L'histoire de la vie à travers la mort

Avis sur Six Pieds sous Terre

Avatar Enlak
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La mort, cette finalité par laquelle toute vie s’achève. Notre société s’efforce de l’oublier, mais quand elle surgit, toujours trop tôt et imprévisible, cette réalité nous frappe durement, nous ramenant à notre solitude et notre condition de mortels, nous rappelant que la mort nous attend tous au bout du chemin, qu’elle peut frapper nos proches, à tout instant. C’est qu’un humain n’est pas juste un corps organique. Parent, enfant, compagnon, collègue ou ami, il rayonne au-delà des limites de la chair avec les connexions qu’il crée avec ses semblables et ce qu’il a construit. La mort réduit tout cela à néant, lorsqu’un être qui avait tellement d’importance dans nos cœurs que l’on en est venu à croire qu’il était éternel disparaît soudainement. Une disparition tragique et inconcevable. Puis vint les douloureuses étapes du deuil, la colère et l’abattement. Et enfin la longue voie de la guérison, jusqu’à pouvoir aborder en souriant les souvenirs partagés avec le défunt, qui continuent à vivre à travers ceux qui l’aiment.

La mort, les Fisher y sont particulièrement familiers puisque le père et le fils travaillent dans les pompes funèbres. Quand le père meurt d’un accident, la famille est cette fois directement touchée et doit y faire face, chacun à sa manière. Sa disparition soudaine va soulever beaucoup de bouleversements en eux, les inciter à se poser des questions, sur qui ils sont et quelle direction donner à leur vie. D’autant que vivre dans cet environnement de tristesse et de silence ne facilite pas la tâche, chaque membre étant plutôt renfermé et n’ayant pas l’habitude de se confier.
Ruth, la mère, qui s’est toujours consacrée aux autres avant elle-même, sans jamais se faire plaisir, doit maintenant envisager sa vie sans son mari. Elle se pose pour la première fois la question de ses désirs refoulés, et décide de combattre ses inhibitions pour enfin s’imposer. Une recherche qui passera par plusieurs compagnons, mais le bon partenaire n’est pas facile à trouver.
David, le plus jeune fils, a suivit très tôt son père dans la même voie. Sa mort l’amène à se demander si c’est ce qu’il veut vraiment faire. Renfermé et sensible, il assume mal son homosexualité et n’en a jamais parlé à sa famille, bien qu’il soit dans une relation. Une étape qu’il devra franchir un jour ou l’autre.
Nate, l’ainé, a quitté le domicile familial, voulant fuir cette famille pour vivre une vie sans attache. Mais la mort de son père l’incite à reprendre contact. Il voit dans la reprise de l’entreprise familiale l’occasion de peut-être trouver un sens à sa vie. Il persistera à avoir du mal à se lier aux autres. Une quête du bonheur laborieuse que viendra entacher des événements tragiques.
Claire, la plus jeune, n’est encore qu’une ado qui n’a jamais été bien proche de son père. Sa disparition intervient dans une période de doute où elle ne sait pas encore qui il est ni ce qu’elle veut devenir. Elle décide de suivre une formation en art, mais elle est déçue de ce milieu. Est-elle vraiment une artiste, est-elle assez douée ? Elle vivra ses premières expériences, jusqu’à ce qu’arrive le moment où elle devra se lancer seul dans le grand périple qu’est la vie.

Puis il y a ceux qui font pratiquement partie de la famille. Brenda, la compagne de Nate, qui doit combattre l’influence de la famille malsaine dans laquelle elle a grandit ; Keith, le compagnon de David, et Rico, partenaire des Fisher, tous deux devant également régler leurs problèmes de couple et leurs soucis professionnels.
Mais aussi Georges et Billy, qui doivent gérer des problèmes mentaux. Sans oublier des personnages singuliers, comme Olivier, le professeur excentrique de Claire, Arthur, le stagiaire coincé, Sarah la sœur hippie de Ruth. Et des personnages au bon cœur, comme Lisa ou Maggie.

« Bad things happen to people ». La quête du bonheur est une route tortueuse faîte d’imprévues, de doutes, de joies, de souffrances, d’espoirs, d’inquiétudes, d’accidents, de maladies, de guérisons. Dans d’autre séries de soap opera ces thèmes ont tendance à agacer (desperate housewives), mais la série évite cet écueil parce que ces personnages et ces histoires sonnent vraie. Si le rythme est lent, pas besoins d’histoires improbables ou d’intrigues de remplissage pour susciter l’adhésion, et l’attachement aux personnages en est renforcé. SFU nous touche ainsi plus en profondeur, dans ce qui constitue l’essence de la vie. Où un couple qui s’aime n’arrive pas à s’entendre, l’un peut tromper l’autre tout en l’aimant. Où des membres d’une même famille se disputent, parce qu’ils tiennent les uns aux autres, ou reportent leur souffrance vers ceux qu’ils aiment. Où l’on croit être sur de la personne que l’on aime et de ce que l’on veut, pour s’apercevoir qu’on s’était trompé. Des erreurs qui font toujours souffrir ceux qui nous ont crus.
Le couple David-Keith est l’exemple type d’un couple qui passe par beaucoup d’épreuves, des ruptures puis des réconciliations, des doutes et des disputes, puis enfin l’espoir de fonder une famille. C’est qu’ils sont de nature opposée, entre un Keith impulsif et un David réservé, les étincelles sont nombreuses mais ils vont malgré tout s’accrocher.

Chaque épisode débute avec une mort, parfois absurde et insolite, souvent tragique. Il n’est pas donné à tout le monde de mourir de vieillesse sans douleur. Il arrive que le défunt ou les conditions du décès font écho à un membre de la famille.
Un tel concept est propice à l’humour noir. A côté des instants tragiques, la série adopte un ton décalé, où les pensées des personnages se transforment en comédie musicale étonnante, où ils communiquent avec les morts dans des conversations parfois métaphysiques. « La vie c’est comme un jeu de poker où tu mises tout ».

J’ai affirmé plus tôt que la série évitait certains défauts des soap opera, mais pas totalement. Certaines situations s’étalent un peu trop, ou sont un peu trop appuyées. Certains personnages sont un peu trop bizarres pour les comprendre et y adhérer. Ils peuvent être énervants à force de se disputer tout le temps, par leur égoïsme et leur comportement injuste. Certes, j’imagine que chacun se conduit comme ça mais ça ne passe pas toujours très bien. J’ai particulièrement eu du mal avec Ruth, jamais satisfaite de ses partenaires. Enfin, le rythme lent devient parfois pesant.

Mais ce sont des défauts mineurs qu’il faut savoir supporter pour admirer cette ode à la vie que raconte six feet under, avec un final mémorable et des personnages parmi les plus attachants de l’histoire des séries.

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