Une série surprenante.

Avis sur Sense8

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Je l'avoue, le démarrage m'a fait peur. C'est très confus, on nage en plein bloubi boulga sur plusieurs niveaux. On voit des milieux totalement différents les uns des autres. Des comportements tellement éloignés de ce à quoi je peux m'identifier d'habitude que je me suis senti totalement largué avec la vague impression que la série ne s'adressait pas à moi.
Et puis, comme je suis persévérant j'ai continué... Le second épisode ? Même résultat. Et avec le sentiment qu'on en remettait une couche avec Lito. Décidément, non, la série ne voulait pas de moi.
Mais, je l'ai écrit, j'aime aller au bout des choses et j'ai continué à regarder ces "autres" aux vies lointaines, aux relations sociales, affectives si différentes pour en arriver à la conclusion que ces différences je m'en foutais.
Je crois bien que c'est là que réside le principal effet spécial de la série. Créer une résonance, une harmonie avec ces personnages que désormais j'adore d'une manière inexplicable. Ils ont un lien que l'on pourrait presque jalouser. Et le problème d'identification que j'avais au départ (à part le flic) s'est évaporé dans les méandres de ces vies croisées, de ces joies et peines partagées.
Mes réticences ont comme fondu au soleil de l'évidence de ces vies, finalement pas si lointaines...
Pour être honnête, je comprends ce qui a pu pousser certains à crier à la propagande LGBT. Et les W n'y vont pas avec le dos de la cuillère (il faut dire que les scènes à San Francisco se déroulent en pleine Gay Pride, donc oui, si les homos vous dérangent, vous êtes mal barrés) mais au final, on s'en fichera.
Contrairement à ce que j'ai pu lire, la série ne promeut aucune idéologie contre une autre. C'est juste qu'elle montre les choses avec naturel, de manière frontale et je le redis, j'en ai été le premier déstabilisé. On comprend (sans doute pas assez vite pour certains) que ces éléments ne sont qu'une partie de la vie d'une partie des protagonistes. Passé 4 épisodes, on n'y revient même plus dessus et on s'en fout d'une force phénoménale que ces personnages soient gay ou hétéro ou trans. Ils sont comme ils sont, et ils sont très bien ainsi! C'est vrai que les scènes de sexe gay/trans surprennent par leur décomplexion (même si dois dire que je les ai trouvées parfois gratuites). Il faut dire que la série est quand même assez cash et que cela peut désarçonner.
Cependant, la force de la série c'est que l'on sent tellement d'amour ( houuuuuu, ça y est, le gros mot est lâché) entre les couples formés par Nomi et Amanita, Lito et Hernando, que finalement, on ne peut qu'être touché par leur passion et impliqué dans leur destin. Le jeu des acteurs, si naturel y est pour beaucoup.
Ils ne se résument très vite plus à une sexualité mais à une personnalité. Mais il faut faire l'effort de surmonter ses apriori, ses gênes, et ce n'est pas si évident.
C'est là un des points forts de la série. Nous demander d'aller vers les autres pour converger vers ce sentiment d'apartenir au même monde malgré nos différences.
Oui c'est probablement d'une niaiserie confondante mais j'ai aimé ressentir cela. Ça m'a fait du bien.
Sense 8 est une série qui traite non pas de l'humain mais des humains. Avec leurs forces, leurs défauts et leur diversité.

Au-delà du fil rouge science-fictionnesque, dont on en viendrait presque à se foutre au fur et à mesure que la série progresse, c'est le temps pris à nous faire TOUT partager de ces personnages qui nous permet ensuite de mieux entrer en sympathie, de nous serrer le cœur lors de simples scènes de dialogues (celle du musée Diego Rivera) ou bien de réunions musicales magiques et magistrales qui nous font monter une boule dans la gorge.
A ce moment là, il n'y a plus eux et vous devant l'écran. Il y a nous.
Et je dois tirer mon chapeau aux acteurs. Le casting est essentiellement composé d'inconnus (je ne connaissais que le mec de Lost, Daryl Hannah et la coréenne qui jouait dans Cloud Atlas) mais cela apporte beaucoup de fraîcheur et de naturel à la série. Pour moi, ils jouent tous très bien (j'adore ce benêt au grand cœur de Lito, la colère sourde de Sun, le courage de Will, la profonde gentillesse et la candeur de Kaya ... Bref, je ne fais pas la liste, je les aime tous).
Rayon des critiques : Alors, oui, blabla action sympa mais pas fofolle, blabla comédie parfois lourdingue, blabla longueurs : d'autres en parleront (en mieux) mais je préfère garder en tête le tourbillon des 4 ou 5 derniers épisodes qui fait oublier les débuts laborieux.
Pourquoi ? Parce que nous sommes récompensés de ces longs épisodes d'exposition. Les W désormais sont libres de composer leurs scènes en utilisant toute la palette de personnages à leur disposition. La fluidité désormais limpide avec laquelle, ils apparaissent et disparaissent, changent de lieu, est bluffante.

On pourra arguer que le procédé oblige à une caractérisation très simpliste : le mauvais garçon, la chimiste, le flic, le débrouillard, le bonimenteur, la combattante, ... Mais ça fonctionne ! Et c'est bien là l'essentiel puisque le procédé fonctionne avec maestria lors du dernier épisode qui pousse comme jamais les jeux de connexions avec un plaisir, un humour (Will et Lito hilarants) et une émotion à son summum (les 10 dernières minutes avec Wiil et Riley)

En conclusion : si on s'accroche (mais vraiment), la récompense est au bout du chemin. Et putain elle vaut le coup !

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