Temps révolu

Avis sur Samurai Champloo

Avatar Tezuka
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Trois bras cassés, Jin, un rônin silencieux, Mugen, un rustre maître du sabre et Fuu, une charmante demoiselle, se baladent au travers du Japon à la recherche du "samouraï qui sent le tournesol" sur fond de hip-hop.
Si l'on excepte l'univers et le style musical, on pourrait croire que Watanabe a tout simplement cloné le schéma narratif de son "Cowboy Bebop", en se contentant de remplacer les vaisseaux spatiaux par des samouraï et le jazz par du hip-hop. Oui et non.

Oui, parce que les trois personnages aux caractères bigarrés rappellent irrésistiblement ceux de Cowboy Bebop, et que le vague but qu'ils se sont fixés ne sert, au fond, que de prétexte pour leur faire vivre des aventures indépendantes d'un épisode à l'autre - sauf pour les derniers épisodes, exactement comme Cowboy Bebop. Oui, parce que la dichotomie univers/musique a été reprise sans se cacher et que l'on est passé du combo Espace/Jazz à celui Japon traditionnel/Hip-hop. Dans ce sens, difficile de ne pas croire à une bête reprise du fond en changeant la forme.

Non, parce que Samurai Champloo et Cowboy Bebop n'ont strictement rien à voir; dans leurs objectifs respectifs, dans le traitement de leur histoire, dans l'ambiance qu'ils construisent, dans leur qualité intrinsèque. En premier lieu pour une raison simple : le changement d'univers musical.

L'une des révolutions qu'avait apportées Cowboy Bebop, c'était son ambiance de film noir, mélancolique, classieuse, baignée d'alcool, de fumée de cigarette, de néons et des reflets mêlés du jazz et de whisky. La composition musicale permettait de longs plans paresseux sur l'Univers aux étoiles scintillantes tandis que résonnait un saxophone...et ici, ce n'est plus possible. Le hip-hop de Samurai Champloo ne permet pas cela.

Identité sonore oblige, Samurai Champloo est donc logiquement beaucoup plus agité que son prédécesseur, et ça se retrouve dans le personnage de Mugen, le rônin-racaille vulgaire et attachant, le véritable héros dans le fond. Et ça, c'est un problème. L'anime se perd durant une bonne quinzaine d'épisodes en cherchant à trouver son rythme et à gérer les bouffonneries de ses personnages, dans une très longue introduction qui aurait dû créer l'empathie mais au final n'arrive pas à cacher un manque total d'inspiration. Je ne peux même pas parler d'épisodes bouche-trous, puisque, sur les deux tiers de la série, il n'y a quasiment que cela... pour parler d'un trou, il faut quelque chose autour, et là... il n'y a rien.

J'arrête tout de suite les esprits chagrins qui me feront remarquer que Cowboy Bebop s'agençait de la même manière, au fil d'épisodes qui se suivaient sans lien logique ni connexion scénaristique - c'est vrai. Mais Cowboy Bebop a, globalement, instauré beaucoup plus tôt les problématiques entourant les personnages (ce que tente ici de faire Samurai Champloo avec Jin, et l'aura de mystère qui l'entoure, sans trop de succès) et surtout, il y avait un univers cohérent et original pour surprendre et intéresser le spectateur. Ici, le format road-movie est repris mais l'univers du Japon tel qu'il est présenté est trop répétitif (on ne sort que peu des dojo ou des restaurants au final) pour vraiment être attrayant. Au final, c'est juste long. D'autant plus que les samples de Nujabes & co, ma foi très agréables, sont parfaitement incapables de générer l'atmosphère romantique si séduisante dans Cowboy Bebop, et au final n'ont pas vraiment d'emprise sur l'ambiance globale de l'anime : on aurait pu mettre du classique que le résultat final n'aurait pas été sensiblement différent.

Si l'ambiance créée est assez médiocre, s'il y a clairement un problème de construction des personnages, si le scénario est bancal jusqu'au bout, je serais de mauvaise foi si je n'admettais pas, comme je l'ai écrit en début de critique, que l'objectif initial de Samurai Champloo est très différent de celui de Cowboy Bebop : ici, c'est la peinture d'une époque que l'on veut se faire, et plus particulièrement de la mort d'une identité qui a profondément marqué le Japon médiéval : la fin des Samuraï.

Ce n'est pas un hasard si le "Samuraï qui sent le tournesol" que recherche Fuu se révèle au final être grabataire, pas plus qu'il n'est étonnant que le duel promis de longue date entre Mugen et Jin devienne au final une lutte ridicule de chevaliers d'opérette : l'ère des Samuraï se termine. Comme disait l'autre : "il n'y a plus personne pour lequel mourir. Nous autres samuraï sommes nés à la mauvaise époque." De même, on assiste tout du long de l'anime à la progressive déchéance des valeurs telles que l'honneur ou la fidélité pour migrer vers un Japon plus souple, moins formel. Plus médiocre. Plus moderne aussi.

C'est une triste histoire que celle de Samuraï Champloo : la belle aventure de trois amis errant sur les routes du Japon s'achève avec le goût d'un monde qui meurt, mais sans la grandeur qui va avec : le combat final a lieu, tous s'en tirent, chacun s'en va son chemin. Il n'y a plus de samuraï. Il n'y a plus personne pour qui mourir.

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