MàJ 2018 : Critique de la Saison 1 et 2 / Freaks TV Show

Avis sur Preacher

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CRITIQUE DE LA SAISON 1 : Better call Satan ! 9/10
Seth Rogen et Evan Goldberg. Deux noms de la grosse comédie américaine qui tâche. Forcément clivants, les comparses ont crée leur petit univers de drôlerie décérebrée : moins classieux que les Monthy Python, plus bourrain que nos comédie bien fenchy, ces transfuges du SNL ont bâti une filmo impressionnament solide et stupide, et ce malgré leurs nombreux détracteurs. Le sur buzzé Sausage Party (pas vu), le frénétique Délire express (excellent) ,mais le plus discret et non moins très (très) grand This is the end, méta comédie régressive sur la difficulté à concilier vie d'acteur et de potes. Plus sophistiqué qu'il en a l'air, le duo a pris son envol créatif avec la série Preacher , avec laquelle ils réaffirment leur ambition : Goldberg/Rogen passent à la vitesse supérieure et se préparent à bouffer l'entertainment comme des jeunes loups ambitieux. A 35 ans. Trop vieux pour ces conneries ? Certainement pas.
Avec This is the end, les potes à la compotes (pardon) avaient déjà fondu la comédie puérile dans le sous genre du "Film fin du monde" pour un résultat des plus grandioses. Dopé au "Bro spirit", This is the end réussissait l'exploit d'englober en 1h30 sèches la comédie, l'action, la satire et l'émotion. Que donne leur talent dilués dans une dizaine d'heure de série qui, en plus, n'a pas pour base la comédie comme à l'accoutumé ? Une sacré fessée.
Après avoir "Fait des choses. Des mauvaises choses", Jesse Custer retourne à Annville, bled du Texas où il a grandi et vécu apparemment un sacré trauma d'enfance dont il ne se dépatit pas. Mais la ville a bien changé et accueille de nouveaux arrivants comme un vampire irlandais alcoolique, un ange et un démon grimé en cowboy où une entité divine maléfique rôdeuse. Un sacré bazar à concilier avec ses ambitions de se reconvertir en prêtre.
Breaking Bad sont les premiers mots qui viennnent à l'esprit : mélange de comédie noire et de drame sombre, fascination pour les malfrats, étendues poussiéreuses d'une Amérique fantasmée... Preacher est d'ailleurs doté du même scénariste et producteur, Sam Catlin. La comparaison s'arrête là, aux premières impressions : car très vite, Preacher se dégraisse de toutes velléités sociales où politiques et s'engouffre tête la première dans le divertissement pur. Fun, gore, ironique, inventif : on sent là l'inconséquence et la décomplexion des novices qui veulent offrir une expérience totale. Novices, ils ne le sont que dans le terrain de jeu tâté, car Goldberg et Rogen reste d'excellents storytellers sachant imposer des enjeux simples et forts. Les personnages, d'abord réduit à de simples archétypes identifiables (mais chacun doté de traits très spécifiques comme Eugene), se complexifient à force de se heurter aux convictions, aux frustrations, aux traumatismes des uns et des autres. Là, au coeur d'une intrigue en spirale qui recoupent flashbacks, errance totale dont on ignore la place dans l'histoire et récit choral, se dessinent en filigrane un réglement de comptes avec l'Amérique elle même. Chaque habitant de la bien trop petite ville d'Annville sont autant d'exarcebation des valeurs racines des Etats Unis : l'autorité entre affect et lois arriérées, le capitalisme fou de puissance, le machisme et la sexualisation abusive. Preacher traite de tout, sans détour mais sans intellectualisation à outrance et préfère les métaphores visuelles ancrées dans l'action (l'intro de l'épisode 6, déjà culte) que la crtitique facile.
A ce titre, la série est un excellent vivier d'artistes : du classieux et sous estimé Dominic Cooper (Jesse) à la bien trop belle Ruth Negga (Tulip O'Hare) en passant par l'éléctrique Joseph Gilgun (Cassidy) sans oublier Anatol Yusef, Ian Colleti où Tom Brooke, Preacher rassemble avec malice "L'équipe B d'Hollywood et d'ailleurs" dans un Texas filmé avec l'appétit des grands espaces, servi par une bande son country assez classique mais appréciable. Malgré ses atouts grands publics, Preacher reste cependant un travail d'orfèvre, tirant sa véritable originalité de ses auteurs : des anciens comédiens de scène, savants du coming out et du monologue qui ont capturé la puissance intrinsèque de storytelling qu'est la religion. Lieu de confessions et maison pour toutes les âmes égarés, l'église/L'Eglise est peut être le meilleur concentré d'histoires possible. Elle est la croisée des chemins, de tout les chemins, des plus tortueux au plus éclairés, où tous se rassemblent sous la bannière de la foi et dans l'espoir de lendemain meilleur. La série propose alors en son sein même l'antithèse au cafard qu'elle donne parfois et file un coup de polish salvateur à une religion qui s'en prend quand même souvent plein la gueule pour ses atouts arriérés : la foi n'est pas à dénoncer, mais les fidèles...
Un fond magnifié d'une forme qui, si elle alterne western, arts martiaux, film noir où walk & talk (oui oui), est toujours rythmé par une sorte de timing comique et cartoon donnant un véritable cachet à Preacher, série orchestral sur la vie comme un étrange cirque de freaks aussi moches les uns que les autres.
17/12/2017

CRITIQUE DE LA SAISON 2 : Showrunner, profession de foi 6/10
Preacher Saison 1 était un énorme coup de cœur, rafraîchissant mais ayant tout à fait sa place dans le paysage télévisuel actuel. Ni tirant sur une corde nostalgique putassière (certaines séries se reconnaîtront), ni jouant à être plus gros que le cinéma pour au final délaisser la saveur du sériel au profit d'un dopage creux (je te regarde Westworld, et je suis triste), ni une énième itération sur un thème pop éculé (teen drama, zombie où odyssée cracra historique, vous choisissez). Et en même temps, le manque d'ambition et le 1er degré avaient, l'air de rien, dynamité les attentes et fait de Preacher plus qu'une série "série B", un moment solide, touchant quand il faut, laissant à boire pour le prochain service sans cacher intentionnellement des éléments de l'histoire (sans faire des trous pour nous pousser à revenir plus tard en somme), classe sans être tape à l'oeil et absolument fun et inventif. L'air de rien, un outsider attendu au tournant qui envoyait même chier jusqu'à cette mode harassante de la saison 1 en forme d'origin story qui prépare le terrain pour les années à venir (Westworld où un modèle Netflixien type 13 reasons why qui termine en mode "ce n'est que le début"... bah super, 10h pour débuter...) en faisant radicalement table rase des acquis de la saison 1. Un final explosif (au propre comme au figuré) qui tentait un violentissime coup de poker aussi excitant qu'inquiétant. A jouer au plus malin, la série allait-elle se perdre ? Une saison plus tard, rien n'est moins sûr ; l'espoir est encore permis, une certaine qualité est toujours présente… Mais les doutes affleurent.
Cette saison commence dans la voiture qui quittait Annville, mais l'excitation des personnages a laissé place à l'ennui et la banalité. Soudain, plus personne n'a de repère, et encore moins nôtre pasteur Jesse qui, loin de ses fidèles, son église, son passé, ne sourit plus, ne rigole plus avec Cassidy le vampire et ne semble plus si intéressé par Tulip. Nos trois compères sont dans le mouvement enfermé, dans une machine rutilante mais surtout dans leurs valeurs. Comment exister quand on a une mission ? Qu'est-ce qui compte vraiment lorsqu'on a des responsabilités ? Un grand pouvoir en implique vraiment-elles ? Questions intéressantes, inhérentes à l'histoire déroulée mais finalement peut traitée : à l'image de la saison 1, cette deuxième partie ne s'embarrasse pas d'intellectualisation. Mais ce qui fonctionnait à Annville perd en force à la Nouvelle Orléans : orchestrée comme une errance chorale, comme une résonnance de l'Amérique contemporaine, la série avait pour elle les étendues texanes désertiques pour faciliter la projection, comme une page blanche vierge où une décor primitif où s'inscriraient les corps cartoonesque, et la lente déconstruction de la communauté d'Annville pour révéler les vrais visages de chacun. Mais l'immobilisme a laissé place au mouvement, la country au jazz et le quotidien tranquille à la croisade enflammée : la bruyante Nouvelle Orléans est sans attache, car de passage comme nos personnages qui, en constant papillonage, semble avoir interrompu un road trip. Un road trip qu'on aimerait bien voir plutôt que cette longue pause pipi. C'est caricatural, mais l'idée est là : le changement de dynamique (un trio, une quête et un ennemi en lieu et place d'une communauté, une tempête qui approche et un mal intérieur en chacun) tourne à vide, non alimentée par une idée motrice. Si, bien sûr, il faut retrouver Dieu, mais malheureusement, des dialogues moins inspirés, au rythme parfois trop lent, parfois trop speed, on peine à embarquer dans cette aventure et on est plutôt laissé sur la touche comme Tulip et Cassidy attendant constamment que Jesse finisse son business. Si c'est une intention, c'est intéressant, mais le fait est que l'amusement des surprises à chaque confession où coin de rue s'est envolé pour devenir un simple point de vue omniscient : on sait ce qu'il se passe, contrairement à la saison 1, et on attend juste que ça se termine. Soudain, Preacher est moins sexy (la violence ressemble d'ailleurs plus à des passages obligés qu'à de vrais moments inspirés comme dans la saison 1).
Dans ce contexte d'évolution, on aurait attendu de Preacher de tenter une écriture plus resserrée en terme d'enjeu pour se concentrer sur les dilemmes moraux des personnages. Mais ce n'est pas assez : la saison 2 s'éparpille dans une nouvelle construction chorale. Certes, les explorations de différentes temporalités et lieux fonctionne toujours aussi bien (l'enfance de Jesse, géniale) mais ressemble plus à une formule qu'à un vrai choix avisé. En fait, la forme change mais seulement de couleur et garde les mêmes fondamentaux sans les adapter à son fond qui, lui, évolue péniblement car jamais accompagné par un écrin adapté. Prenons un exemple concret (spoiler) : lorsque Jesse doit renvoyer le Saint des Tueurs en Enfer, il décide en lieu et place de l'enfermer sous les eaux du bayou. Piste intéressante, on ignore à quoi pense Jesse. On retrouve l'inconséquence de la saison 1, peu concernée par sa violence, et donc par quoique ce soit car elle est le seul moyen d'expression des personnages. Sauf que Tulip continue à sentir sa présence menaçante et mène à des scènes plus graves en terme d'évolution psychologique, désamorçant ainsi l'effet produit autour de la décision de Jesse, n'en faisant qu'une simple annonce que tôt où tard, la situation va dégénérer. (fin du spoiler) Comme dit plus haut, la forme désabusée et détachée n'aide plus ce fond plus sombre et concerné, et finalement trahit les dénouements à venir : on sait ce qu'il se passe... encore.
Tout s'accélère sans vraiment aller quelque part, tout se complique mais rien n'intéresse vraiment. Qu'est-ce qui sauve de la noyade Preacher ?
Premièrement, les acteurs ; Dominic Cooper, moins convaincant, arrive tout de même à donner corps à ce qui se révèle progressivement être un véritable connard, non pas par son sadisme Boltonien où son ego Walterwhitesque mais par son complet désintérêt de tout et tous, miné par le sens profond de son existence qui ne se révèle pas à lui. Il ne peut accepter que la souffrance qui régisse sa vie soit sans but (tout ce qui tourne autour d'Angelville reconnecte bien avec le charme de la saison 1, mais s'enrichit d'une violence qui humanise Jesse). Et ainsi ternit son coeur, sans apparente possibilité de lui ouvrir les yeux (l'épisode qui revient sur sa relation avec Tulip antérieur à Annville est particulièrement efficace de ce point de vue pour réaliser l'ampleur de sa sécheresse). D'autant plus intéressant que Tulip est bien celle qui est venue le chercher dans la saison 1, pour au final être à nouveau abandonnée. A ce titre, un visage plus faible de Priscilla Jean "Tulip" O'hare se fait jour dans cette saison : moins sexuée, moins provocante, à la recherche d'ami(e/s) et d'amour. C'est simple et incarné grâce à la terrassante Ruth Negga, actrice très prometteuse aux larmes dévastatrices (regardez là dans Loving de Jeff Nichols) Joseph Gilgun (franchement bon dans son numéro d'irlandais centenaire) se paye une histoire secondaire moitié comique moitié dramatique qui se termine tout de même très violemment et laisse suffisamment d'ombre sur son Cassidy, anomalie vivante qui, par peur de lui même, est capable d'une lâcheté sidérante difficilement attaquable cependant ; c'est étonnamment le vampire le plus humain des trois. Ces bras cassés et casseurs perpétuent et accentuent la chanson d'amour aux freaks détraqués qu'était la saison 1 : par leurs simples existences, ils sont un rempart contre la coutume et la banalisation, l'uniformisation des cultures et la mort de l'altérité au profit d'une grégarité stupide (thème fort de la première saison mais aussi de toute la filmo de Seth Rogen et Evan Goldberg qui se défendent avec le rire jaune). Post Trump, post Get Out, post Childish Gambino, la série choisit bien son décor (Nouvelle Orléans, ville afro américaine par excellence) et parle viol (Tulip traumatisée, plutôt une bonne intrigue) racisme (l'horrible Herr Starr) et machisme ordinaire (l'agent Featherstone, froide et puissante mais prétendant être une femme battue pour tromper les héros) sans l'air d'y toucher, sans s'embarrasser de militantisme en prenant toujours la voie du divertissement. Bon point.
Autres acteurs délicieux, Pip Torrens et son Herr Starr maniéré et détestable, obsessif et propre sur lui, irrespectueux du respect même mais souvent malmené dans son corps où sa domination virile ; un antagoniste véritablement nouveau qui préfère l'alliance avec le héros, persuadé que la suprématie est le bon choix (et ses arguments sont plutôt bétons), qui ne défend pas sa cause avec grandiloquence mais avec la rigueur d'un bon élève trop dogmatique. Du jeu à l'écriture, c'est parfait. Tout comme les Enfers ; continuant le gag des institutions religieuses rabaissées au quotidien (l'Enfer peut tomber en panne), Rogen et Goldberg profitent de cette entracte fantastique et mêlent escape movie, teen drama et buddy movie entre Arseface et... Hitler. Le pire c'est que ça marche. La morale douteuse de cette storyline achève d'en faire une douceur bien "preacherienne" qui retrouve ce savoir faire du rien, du déconnecté pour créer une vrai dramaturgie chaotique et inattendue. A ce titre, Ian Colletti passe de bon à excellent et Noah Taylor délivre un Hitler (pour la deuxième fois) exquis. Un dernier mot sur Julie Ann Emery, actrice véritablement bluffante dans son jeu (intentionnellement) bipolaire. Juste waouh.
Quid de la religion, dévoyée puis renouvelée en technique narrative plus que novatrice ? Elle évolue plutôt pas mal ; en scindant croyance (collective, scolastique et manipulable) et foi (personnelle, aliénante et cause de souffrance), la saison 2 questionne son sens dans une société de média, de rapports de force et de pouvoirs exécutifs menés par la logique incestueuse (où la sphère des puissants reste un monde fermé sur lui même). Dieu semble bel et bien mort : en vrac, Nietzsche, Kant et Ellul se croisent et avec eux une réflexion plutôt poussée sur les différents oripeaux d'une religion (à ce titre, l'intrigue autour de Humperdoo Christ est très provocatrice et gorgée de sens... très étonné que les institutions religieuses américaines conservatrices n'aient pas hurler au blasphème...) Dans un monde où le Seigneur n'est qu'une arme médiatique de plus, Preacher entonne une joyeuse hymne à la gloire du bro spirit pour le faire survivre comme symbole du vivre ensemble foutraque mais profondément humain.
Les potes ; Rogen et Goldberg ont toujours aimé les familles de tarés dysfonctionnels. Ils sont nôtre maison, nôtre miroir et nôtre raison de prêcher. Un buddy movie étouffe, là dessous, sous cet amoncellement d'intrigues, de psychanalyses et de philosophie (assez simplifiées, s'entend). Un affreux mutisme enserre nos héros et fait ressentir la grande gêne des périodes de doute. Véritable arme de cette saison 2 (par la frustration très forte qu'elle produit, étant ainsi plus cohérente que confortable), cette amitié contrariée avance, dans son final particulièrement touchant et mystérieux (on en voit peu mais Angelville promet beaucoup beaucoup) vers de sombres jours, prometteurs d'une lumière en devenir. Un temps de flottement à l'image de cette saison qui, on l'espère, dans la globalité de la saga Preacher, saura trouver son sens et sa place.
30/07/2018

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