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Sense8

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Huit personnes de par le monde qui se retrouvent soudainement connectés, voyant, ressentant et même assimilant les connaissances de leurs semblables. Des sensitifs. Impossible de ne pas penser à cloud atlas, des mêmes réalisateurs Watchowsi, avec leurs héros de différentes époques que tout sépare mais qui se retrouvent pourtant liés, sauf qu’ici à défaut d’être séparé par le temps c’est par l’espace. Et si on songe également à « heroes » pour ces individus isolés qui finissent par se retrouver et découvrir qu’ils ne sont plus seuls, « Sense 8 » pousse l’exercice encore plus loin. Chicago San Fransisco, Islande, Berlin, Mexique, Kenya, Corée du sud, Inde, la série nous invite à un vrai tour du monde, à découvrir les bidonvilles dangereux de Nairobi, les hauts grattes ciels de Seoul, la campagne islandaise ou encore les traditions indiennes. Il faut maintenant savoir que les scènes ont véritablement été tournées en ces endroits, ce qui en dit long sur les complexités de tournage et la volonté des créateurs de produire une œuvre unique.

Quoi de plus merveilleux que de se mettre à communiquer avec un individu à l’autre bout du monde, de dépasser la barrière de la langue ? De découvrir que malgré les milliers de kilomètres qui nous séparent, la culture et l’environnement très différents, on partage les mêmes doutes et les mêmes craintes ? Retrouver le sourire en partageant un morceau de musique d’une personne de l’autre côté de l’atlantique, faire découvrir l’avion à un jeune défavorisé d’Afrique, tomber sous le charme d’une personne de culture opposée, ouvrir ainsi sa vision du monde, discuter des valeurs de la famille, de l’identité, du courage. Apporter une vision de liberté à quelqu’un dont la culture est plus restrictive, apporter un apaisement à quelqu’un qui a grandi dans un univers violent, se confier à quelqu’un qui partage les mêmes problèmes…
Les séquences sont tour à tour drôles, surprenantes ou émouvantes. Ainsi alors que certains partagent un moment d’intimité avec leurs partenaires, les frontières se brouillent et d’autre sensitifs se mêlent à la partie, changeant d’endroits, se libérant des tabous et des barrières, dans une gigantesque orgie partagée, à la fois érotique et fantasmagorique. Ou encore lorsqu’ils partagent tous une scène d’orchestre, et revivent chacun à leur tour, au son d’une mélodie particulièrement puissante, le moment fort de leur naissance. Et quand les choses vont mal, ils peuvent compter sur les compétences des autres. Ainsi Su, femme d’affaire dont la tenue stricte dissimule une experte en art martiaux, peut emprunter le corps de ceux qui en ont besoin, et c’est ainsi qu’un innocent chauffeur de bus se transforme en maître du kung fu (enfin Kickboxing dans le cas présent). Capacités qui serviront d’ailleurs (un peu trop ?) souvent…

Via des flash-backs, on apprend l’histoire de ces personnages, pour découvrir qu’ils sont uniques en leur genre. Du voleur allemand battu par son père, au trans de San Fransisco qui a changé de sexe, un changement radical d’identité qui a d’ailleurs fortement parlé à la désormais sœur Lana Watchwoski. Certains, par leur charisme ou leur histoire, séduiront les spectateurs selon leur préférence, tandis que d’autres peineront d’avantage à accrocher. Moi j’ai rapidement adhérer au policier intègre, à la DJ londonaise au passé mystérieux qui finit rapidement par prendre une part importante dans l’histoire, à la biologiste indienne prise au piège de son mariage, et sans doute comme la plupart, à la dangereuse Sun et à l’inoffensif kenian fan de Van Damme. En revanche, l’acteur mexicain qui tente de cacher son homosexualité, malgré un thème intéressant, a eu du mal à m’intéresser.

Pourtant suivre une histoire sur 8 protagonistes éloignés, 8 intrigues séparés, n’a rien évident. Et malgré tout l’intérêt du concept, 8 c’est quand même beaucoup. Il faut inévitablement passer par une étape d’exposition, dans lequel on découvre chacun des personnages, et celle-ci est un peu longue. D’autant que les premiers épisodes semblent se ressembler, le temps que chacun expérimente des connexions avec plusieurs autres sensitifs, passant de l’incrédulité, au refus de ces expériences anormales, avant de finir par l’accepter et d’avoir recours à ces avantages. Et s’il y a bien quelques scènes particulières qui marquent, le reste est réalisé sans éclat, ce qui n’aide pas à forcément bien accrocher. Par exemple dans un film comme « Magnolia », auquel on pourrait également comparer la série, le film est assez long et les personnages tout aussi uniques dans leurs parcours, mais le spectateur est subjugué par la mise en scène, qui a tôt fait de l’amener à oublier la longueur et l’étrangeté de l’histoire, pris par la tourmente émotionnel des personnages et la poésie qui émane de ses liens inconscients qui les unissent. Donc si la phase de mise en place et d’adaptation aux personnages est inévitable pour ce genre de série, la mise en scène classique et trop linéaire peuvent lui être reproché.
D’autant que le côté particulier de leurs histoires, comme le voleur allemand au rapport tourmenté avec son père, n’aide pas toujours à y adhérer. Pas plus que les intrigues isolées sans véritable lien entre les autres.
Enfin si une intrigue globale est bien mise en place avec cette organisation qui traque les sensitifs pour étudier leurs capacités, elle est encore trop mineure dans la première saison, et ne concerne qu’un nombre restreint de protagonistes. Mais ce qui annonce de futures saisons très prometteuses, d’autant que les créateurs ont annoncés une histoire sur 5 saisons, et que le succès semble être au rendez-vous et (espérons-le) ne devrait pas se démentir.
Pour ces raisons « Sense8 » n’aurait jamais pu être diffusé par la voie classique d’un épisode par semaine. La lenteur et la répétitive des premiers épisodes auraient rapidement fait déserté les spectateurs avec une probable chute d’audience. Alors qu’en diffusant tous les épisodes d’un coup comme le fait Netfix, cela permet plus rapidement de découvrir la vision globale et de comprendre l’intérêt de ce qui est raconté.

Moi aussi j’aimerais découvrir les plaines africaines, les gratte-ciel de New York, de Tokyo ou Singapour ; parler culture avec une jeune asiatique, partager un morceau de musique dans un moment de déprime, vivre une relation très longue distance sans être gêné par les kilomètres, qu’un habitant d’un pays en voie de développement d’Amérique du sud ou d’Afrique me fassent relativiser mes problèmes, me fasse découvrir un autre mode de vie, ou le manque de technologie va de pair avec une liberté plus grande et n’est pas incompatible avec le bonheur ; et tant qu’à faire apercevoir du miroir de la salle de bain une jolie femme sortant de la douche... Les possibilités offertes par le concept de « Sense8 » ne manquent pas et sont très intéressantes.

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