Saga à la fois subtile et brutale, réaliste et contemplative, classique mais moderne...

Avis sur Rome

Avatar Wayne
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Quand on a fait un peu d’histoire, on sait dans les grandes lignes ce qui s’est passé entre -52 et -44 avant JC dans l’histoire de Rome, c'est-à-dire l’avènement de César comme empereur, de la conquête des Gaules jusqu’à son assassinat.
Cependant, on se passionne littéralement pour Rome ! Cette série à gros budget a l’intelligence de donner corps à la grande Histoire à travers le récit de personnages de romains « communs », à savoir principalement un duo de soldats romains de la 13ème Légion. Ainsi Lucius Vorenus, intelligent centurion émérite, engoncé dans son honneur et ses principes, partisan de la République et de Pompée, va s’opposer au légionnaire Titus Pullo, grande masse, bête comme un pilum, mais au cœur d’or, séduit par les discours populistes de Jules César. Et de là, à travers les tumultes de l’Histoire, naîtra une amitié contre-nature…
D’un point de vue narratif, cette série remet au goût du jour les grands récits classiques. On se passionne pour la petite histoire, comme pour la grande, à travers complots et intrigues, et avec des personnages historiques à visage terriblement humain, complexes et non manichéens. D’un point de vue visuel et documentaire, la série jouit d’un bon réalisme : les us et coutumes du quotidien, les rites religieux, le fonctionnement de l’état,… Tout est traité avec rigueur dans les moindres détails et offre un ensemble cohérent et passionnant. D’ailleurs, saleté, sexe et violence, à l’image de la Rome antique, sont légions.
Mais le plus passionnant à mes yeux est le cheminement politique retracé dans la première saison : tactique politique, alliances, enjeux, stratégies… Comment un empire voire une dictature se forme sur les restes d’une république malade. La mise en place d’un despote par les voix politiques et les manigances, par la crédulité, est traitée dans ses moindres rouages. Cette ascension progressive est évidemment le fil conducteur de la première saison et malgré la fin connue de tous, ça demeure prenant.
Rome sonne comme un miroir de l’Histoire, se révélant finalement terriblement moderne dans son propos. La fine et ambiguë frontière entre le bien et le mal, entre démocratie et dictature tout comme le processus politique évoqué nous fera penser à l’Allemagne nazie. Certaines pratiques « bienfaisantes » nous évoquerons une certaine hégémonie US. Manipulation, populisme et musellement de l’opposition sont encore des pratiques d’usage aujourd’hui...
La saison 2 de Rome traite d’une partie moins connue de l’Antiquité, à savoir les troubles qui ont suivi l’assassinat de César et les batailles pour sa succession.
La mort de César laisse une place énorme à l’intrigue et aux complots avec deux clans qui semblent inévitablement enclins à l’affrontement. Cette saison est donc très tendue ! On évolue d’une situation floue à l’inéluctable avènement d’Octavien (futur Auguste, premier empereur de Rome).
D’ailleurs si le jeune Octavien impressionnait, sa version jeune adulte déboîte carrément de présence et de froideur ! Si au début on s’ennuie un peu, à partir de l’épisode 4 où il apparaît, ça apporte une vraie plus-value.
Globalement, la saison est plus dure et sadique, mais aussi plus romancée. De ce fait, elle semble moins pertinente que la première saison. Ainsi l’évolution de Vorenus du « côté obscur » est pas emballante et peu crédible. De même, la mise en avant de Timon le juif est pas très intéressante, même si la grande part faite à la politique étrangère dans cette saison est passionnante, notamment dans le final en Egypte avec Marc-Antoine et Cléopâtre. Le dernier épisode, avec l’anecdote sur Césarion, sonne même comme une fausse note !
Mais le côté épique demeure, il est même renforcé par cette dureté de ton évoquée précédemment. Ainsi la scène de torture de Servilia, son siège devant la maison des Julii, la mort de Cicéron, la purification de Brutus… offrent de grandes scènes dures ou contemplatives à une saison parfois en baisse de régime. Budget pharaonique oblige, on a même le droit à une bataille (la bataille de Philippes en Grèce).
Bref malgré beaucoup plus de romance et d’égarement que dans l’impeccable première saison, la seconde saison de Rome est tranchante et impitoyable à l’image de son dangereux et vaniteux pivot central : Octavien, l’empereur Auguste.

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