NICE TRY MAN

Avis sur One-Punch Man

Avatar Akula
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SPOILERS MULTIPLES : OPM, Star Wars, Attack on Titan, Steins:Gate, Dragon Ball

One Punch Man (OPM), encensé unanimement par la critique comme l’anime marquant de 2015, à ne pas rater. En 2014, l’anime de l’année était Attack on Titan (AoT), une belle claque, tant visuelle que scénaristique. Content de cette expérience 2014 j’ai donc décidé de suivre à nouveau l’avis de la critique et de m’attaquer à ce « monument » qu’est OPM. Mal m’en pris, OPM n’a rien d’un monument, un monument aux morts tout au plus, et encore, ce serait insulter les morts.

Avant de tirer sur l’ambulance, énumérons les qualités de l’anime. Car elles sont présentes malgré tout, ce serait être hypocrite que de ne pas lui en trouver. La bande son est d’une grande qualité, un bon rock des familles à la japonaise comme on les aime, mais malgré tout un peu répétitive : on déplorera la reprise du thème du générique au moment du combat final, comme ça, sans aucune variation. La patte graphique laisse quant à elle une belle impression, les dessins sont beaux, tout droit issus des techniques de l’animation moderne, les monstres sont originaux, bien traités, au point de parfois vous arracher un sourire… Je crois que vous me voyez venir, et j’entre donc dans le vif du sujet.

Humour :

L’humour mérite un paragraphe à lui seul, tant il représente le point central de l’anime. Tout, du synopsis au traitement des personnages en passant par les dialogues, tout est destiné à faire rire, ou du moins sourire le spectateur. C’est donc ici que je vais le placer :

Disclaimer

L’humour est quelque chose de parfaitement subjectif, une œuvre que certains peuvent trouver hilarante en laissera d’autres complètement froids. De plus j’ai personnellement beaucoup de mal avec l’humour japonais en général.

L’humour d’OPM, censé représenter la plaque tournante de l’anime m’a laissé complètement de marbre, j’ai plus ri devant une vidéo du Studio Bagel, c’est dire. Étant bercé par l’humour des Inconnus et des Monty Pythons, OPM fait figure de comédie pour enfants. Peu de finesse, un comique de répétition très lourd à la longue, la blague des chauves sur Saitama, c’est comme la blague des gros sur Obélix, il y a bien longtemps que ça ne fait plus rire personne. Les situations fortuites dans lesquelles le héros se trouve et qui vont l’amener à la rencontre puis à la destruction du monstre sont assez hilarantes au départ, puis lassantes à la longue. Ce qui amène en réalité au principal problème de l’humour dans cet anime : le manque de renouvellement, à tous les épisodes, on nous ressert les mêmes blagues et les mêmes situations comiques, de sortes qu’elles le sont en réalité de moins en moins. Si l’absurdité de l’anime peut amuser au début, on s’en lasse vite après les premiers épisodes, l’humour lui-même en devient prévisible, gâchant justement tout l’effet comique.

Mention spéciale aux noms des héros, qui sont particulièrement savoureux, même en version française, je dois avouer que Roulettes Rider reste mon préféré et le ridicule du patronyme contraste énormément avec ses actions lors de la deuxième partie de l’intrigue. Autre point positif, on échappe au traditionnel cliché de l’humour japonais, avec un « pervers » placé toutes les deux phrases, où l’apparition fortuite d’une culotte, ce qui a le don de m’exaspérer au plus haut point.

L’humour reste, malgré de lourds défauts, l’un des points forts de l’anime, car c’est là que le pire commence, l’œuvre manque cruellement de construction et de profondeur, tant au niveau scénaristique que du traitement des personnages, jusqu’aux enjeux de l’histoire, totalement inexistants.

Scénario :

Le scénario se rapproche plus ou moins d’un Dragon Ball et reste donc tout à fait classique, voire commun. Un grand vilain venu d’on ne sait où ne cherche qu’à détruire tout ce qu’il trouve sur son passage, sans que l’on sache réellement pourquoi. On envoie donc des héros, fiers défenseurs de l’humanité lutter contre l’affreux méchant, le combat est rude jusqu’à l’arrivé impromptue de Saitama qui défait l’adversaire d’un seul coup de poing. Pouah, Steins:Gate n’a qu’à bien se tenir, la next-gen des scénarii d’anime est en marche ! Premier problème qui frappe dans ces quelques lignes de résumé, qui sont les ennemis, pourquoi veulent-ils détruire les humains ? Cette question restera en suspens pour la plupart des monstres rencontrés et vaincus par nos héros. Si dans DB, on comprend les motivations de Frieza, Cell ou Buu, on ignore tout des intentions du Roi des Mers, du ou du créateur de monstres dans sa tour, ou même de la femme algue, nul ne sait d’où ils viennent et quel sont leur but. Seul le méchant final aura son background un peu détaillé.

Mais attardons-nous un peu plus sur ce méchant à l’allure mi Yu-Gi, mi Sayen, il est le seul capable de résister à un coup de poing de notre héros, et il lui en faudra pas moins de quatre pour succomber à ses blessures. Maintenant, je vous demande pourquoi peut-il se transformer en Super Sayen, aurait-il survécu à l’explosion de sa planète par Frieza ? Serait-ce un nouveau Broly ? Rien ne le dit dans l’histoire.

Autre concept, parfaitement original et pas du tout pompé sur des œuvres existantes : l’Association des Héros, il est vrai que X-Men, la Ligue des Justiciers et autres Avengers, n’avaient jamais aussi sortir quelque chose d’aussi original et novateur, on reste scotché par tant d’inventivité, que dis-je, de génie créatif !

Voilà donc pour le scénario, totalement originalement calqué sur un DB ou un dessin animé Marvel de notre enfance, avec l’émotion en moins, parce qu’on sait pertinemment qu’aucun des protagonistes ne va mourir et que Saitama n’aura aucune difficulté à se défaire de son ennemi, qu’on nous vantait pourtant comme « redoutable ». Ce qui nous emmène à la partie suivante, les enjeux, plus importants dans un épisode de Dora l’Exploratrice ou de Telettubies.

Enjeux :

Même dans Dragon Ball, qui possède un mécanisme de résurrection de nos héros par le biais des boules éponymes, on reste parfois (même souvent) scotché devant l’intensité d’un combat, en se demandant comment cela va se terminer et comment nos protagonistes vont s’en sortir cette fois contre un ennemi plus puissant que tous les autres. On se rappelle tous de l’ultime Kameha de Gohan contre Cell qui nous aura tenu en haleine pendant plusieurs épisodes. Et j’ose à peine évoquer AoT qui n’hésitera pas à trucider des personnages attachants dans des conditions atroces (pourquoi Petra, pourquoi-elle ? Monstre sans cœur !). Non, dans OPM, on sait déjà que personne ne mourra (sauf des civils inutiles) et que dans tous les cas Saitama arrivera à la fin, comme un cheveu sur la soupe (j’ose le répéter, aussi souvent que l’anime le répète), pour éclater le monstre d’un seul coup de poing. La seule scène tenant vraiment en haleine, est la scène du combat final, dans le vaisseau de l’ennemi, l’issue est indécise et jusqu’à la dernière minute, on ne saura pas si notre héros chauve au charisme légendaire parviendra à se sortir de cette situation, ô combien épineuse… Non, en fait je déconne, on sait depuis le premier épisode que le Saitama est invincible, ce qui gâche tout suspens pendant tout l’anime, même si à la fin, les créateurs essaient de nous faire croire que Saitama pourrait être en danger.

Comme cette mascarade de saison 1 ne m’a plus fais rire depuis l’épisode 5, j’ai l’impression d’avoir regardé un numéro de clowns d’un cirque de campagne, accompagnés de scènes de combat dignes d’une série Z taïwanaise. Doit-on en effet évoquer ce combat final, comme une copie au rabais de DB ? Tout y est, boules d’énergie, transformations, pluie de coups, passage au travers du décor, tout sauf l’epicness d’un combat de DB, qui pouvait durer une dizaine d’épisodes, là non, tout est bouclé en un épisode, le plus grand méchant de l’univers, oui, pas seulement de la terre, mais de l’univers tout entier, est rétamé en un épisode par Saitama. Merci d’avoir patienté 11 épisodes et revenez l’année prochaine pour qu’on vous le mette encore plus profond.

Le caractère surpuissant, invincible et donc inintéressant du personnage fait donc que l’on reporte son affection sur son principal acolyte, Genos. Qui lui, bien que puissant, reste tout à fait « vincible » (néologisme parfaitement cohérent dont je suis fier) et dont le background est très bien étoffé, chose assez peu courante dans l’anime. Ce qui permet donc de passer à la prochaine partie de l’analyse, les personnages.

Personnages :

Le problème principal des personnages est leur manque de développement et de profondeur qui fait que l’on a du mal à s’identifier, à s’attacher à eux, faute de les connaître suffisamment. Hormis Saitama notre, héros, et son bras droit Genos, la plupart des personnages importants (on imagine donc ceux présents au générique) et récurrents dans plusieurs épisodes, ne sont pas traités, si bien qu’on ne connaît rien d’eux, ni leur histoire, ni leurs motivations, ni même parfois l’étendue de leurs pouvoirs.

Je vais donc passer quelques personnages en revue afin de montrer les incohérences de la construction des personnages au sein de l’anime.

Saitama : rien à dire, c’est le personnage principal, il est correctement abordé, on connaît son histoire, ses motivations, son caractère.

Genos : Pareil que Saitama, le personnage est assez profond, bien traité et vraiment attachant.

Le Ninja Rapide : tellement développé que je ne me souviens même pas de son nom. Il apparaît au cours de plusieurs épisodes, et fait figure d’antagoniste, même si Saitama refusera toujours l’affrontement frontal. On ignore tout de lui, ses motivations, son passé, ou alors il est tellement traité rapidement que je l'ai oublié, comme son nom. Bref, un personnage qui se voudrait important (apparition au générique etc), mais complètement sous développé.

Silver Fang : complètement l’inverse du Ninja, il n’apparait que dans les derniers épisodes, et pourtant on sait tout de son passé. C’est un peu le Luke Skywalker de l’anime, il formait des apprentis aux arts martiaux, quand le plus puissants d’entre eux a tout saccagé et ruiné son entreprise, il a donc décidé d’abandonner l’enseignement et de s’adonner à la vie de héros. Ce personnage est inutile pour l’intrigue principale, pourtant il est plus profondément abordé que tous les autres.

Meta(l)knight : Principal antagoniste de la saison 2, avec un temps d’apparition à l’écran inférieur à 5 minutes. On ignore tout de lui, jusqu’à son visage, pourtant il semble revêtir une importance capitale pour la suite des événements.

Tatsumaki : Le personnage avec le plus mauvais traitement que j’ai eu l’occasion de voir, et pourtant ça ne partait pas trop mal. Personnage énigmatique, puissant et mystérieux, présent au générique. Le personnage est passé à deux doigts de recevoir un traitement intéressant, à la place tout le plaisir est gâché. Je m’explique, lors de sa première apparition, on la voit user de ses pouvoirs, et de puissants personnages la craindre, on se dit, « cool, enfin un personnage badass, j’ai hâte de voir de quoi cette gamine est capable ! » Mais quelques épisodes plus tard, tout le mystère est gâché lorsqu’on la voit détruire un monstre saurien avec une météorite, on sait déjà qu’elle possède un pouvoir énorme. Quand arrive le combat final, on aurait pu, sans la scène du dinosaure, se dire, « ah ouais quand même, badass la mioche, je comprends pourquoi tout le monde la craint, elle déchire complètement ! ». Mais non, tout ça on le savait déjà, le seul truc qui nous vient à l’esprit c’est « m’bon c’est quand qu’elle détruit le vaisseau avec ses pouvoirs ? », ou, « de toute façon les missiles vont rien leur faire parce qu’elle va les renvoyer ». Le mystère est brisé et toute volonté anéantie, de même que le traitement d’un personnage affreusement désagréable, mais qui est passé à deux doigts d’être affreusement classe également.

Enfin, le dernier manque à noter parmi tous ces personnages, c’est l’absence de protagoniste féminin d’importance, hormis cette jeune fille complètement insupportable, on ne voit que peu de femmes ayant une incidence sur la suite de l’histoire, c’est bien dommage car cela empêche des interactions et des enjeux qui ne sont pas possibles entre des individus uniquement masculins. On manque également d’un point de vue féminin sur le personnage principal, point de vue qui pourrait être très intéressant. Encore une fois, limitation des enjeux de l’histoire.

La dernière partie traitera de la dimension artistique de l’anime, à savoir essentiellement, la musique et les images.

Musique et images :

  • Musique :

Je ne m’attarderai pas longtemps sur celle-ci car l’essentiel a été dit en introduction. La musique est bonne, que ce soit le générique ou la musique à l’intérieur des épisodes. Du bon rock japonais comme on veut en voir dans un anime d’action comme celui-là. Peu de défauts de ce côté-là, juste un certain reproche, la répétition du thème principal. Ce dernier est repris, note pour note, sans aucune variation lors du combat final, cela amène à des lourdeurs qui auraient pu être largement évitées.

  • Images :

Les images sont belles, les combats sont clairs, et malgré quelques flashs épileptiques, la patte graphique est très propre. Seul point négatif selon moi, mais qui peut plaire à certains, la présence de certains effets propres au mangas, dans lequel on voit un personnage stylisé, aux expressions surreprésentées. J’ignore si vous comprenez ce que je cherche à vous expliquer, mais ce procédé possède sûrement un nom dans le manga. Ce procédé est essentiellement utilisé lorsque les Saitama et Genos ignorent les jérémiades prétentieuses de Tatsumaki. Quoi qu’il en soit, je trouve que cette technique, beaucoup trop utilisée, détruit la cohérence graphique de l’œuvre, qui pourtant se révèle d’une qualité certaine.

En guise de conclusion, après une année 2014 de folie, l’anime de l’année 2015 n’a pas su montrer la profondeur ni la puissance qui font que l’anime japonais surpasse de loin la série américaine. OPM n’a pas su se placer plus haut qu’une série lambda d’Hollywood. Mais je garde bon espoir pour 2016, avec l’annonce de Steins:Gate 0 qui, s’il arrive ne serait-ce qu’au petit orteil de son prédécesseur, écrasera de toute sa splendeur le pitoyable Saitama et sa clique de héros.

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