénario est quasi-inexistant (il reste éventuellement les éléments obscurs comme ce que complote Metal Knight, ou l'identité du mystérieux Blast restée en suspens, mais on ne sera libre d'en juger que lors de la prochaine saison donc ça ne rentre pas vraiment en ligne de compte) ne serait-ce que parce que Saitama à la fin du dernier épisode est toujours loin d'avoir trouvé de quoi se dérider, les personnages sont à chier puisque unidimensionnels et ne s'extraient jamais de leur caricature, le rythme est mollasson (tout particulièrement au début de l'animé, et c'est dramatique : les trois premiers épisodes sont chiants, mais suffisent à eux-seuls à épuiser toutes les maigres cartouches humoristiques de l'animé, si bien que lorsque ça se réveille un peu vers l'épisode 4 il est déjà trop tard : on est aussi blasé que Saitama). L'animation heureusement réserve quelques scènes d'action sympathiques, qui permettent de rendre cette baudruche d'animé passablement divertissant (ce pourquoi il arrive tout de même à 4).

En fait, c'est exactement comme si on nous montrait une guerre entre deux armées de fourmis, qui se battent férocement jusqu'à ce qu'un humain débarque et écrase tranquillement le tas d'insectes avec son pied. Pourquoi pas, mais alors qu'on nous place, nous spectateurs, sous le point de vue de ces fourmis, de telle sorte qu'on puisse être authentiquement saisis lorsque le deus ex machina se produit. Mais ici nulle surprise, puisqu'on est averti dès le départ : Saitama défait n'importe quel opposant d'un seul coup. On a le point de vue de l'humain et on attend passivement que sa bottine rouge écrase sans passion la masse grouillante des formicidés. Et l'ennui de poindre le bout de son petit nez dès lors qu'on réalise que les créateurs ne se lasseront jamais de leur running-gag. Soupir

Mais Dieu m'en soit témoin, je regarderai la saison 2, ne serait-ce que pour voir jusqu'à quel point One-Punch Man est capable de s'embourber dans le plus total immobilisme avant de se réveiller et, qui sait, prendre à revers ses propres codes au lieu de se concentrer si fort à parodier bien faiblement ceux de ses plus glorieux aînés.

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