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Avis sur Sex Education

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Ma femme, ceinture noire de féminisme, m’a fait du forcing façon lobby pharmaceutique pour qu’on s’abonne à Netflix. En tant que mâle blanc oppresseur (bien qu'à moitié libanais), je suis resté ferme sur mes positions environ trois minutes… avant de céder. « Mais si, tu vas voir, y’a plein de séries extras ! » qu’elle me dit. Je connais ma femme et quand elle débute une phrase par « mais si », j’ai appris avec le temps qu’il fallait surtout pas répondre « mais non » sous peine de me manger une main courante pour outrage. Alors j’ai pas bronché.

Quatre minutes plus tard, t’as le fameux « tou-doum » qui résonne dans le salon. Le logo Netflix apparaît sur l’écran. À mon extrême-gauche, l’émotion est à son comble, ça commence même à renifler sévère. « Dire que tu m'as fait bouffer du film tchécoslovaque en noir et blanc pendant toutes ces années… c’est le début d’une nouvelle vie, tu comprends ? »
Je connais ma femme et quand elle conclut une phrase par « tu comprends ? », j’ai appris avec le temps qu’il valait mieux acquiescer sous peine de me manger un dépôt de plainte pour oppression systématique. Alors j’ai pas rétorqué.

Trois minutes plus tard, on ouvre les hostilités avec Sex Education parce que, je cite la responsable en chef de la télécommande : « ohlala, y’a Scully ! » Le début est prometteur, on tient là une série de science-fiction bien loufoque puisqu’elle présente un monde parallèle où des mineurs ont une vie sexuelle plus agitée que celle d’acteurs pornos chevronnés. Parmi ces jeunes aliens en rut, on trouve un coach sexuel puceau, une brute complexée par un membre trop imposant, une vierge obnubilée par son dépucelage et un homosexuel adepte de gorges profondes sur des fruits dont on ne sait pas tout à fait s’ils sont consentants. Même Scully a contracté le virus de l’hypersexualisation puisqu’elle a troqué l’étude des ovnis pour celle des pénis. Je me tourne vers ma femme, un brin perplexe : « mais c’est la suite d’X-Files ou pas, en fait ? » Elle me dévisage et me souffle un « hein ? » qui en dit long. Je connais ma femme et quand elle lâche un « hein ? » pareil, j’ai appris avec le temps qu’il valait mieux me faire discret sous peine de me manger une convocation à La Haye pour crime contre l’humanité. Alors j’ai pas moufté.

Deux épisodes plus tard, on découvre la journée type de l’héroïne de 17 ans : elle engloutit un bouquin de Virginia Woolf au petit-déj, se tape le mâle alpha du lycée entre deux chapitres, se fait avorter à la hâte pendant la pause déjeuner, puis balance des doigts d’honneur à 90% de ses interlocuteurs à la sortie des cours. Il existe donc une planète lointaine où Morsay et Virginie Despentes ont eu un enfant. Bon, j’aime bien la SF mais trop, c’est trop. Je convoque le chat, le chien et ma femme pour une réunion de crise dans le salon. « Bon les gars, j'annonce : on va pas payer dix balles par mois pour se taper des séries pondues par la version anglaise de Marlène Schiappa. Allez hop, désabonnement. Et on souscrira à Disney + parce qu'on est pas des gonzesses ! » Au terme de ma gueulante patriarcale, le chat s’est assoupi. Du côté du chien, ça baille à s’en fissurer les babines. Quant à ma femme, elle se contente d’un regard noir. Je connais ma femme et quand elle demeure silencieuse et fait les gros yeux, j’ai appris avec le temps qu’il valait mieux la jouer fine. Alors je suis retourné sur le canapé et j’ai relancé un épisode en maugréant : « ah, je sais pas pourquoi mais j'ai tout de même envie de lui donner une seconde chance à cette série... »

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