Le profit où la vie

Avis sur Profit

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La série culte Profit vient de fêter ses 20 ans, une bonne occasion pour enfin voir cette oeuvre acclamée par la critique, mais bouder par les téléspectateurs.

Le premier épisode est diffusée en avril 1996 sur la chaîne FOX, avant d'être annulée au bout de 4 épisodes. L'échec a été imputé au personnage de Jim Profit, digne descendant de Richard III. Un homme machiavélique, qui a grandi dans un carton où il regardait la télévision 24h/24h. C'est un pur produit Reaganien, nourrit par le capitalisme et perverti par la petite lucarne, dont il va mettre en pratique toutes les dérives. Les téléspectateurs n'ont pas apprécié de voir ce visage de l’Amérique, surtout qu'il met à mal la sacro-sainte image de la famille en tuant son père et en couchant avec sa belle-mère.

C'est lors d'un enterrement que Jim Profit (Adrian Pasdar) va faire sa première apparition. Le décès d'un membre de la multinationale Gracen & Gracen (G&G), va lui permettre de prendre sa place au sein de celle-ci. Le loup vient de mettre une patte dans ce nid de serpents et va faire en sorte de tous les piétiner. Il va utiliser les secrets de chacun, tout comme leurs points faibles, afin de les exploiter pour arriver à ses fins. Son pouvoir de séduction lui permet de manipuler les femmes de ses cibles, ceux dont il convoite le poste. C'est à travers une sorte de jeu en réseau, qu'il éclate la tête de ses adversaires, pour mieux retranscrire son violent parcours. Cela semble facile en apparence, mais il va se découvrir une adversaire redoutable en la personne de la chef de la sécurité Joanne Meltzer (Lisa Zane). Un autre obstacle va venir contrarier ses plans, il s'agit de sa belle-mère Roberta Stokowski (Lisa Blount). Elle est la seule à vraiment le connaitre et donc, à le comprendre. Leur relation incestueuse est perturbante, tout comme la découverte de son passé.

Profit est la dernière série produite par Stephen J. Cannell. Elle détonne au sein de ses productions habituelles, dont la seule ambition était de divertir. On lui doit entre autres Baretta, Les Têtes Brûlées, Timide et sans Complexe, Le Juge et le Pilote, Agence Tout Risques, Riptide, Rick Hunter, 21 Jump Street, Un Flic dans la Mafia où encore Le Rebelle. Elles ont bercé les après-midi des spectateurs français, où chaque épisode se terminait avec Stephen envoyant une feuille de sa machine à écrire, devenant un C majuscule pour bien mettre son empreinte sur ses créations. Avec cet anti-héros, il tente de sortir de sa torpeur le spectateur, trop habituer à s'identifier aux différents héros défilant sur son écran de téléviseur. Cette tentative ne sera pas couronnée de succès, mais va ouvrir la voie à d'autres personnages sombres, tel Tony Soprano, Dexter où Walter White.

La FOX étant une chaîne publique, le ton de la série va vite déranger, surtout que la télévision est tenue pour responsable de l'état d'esprit de Jim Profit. La critique de ce média populaire est virulente, tout comme celle de notre société capitaliste. Elle est trop en avance sur son temps, alors qu'elle utilise aussi les codes de son époque. Le "héros" va briser le quatrième mur, tel son fils spirituel Frank Underwood. Il interpelle le spectateur au début et à la fin de l'épisode, avant de s'endormir dans sa boite. Il est le narrateur de sa propre histoire dont il écrit le scénario. Sa soif de pouvoir et de contrôle se retrouve à tout les niveaux, il est le centre de toutes les attentions. Son monde tourne autour de lui et lui seul. Son désir de prendre le pouvoir de la multinationale est sa seule passion dans la vie, tel un jouer d'échecs, il avance ses pions en dévoilant rarement sa stratégie pour mettre en échec ses adversaires, mais aussi le spectateur. C'est aussi très caricatural, les femmes sont aux foyers pendant que les hommes sont cadres. Cela nous rappelle que nous sommes dans un autre siècle, celui où la femme s'occupait des enfants, du ménage où succombait au jardinier, pendant que l'homme s'enrichissait tout en se tapant sa secrétaire. Mais avec une légère différence, Jim Profit a une femme comme adversaire, avec aussi une autre qui peut mettre à mal sa vengeance.

Jim Profit est rapidement antipathique, son personnage ne souffre d'aucune ambiguïté. Il en va de même pour ceux qu'il a décidé de dégager de sa route vers le sommet. En dehors de la chef de la sécurité Joanne Meltzer, voir de la femme d'un des cadres Nora Gracen (Allison Hossack), ils ne sont pas si différents de notre "héros". Les frères Gracen sont en conflit permanent et l'un deux souffre d'alcoolisme, tout en hésitant pas à se planter un poignard dans le dos à la moindre occasion. L'adultère se révèle un mode de vie, comme la prise de cocaïne. On va même croiser un pédophile, c'est dire le degré de perversité des différents personnages, souffrant tous d'un trouble malsain. Dans cet univers dérangeant, on va tout de même avoir parfois l'impression d'être dans une farce, à travers quelques réflexions où gestes. Au fil des épisodes, la qualité des dialogues et de la réalisation va décliner. Cela ressemble de plus en plus à un mauvais soap où seul la présence de Jim Profit maintient un semblant d'intérêt. Les acteurs sont dans l'exagération, de même que les intrigues avec des personnages faisant un passage éclair pour servir les intérêts du "héros". Des facilités scénaristiques en contradiction avec celle du début. Adrian Pasdar va en jouer et se régaler pour notre plus grand plaisir. Son côté kitsch reflète son époque avec les synthés hurlant à la mort, où ses costumes un peu large bien loin de la classe de ceux de Suits. De même que sa réalisation, pourtant soignée grâce à une lumière mettant en valeur les protagonistes, comme dans une pièce de théâtre.

Le personnage de Jim Profit fait parti du panthéon des anti-héros, mais à la différence de ses successeurs, il ne va que très rarement se révéler sympathique. Une série qui mérite d'être redécouverte, même si elle a bien vieilli surtout dans sa forme, alors que le fond est toujours cruellement d'actualité.

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