Critique et Analyse de Sex Education (SPOILER)

Avis sur Sex Education

Avatar Bastien Rae
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Je vais pour une fois faire une critique un peu différente de ce que j'ai l'habitude de faire. En plus de l'aspect critique de cet écrit, je vais essayer de comprendre pourquoi cette série fonctionne aussi bien, malgré quelques petits défauts indéniables. Présentation tout d'abord: Sex Education est la nouvelle production "low-cost" de Netflix et c'est important de le préciser je vous expliquerai plus tard pourquoi. On suit le parcours du jeune Otis, un jeune homme mal à l'aise avec sa sexualité. Il rencontre une fille rebelle nommée Maeve. Après avoir aidé un mec du lycée en lui donnant des conseils sur le sexe, les deux vont lancer une sorte de cellule de crise concernant le sexe dans leur lycée. Voilà le topo.

Pour commencer, parlons de la comparaison avec Skins: véritable monument de la décadence de la jeunesse des années 2000, la comparaison est évident surtout que les deux séries sont anglaises. Cependant, là où Skins jouait clairement la carte de la provocation, Sex Education joue sur un autre tableau car il y a un vrai discours sur l'acceptation de soi qui englobe l'ensemble des 8 épisodes de la première saison. Honnêtement, je pensais clairement voir des scènes de sexe tous le temps: il y en a beaucoup mais elles sont parfaitement dosées, on ne rentre pas dans la surenchère comme pouvait le faire Skins. D'une certaine manière, on peut dire aisément que cette série est le descendant direct de Skins.On voit une évolution entre les époques proches qui séparent les deux séries et cela est plaisant.

Revenons à la question principale: pourquoi cette série fonctionne-t-elle? Pour cela, j'invoque le premier spoiler de cet écrit.

Parlons donc de la séquence de l'avortement qui se trouve dans l'épisode 3 de la saison. Cette séquence est essentielle pour comprendre comment fonctionne la série. Ici, on a le droit à une séquence touchante, qui nous montre toute la difficulté d'un tel acte et le jugement qui peut s'ensuivre. Bien sûr, le but n'est pas de dépeindre l'avortement comme un acte positif ou négatif, la série ne se positionne pas sur la question. Cependant, on ressent toute la difficulté et le malheur que ressent le personnage de Maeve. L'actrice Emma Mackey (je reviendrai plus tard sur son cas parce que là, il y a beaucoup à dire) parvient à vraiment nous toucher sur cette séquence. Mais là où la séquence fait fort, c'est avec le personnage de la mère qui a déjà avorté plusieurs fois. Là, on ressent le mal intérieur qui ronge ce personnage, c'est comme si elle avait honte d'elle. Vous l'aurez compris, la série joue la carte du sentiment, plus encore, elle nous montre un humanisme rare dans une série de ce genre.

Un des atouts forts de la série est sa durée: il y a seulement 8 épisodes, ce qui est vraiment peu pour une série de ce genre. Elle se regarde très vite et joue sur l'appétit du spectateur, on est vraiment dans le schéma classique de la série à regarder en une après-midi (ce que j'ai fait). Mais, cela peut représenter une faiblesse également. Je m'explique: en 8 épisodes, il faut parvenir à structurer le propos, proposer des personnages intéressants, qu'ils possèdent chacun un axe narratif et qu'ils ne soient pas laissés sur la banc de touche. De plus, il faut parvenir à raconter une histoire logique et crédible malgré la courte longueur. Certaines séries ne parviennent pas à combler certains vides lancés au cours de la saison. Sex Education joue la simplicité en proposant une histoire simple, presque ludique. Il n'y a rien de compliqué, tout est limpide. Le plus important reste les messages passés par la série. Cependant, la série nous amène dans une direction, mais, au dernier moment, se détourne de cette direction ce qui peut provoquer une frustration (personnellement, je ne suis pas fan de cette fin mais bon j'attends de voir la suite).

Revenons maintenant sur un fait important concernant la série: elle ne fait pas partie des mastodontes de la plateforme. On pourrait presque dire que si la série ne fonctionne pas, Netflix ne subirait pas vraiment de dommage. Nous voilà face à l'une des grandes questions télévisuelles modernes: comment faire pour que ce genre de série, avec peu de budget, soit pour autant des réussites? La plupart du temps, et c'est bien triste, les petites séries ne résistent pas longtemps, faute de budget ou de passion de l'équipe. Ici, on a une créatrice; Laurie Nunn; qui bichonne son bébé, on sent toute la passion qu'il y a derrière ce projet, cela lui tient à coeur et cela fait toute la différence. Cette série peut résister facilement à la pression des grosses écuries télévisuelles et c'est tant mieux!

Cette série se place parmi les séries possédant des messages forts. Comme je le disais, la série porte un discours très important sur l'acceptation de soi, et des autres. Cette partie contiendra des spoilers. Ce message est porté par l'ensemble des personnages de la série: à commencer par le personnage d'Eric. Avec sa personnalité extravagante et le fait qu'il soit gay, il est souvent la cible de moquerie. D'ailleurs, il possède vraiment l'axe narratif le plus tragique.

Il subit une agression qui change profondément sa manière de se voir. Cette scène fonctionne comme une sorte de témoignage de situations malheureusement trop souvent vues et non défendues. Je pense que si la série avait eu plus de temps, on n'aurait pu vraiment avoir une version dark du personnage. Lorsqu'il s'habile de manière classique, on sent toute la détresse qui s'empare du personnage, il n'est plus lui-même à cause d'une société qui ne l'accepte pas. Et oui, le parallèle avec la réalité est mince et c'est ce que je trouve particulièrement réussi dans cette série.

Plus j'avance dans cet écrit, plus je remarque à quel point j'encense cette série. Attention, ce n'est pas la perfection loin de là. Il y a quelques points qui sont dommageables. Notamment, un certain côté stéréotypé des personnages. La série n'échappe pas à la règle. On a le droit à certains personnages clichés. Notamment le personnage d'Aimée qui est clairement le stéréotype de la fille populaire du lycée qui veut coucher avec plein de mec. Bon. C'est dommage et pas nécessaire mais il faut tout de même constater un point: la série veut trouver son public donc, certains détails collent au formatage télévisuel actuel.

Passons au gros morceau: le sexe occupe une place importante dans la série. Il n'en est pas le coeur mais, on a le droit à des scènes relativement osées. Est-ce qu'au final, cela présente un intérêt pour la série? Forcément car la série s'appelle Sex Education. Mais, parfois, ces scènes semblent venir de nulles parts et donc, n'ont pas vraiment leur place dans le propos. Cependant, pour certaines scènes (de sexe), on comprend vraiment leurs places, elles sont importantes dans l'évolution des personnages. Il faut rappeler qu'on a le droit à des jeunes adolescents, ils ont entre 16 et 18 ans, certains découvrent encore le corps. Du coup, la série, plutôt que de développer une forme d'obsession pour le sexe pour devenir obscène comme Skins parfois, va plutôt jouer la carte du touchant. Surtout avec le personnage d'Otis. Le sexe fonctionne comme une sorte d'élément qui fait avancer les personnages vis-à-vis de leurs propres corps. Au final, on arrive à une balance relativement stable entre l'utile et l'inutile en termes de place du sexe dans la série et pour cela, je dis bravo.

Parlons casting: Je vais tout d'abord parler d'Emma Mackey. Désolé de casser le rêve de certains mais non, elle n'a pas de liens de parenté avec Margot Robbie malgré une ressemblance assez frappante. Cocorico, elle est française! Côté casting, c'est vraiment l'atout charme de la série. Elle possède un charisme étonnant à travers son personnage, elle semble toujours jouer juste, même dans les moments où elle doit jouer la surenchère, elle est juste. Franchement, c'est une découverte surprenante, je pense qu'il va falloir la surveiller de près, c'est une étoile montante.

Ensuite, Asa Butterfield. Ce petit a fait du chemin quand même. Passé chez Tim Burton, c'est un plaisir de le retrouver. Il a un physique vraiment particulier. Il a vraiment une tête d'acteur. Il ne ressemble à aucun autre. Il parvient à nous toucher, parfois, on l'impression qu'il ne sait plus quoi faire avec ses mains, c'est assez drôle, et cela ajoute un côté humoristique au personnage d'Otis. Gilian Anderson est sans conteste la tête d'affiche de la série. Plus besoin de la présenter, elle est devenue petit à petit une légende du petit écran. Cependant, je trouve son personnage sous-exploité. On ne la voit pas assez en action. C'est aussi un de défaut de la série: on s'intéresse probablement trop à l'adolescence et pas assez à l'âge adulte. Pourtant, on peut avoir des troubles sexuels à tout âge. Cela fait partie des éléments à corriger pour la seconde saison.

Pour conclure, Sex Education est une bonne série. Elle fait partie des séries qui portant des messages importants sur la société actuelle et qui devrais, je pense, être visionnée par le plus grand nombre tant qu'ils sont en âge bien sûr. La série parvient à doser remarquablement bien les scènes de sexe, cela ne devient pas obscène même si parfois inutile au développement de l'histoire. Malgré sa courte durée, la série parvient à donner suffisamment de saveur à l'ensemble de ses personnages, ce qui n'est pas chose facile. Le casting est excellent. Mention spéciale à Emma Mackey qui sort vraiment du lot selon moi. Sex Education est une série importante je pense, malgré des défauts, le message de la série est fort: s'accepter, peu importe qu'on soit hétéro, homo ou bisexuel. Qu'on soit un garçon ou une fille. Âgé ou non. Peu importe la couleur de peau. C'est une sorte de récit initiatique sur l'acceptation de soi. Un beau message je trouve pour une série de cette envergure.

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