Dis donc Jamie, comment on fait une série racoleuse?

Avis sur Outlander

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Saison 1:

Outlander nous offre la possibilité de faire un double voyage dans le temps, jonglant entre l’après seconde guerre mondiale et le 18ème siècle.
Le lieu reste le même dans les deux cas: l’Ecosse, ses légendes, son climat, ses traditions, sa musique et….. ses écossais.
Parce que si c’est l’aspect historique qui nous attire, pas la peine de se mentir, ce n’est qu’un prétexte pour pondre de belles images et y planter de beaux acteurs qui nous donnent envie de rester.

Nous suivons d'abord Claire, l’héroïne qui pour une fois n’est pas une prude jeune fille mais une femme mariée qui a oeuvré en tant qu’infirmière pendant la seconde guerre mondiale et essaie de redécouvrir son mari en vivant avec lui une seconde et torride lune de miel.
Ça a l’air formidable mais elle nous explique en filigrane qu’à part leur relation charnelle ils sont redevenus des étrangers durant la guerre. Pourtant, on a l’impression que Monsieur Randall est très sympathique et dingue de sa femme: un peu coincé dans ses manuels d’histoire mais tout de même attachant. Si bien qu’à l’issue du premier épisode on peine à comprendre comment notre infirmière va pouvoir vivre une nouvelle passion alors qu’elle a déjà une belle histoire sous la main.

Claire c’est un peu la femme parfaite, la docteur Quinn du quartier, qui est toute jeune mais vu qu’elle a connu une guerre, forcément elle sait diagnostiquer et soigner tout et n’importe quoi.
Bon et puis forcément c’est un fort caractère, du genre à foncer tête baissée là où il y a du danger, à écouter son bon cœur sans voir les pièges qu’on lui tend, à se battre contre toutes les inégalités de la terre bref une héroïne parfaitement parfaite et un rien agaçante. Et ça ne va pas aller en s'arrangeant.

Et soudain, Jamie apparait. On n’a alors plus aucun doute: on sait qu’il est là pour qu’on l’aime, et ça détermine notre envie de découvrir la suite de la série ou pas.
Parce qu’on comprend vers quoi on nous entraine: une vraie romance de fiction, faite de passion interdite, de sang, d’obstacles qui rendent toujours plus fort, et de charmant rouquin un peu rustre mais tellement gentleman et tellement attachant.
D’ailleurs pour nous montrer combien il faut l’aimer, on n’hésite pas à dénuder le jeune homme à la moindre occasion, à exhiber torse et muscles saillants, et si possible en présence de Claire, d’un feu de cheminée, de bobos à recoudre, de vieilles blessures qui font mal au coeur et de regards en coin complices entre nos deux tourtereaux...
En quelques scènes on voit comment Claire va passer du statut d’épouse dévouée et fidèle pressée de rentrer chez elle à celui de sympathisante écossaise prête à oublier sa vie d’avant.
Cousu de fil blanc? Mais noooon parce que c'est un être tourmenté à qui la vie ne fait pas de cadeau.

L’amour ou le désamour qu’on peut avoir pour la série est proportionnel à l’attachement qu’on porte à Jamie et/ou Claire, parce que les petites histoires d’écossais qui se battent et la grande histoire qui se jouent sous nos yeux sont rythmées par la relation entre les deux personnages.
Une romance qui mêle les grands moments incontournables du genre et d’autres moins attendus: par exemple, l’étape habituellement primordiale du premier baiser est expédiée, pour privilégier une première nuit très bavarde. Dans un récit globalement téléphoné et très fleur bleue, on essaie de nous surprendre, mais ça ne prend pas bien longtemps, et malheureusement les épreuves sont surmontées très rapidement. C’est comme si on voulait nous livrer de la nouveauté, des évènements plus crus que d’ordinaire mais que le fan service revenait toujours plus fort: pour une scène sortant des sentiers battus, il en faut trois pendant lesquelles les personnages reprennent leurs rôle stéréoptypés.
Il leur manque une psychologie en rapport avec ce qu’ils traversent: ils ont tout en main pour faire de vrais êtres torturés et mal dans leur peau comme on les aime mais restent curieusement lisses. Pourtant on ne peut pas dire qu’ils soient ménagés.

Outlander présente quand même une reconstitution historique pas trop dégueulasse dans laquelle on aime se plonger, des conflits politiques pas inintéressants, et des personnages assez forts pour en faire un plaisir coupable à moité avouable.

Saison 2: La douche froide (écossaise forcément…)

La première saison s’achevait sur un évènement fort marquant, malheureusement traité comme souvent dans cette série avec une brutalité qui ne s’assume qu’épisodiquement.
On quittait l’univers écossais avec la promesse d’un nouvel horizon: la France!
On se prépare donc à un double virage: un Jamie écorché et de nouveaux décors à explorer.
Comme pour le début de la série, le premier épisode nous prend au dépourvu: nous arrivons en 1947 et non au 18ème.
Claire retrouve son mari, on ne comprend pas trop ce qui lui est arrivé mais on espère que ça viendra, et comme la première fois il faut arriver à la fin de l’épisode pour découvrir le passé de ce récit.
Et là on déchante très vite:

La torture psychologique de Jamie? Oui elle est traitée, évidemment, mais sans maîtrise, et on regrette que la série ne soit pas mieux ficelée pour nous faire ressentir les sentiments des personnages parce qu’il y a moyen de faire bien mieux, sans avoir l’impression que les évolutions se font de façon totalement artificielle.

Le nouveau décor? Ouai ok on a compris la France et l’Angleterre c’est pas pareil, ok.
La France ça pue et les élites sont frivoles, ont des mœurs débridées et rien n’y est aussi naturel et sauvage que l’Ecosse.
Ok, ça se peut, ça ne flatte pas la frenchie que je suis, mais là où j’avais peu de références pour mesurer la qualité historique de la première saison, j’ai bien du mal à ne pas tiquer sur certains points quand ça traite de sujets plus familiers - peut être à tort. Je trouve ce traitement de la cour totalement raté, et voir Claire se promener une fois de plus comme si elle comprenait tout et devenait amie avec tous en deux secondes m’épuise.
C’est le même principe depuis le début, mais je trouve ça encore plus flagrant ici: qu’elle s’adapte en peu de temps à l’écosse, ok on accepte, qu’elle nous joue du bis repetita de l’autre côté de la manche, on n’a plus envie d’y croire.
Sans parler bien entendu des acteurs français qui jouent au ralenti pour la version originale (j’imagine), et du coup sont sur la même vitesse en voix française: les français parlent donc en vf moins bien que les étrangers.
On comprend le contraste mais ça ne passe pas, et ça donne des dialogues complètement insupportables. Je plains les écossais s’il en va de même avec la reconstitution de leur côté de la manche.

Du coup la série qui offrait un compromis histoire/complot/romance/trahisons un peu simpliste mais agréable à regarder devient insipide alors qu’on aimerait lui trouver davantage d’attrait.
Et Jamie a beau montrer ses muscles envahis de cicatrices et tenter de jouer le gars en plein doute psychologique, rien n’y fait, le charme est brisé.

Reste que la fin de la saison tente une nouvelle fois de redémarrer la machine, cette fois-ci avec un saut dans le temps plus important, ce qui va évidemment me pousser à suivre quand même son évolution parce que l’idée de base n’est pas mauvaise.

C’est rageant de voir le potentiel de la série, le traitement pas totalement raté, mais de peiner sur des héros jolis mais trop faux pour qu’on adhère. Comme quoi l'emballage ne fait pas tout.

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