Woman with balls.

Avis sur She's Gotta Have It

Avatar Boubakar
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Il est courant qu'un réalisateur de renom travaille sur des séries Tv, comme Martin Scorsese, ou Steven Soderbergh, mais c'est bien la première fois qu'il va jusqu'à reprendre un de ses films, et le maitriser de A à Z. Je veux parler bien entendu de Spike Lee, qui a repris son premier long-métrage, Nola Darling n'en fait qu'à sa tête, pour en faire une série Tv trente ans plus tard, et qu'il est non seulement le showrunner, mais il (co)produit, écrit et réalise tout les épisodes de cette saison (unique ?).
Pour l'histoire, on va dire qu'elle reprend celle du film de 1986, où Nola Darling sort avec trois mecs à la fois, sans qu'aucun ne se connaisse. Après des difficultés personnelles dues à sa condition d'artiste, elle va réunir ses trois amants lors d'une soirée...

Après un premier épisode qui fait un peu peur car reprenant une grande partie des plans du film de 1986, l'histoire s'étend davantage, sur la vie des trois hommes, d'âges différents, de situations différentes, où Nola Darling a aussi une amante. On dirait que cette jeune femme, incarnée par la sublime DeWanda Wise, fait perdre la tête de ceux qu'elle côtoie, mais on découvre surtout un caractère affirmé, où on voit clairement que l'opinion du réalisateur est dans le regard de Nola Darling.
D'ailleurs, Spike Lee a conservé quelques-uns des procédés du film en faisant des monologues face caméra, des intertitres (avec, signe des temps, un #), et surtout, l'incroyable présence de la musique, qu'on entend non seulement constamment, mais, dont on voit les pochettes à l'image pour signifier d'où vient tel morceau !
Il y a aussi la présence peu banale de textes à l'écran, aussi bien des paroles de chansons que de cris. On sent que Spike Lee a eu carte blanche pour donner une patte nouvelle à sa Nola Darling, jusqu'à la présence de nudité, aussi bien homme et femme, que dans ses propos. Où il est fortement question d'Akira Kurosawa (Rashomon est cité), du droit des Noirs, ou une très belle scène où Nola Darling va dans un cimetière déposer une rose sur des tombes d'artistes Noirs, aussi bien des peintres que des musiciens.

Mais il ressort surtout le caractère entier de cette femme, qui ne se voit pas comme féministe, mais qui a envie de vivre comme elle l'entend, quitte à coucher avec plusieurs personnes à la fois, à ne faire que peu de compromis ; bien qu'elle paie parfois les pots cassés, elle n'en demeure pas moins libre de son corps et de ses actes.
Quant à la mise en scène, on voit encore l'amour de Spike Lee pour sa ville de New-York, lui qui aime filmer les quartiers peu connus de cette ville, avec cet amour des petites gens, ou à l'inverse, les éléments représentant la richesse sont filmés avec une grande froideur.

La reprise en 2017 d'un film de 1986 montre que la liberté de la femme reste encore un parcours du combattant, mais Spike Lee donne à cette Nola Darling la plus belle des armes ; sa liberté de penser.
Comme cette saison regroupe la totalité du film, je ne sais pas si une suite est prévue...

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