Ce que donne la musique à la télé française...

Avis sur Philharmonia

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Philharmonia, c’était un peu le défi que je lançais à la télévision française : me convaincre. Je regarde peu de séries FR à cause de leur redondance. Quasi toujours policières, quasi toujours courues d’avance, quasi toujours un épisode = un meurtre… je dis « quasi » parce que ça change évidement parfois, qu’il y a des choses plus sombres, plus osées, plus développées… mais Philharmonia apportait encore autre chose : l’originalité par l’introduction importante de musique classique et par conséquent, d’un monde que beaucoup d’entre nous ne connaissent pas ou très peu.

De ce côté-là, je suis plutôt satisfaite. L’univers d’un orchestre comme celui-ci, c’est quelque chose que j’ai découvert totalement (en prenant des pincettes avec la réalité, bien sûr, ça reste une série), et surtout, j’aime la musique, j’aime quand elle est exploitée dans une production cinématographique, et là c’est le cas. J’ai adoré les moments de concerts, j’ai adoré les répétitions, j’ai adoré les solos de violons et j’ai adoré voir comment les musiciens et la maestro se dépassent ensemble et se servent de leurs émotions pour faire vibrer leur art.

Je les attendais aussi au tournant concernant le côté policier/thriller, parce que j’avais évidemment peur que ça suive un schéma très classique et qu’à partir du premier décès, la série prenne un tournant policier basique et déjà-vu, mais là aussi, ils ont été plutôt bons. L’enquête est bien là, mais pas du côté « policier », elle se fait à l’intérieur de l’orchestre, entre les membres. On suit Hélène Barizet et pas le-capitaine-de-la-brigade-de-je-ne-sais-quoi. Du coup, on ne sort jamais vraiment de l’univers musical, et c’est vraiment appréciable.

Le problème de la série arrive avec les personnages, nombreux, peut-être trop. C’est bien, d’un côté, c’est fait pour nous perdre, mais outre l’intrigue qui guide les épisodes, donner un peu de fond aux personnages qui semblent les plus importants, ça n’aurait pas fait de mal. Le principal manque, à mes yeux, il se situe autour du passé de Barizet, sans cesse évoqué vaguement, mais jamais expliqué. Lié à Crozes, qui débarque de nulle part, qui vient s’imposer là au milieu, qui nous semble important (mais finalement sans l’être vraiment), mais même chose, jamais exploité. Leur relation à tous les deux, qu’on ne cesse de nous jeter au visage sans jamais nous apporter de véritable explication. Moi, ma grande question c’est : à quoi ça sert, exactement ? J’en ai conclu que c’était pour apporter un côté plus profond à la Barizet actuelle qu’on nous présente, manifester son passé et ce qui la forgée à travers un être humain qui plane au-dessus d’elle pendant les 6 épisodes, mais était-ce vraiment nécessaire ? Honnêtement, j’ai beaucoup aimé le personnage de Crozes, ce qu’il apporte au niveau de l’ambiance, et j’aime beaucoup Tomer Sisley, donc je ne vais pas cracher sur sa présence, n’empêche qu’il ne sert finalement pas à grand-chose. D’un autre côté, il y a le mari de Barizet et sa maîtresse. Alors eux, on comprend leur utilité, mais pourquoi ne sont-ils pas plus développés ? Pourquoi le couple en destruction n’est-il pas plus souligné ?

Enfin bref, il y a beaucoup trop de « pourquoi ? » dans mon esprit autour de personnages et de faits, et je trouve ça terriblement dommage qu’une série comme ça, qui décide de prendre des risques, ne soit pas plus longue (8-10 épisodes ça ne va pas chercher loin) histoire de vraiment aller au fond des choses de tous les côtés possibles. Philharmonia avait le potentiel. Une intrigue sympa, des acteurs plutôt bons, des personnages intéressants, torturés, psychologiquement travaillés, un univers atypique qu’on a envie de découvrir, une utilisation de la musique superbe… et pourtant, ce qu’il reste à la fin, c’est un goût d’inachevé.

Mais je n’ai pas envie de finir sur du négatif parce que j’ai quand même vraiment apprécié ma vision, alors je vais achever sur une belle note et souligner quelque chose que j’ai trouvé très bien et très fort : Philharmonia est une série de Femmes. Attention, je ne veux pas dire que les spectateurs doivent être des femmes, bien au contraire ; je veux dire que c’est une sorte d’hommage aux femmes. Eh bien oui, il y a un côté féministe très fort avec d’abord Barizet Maestro accompagnée de Selena comme premier violon, mais aussi de part leurs caractères, leurs particularités, surtout Barizet, leur mode de vie, leurs choix. Et puis c’est aussi une série « de femmes » parce que finalement, ce qui est profondément exploité là-dedans, c’est leur relation à toutes les deux, fusionnelle, conflictuelle… mais également les relations mère-fille. Ça peut paraître passer au second plan parce que l’orchestre et la musique subjuguent le spectateur, mais c’est pourtant le plus important. Et ce point en particulier atteint son paroxysme durant le splendide dernier épisode et son dernier concert. À mes yeux, clairement la plus belle scène et la plus forte de toute la série : belle, puissante et dans laquelle seuls les violons s’expriment. Peut-être que s’il ne fallait retenir qu’une seule chose de Philharmonia, ce serait ce moment.

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