L'Enfer était pourtant pavé des meilleures intentions...

Avis sur Sons of Anarchy

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Dans la petite ville de Charming (Californie), un club de motards se dispute le trafic d'armes avec d'autres bandes organisées. Cette rivalité évolue vers une lutte à mort, compliquée par les secrets et le mensonge entretenu au sein de la famille Teller-Morrow par Clay Morrow et sa femme Gemma Teller Morrow. Jaxe Teller, le fils de Gemma, enquête sur son passé.

Attention, cette critique risque de vous spoiler.

Sons of anarchy est une série américaine de 7 saisons (92 épisodes) de Kurt Sutter diffusée entre 2008 et 2014.

Chronologie des évènements

Durant les 7 saisons, la série entretiendra une double dramaturgie, celle des combats contre les ennemis de l'extérieur (polices, gangs, irlandais..) et celle de l'intérieur, domestique et familiale, pas moins mortifère.

Sons of Anarchy, ce sont d'abord trois saisons durant lesquelles les Bikers de Charming finissent par comprendre qu'ils sont manipulés par Clay Morrow. Les décisions du président du club aboutissent, par erreur, à l'élimination de Donna,l'une des épouses d'un des membres, Opie visé par le "contrat". Le gang doit faire face à l'adversité (Mayans, Niners, groupuscule néo nazi sans oublier un passage forcé en Irlande...). Jaxe Teller réalise que son père multiplie les "coups tordus" jusqu'à tenter de faire exécuter son épouse, Tara, médecin à la clinique Saint Thomas, persuadé qu'elle est au courant de secrets qui pourraient lui nuire. Clay Morrow, neutralisé à la fin de la saison 4, mais pas physiquement éliminé, on croit alors que les choses vont s'arranger pour Jaxe Teller, sa femme et ses 2 enfants. Il n'en sera rien.
Les trois saisons qui vont suivre multiplieront les complications pour le couple. Tara rentrera en conflit larvé avec sa belle mère, une femme mythomane et aux réactions d'une grande violence. L'adversité se renforce avec l'opposition frontale d'un caid redoutable, Pope, et le séjour de plusieurs sons en prison.
Ayant perdu des frères d'armes tragiquement (Opie), Jaxe Teller devient de plus en plus dur, intraitable et inhumain au fil des épisodes. Lui qui rêvait de quitter Charming avec sa petite famille ne supporte plus que l'on discute ses ordres, il a choisi Samcro comme famille. Tara s'éloigne de lui.
Tara sera finalement sauvagement assassinée par sa belle mère, dans une crise de démence d'anthologie. Peu lucide et manquant de clairvoyance, Jaxe Teller lancera les hostilités contre les chinois lors de la saison 7, se mettant à dos presque tout le crime organisé de la région. Devenu un monstre, il réalisera bien trop tard qu'il est perdu et que toutes les victimes de la violence qu'il a déchainé sont de sa seule responsabilité.

Le ton de la série est violent et sans concession et le scénario très noir. En même temps, Kurt Sutter essaie en permanence de faire cohabiter une grande violence et pas mal d'émotions...

Tragédie grecque ou drame shakespearien?
"Sons of anarchy" repose sur des thématiques de tragédies grecques ou "Shakespérienne". L'histoire de cette famille maudite ressemble à celle d'Hamlet dans laquelle les protagonistes, les membres d'un gang de motards lié au crime organisé et leurs familles, remplaceraient ceux de la couronne du Danemark. Jaxe Teller est Hamlet et il y a quelque chose de malsain au royaume de Charming puisque son beau père et sa mère ont assassiné son père John dans le plus grand secret. Clay Morrow est Claudius, le beau père assassin qui monte sur le trône et Gemma est Gertrude. Jaxe finira, tout comme Hamlet, par apprendre la vérité.

S'agissant de l'issue de la saison 6 et du scénario de la saison 7, terriblement sombres, tout rappelle les Atrides de la tragédie grecque et le Fatum, notamment avec un matricide durant l'avant dernier épisode de la dernière saison. L'une des "idées forces", c'est la malédiction de la présidence des Sons, le marteau "corrompt". Pour régner, il faut diviser, faire des coups tordus et être impitoyable, Jaxe Teller va l'apprendre à ses dépens. Bien plus meurtrier (assassinats en série d'innocents, matricide, parricide, mensonges...) que son père, John, qui lui voulait se retirer des affaires, écrasé par le poids de la culpabilité lorsqu'il se rend compte qu'il s'était trompé sur toute la ligne, Jaxe réalise combien il n'est que le prolongement de sa famille maudite et criminelle, il est damné. Ayant réglé ses derniers comptes et mis ses affaires en ordre, Jaxe poursuivi par d'importantes forces de police ira percuter en moto frontalement un énorme camion (dans un final qui n'est pas sans rappeler Vanishing point), laissant un filet de sang sur l'asphalte entre 2 corbeaux qui picorent...

L'autre thématique centrale, c'est le poison du mensonge avec les réactions en chaine, souvent dramatiques, que déclenche l'éclosion de la vérité.

Des personnages attachants et des salauds d'anthologie.
Si l'on y réfléchit bien, les Bikers de Samcro sont des assassins et des criminels pas meilleurs que ceux avec qui ils sont en guerre, Kurt Sutter a pourtant su nous les rendre attachants, pas trop manichéens. Tig Tragger, un sadique déviant ami des animaux, Bobby, le cérébral, membre historique des sons qui finira tragiquement, victime collatérale des erreurs de Jaxe ou Chips, l'irlandais déchu qui renaitra de ses cendres après avoir combattu ses ex frères d'armes de l'IRA en Irlande et en Californie. Cette série ne serait pas ce qu'elle est sans ses "représentants pourris" des forces de l'ordre (L'agent Stahl, Lee Toric le Shérif...), ses irlandais psychopathes, ses nombreuses guest stars de luxe (Dave Navarro, Stephen King, Courtney love, Michael Chiklis, Danny Trejo, Peter Weller, CCH Pounder, Benito Martinez, Walton Goggins et Marylin Manson dans un rôle de suprémaciste incarcéré assez sobre...), ses martyrs (Otto et Juice), ses rares personnages lumineux (Chuck le "masturbateur compulsif", Nero, l'ex junkie, amant de Gemma ou le shériff en retraite, Wayne Unser) et sa mystérieuse "sans abri".

La série est très bien interprétée, confirmant le talent d'acteurs comme Ron Perlman, Kim Coates ou Katey Sagal (...) et révélant Charlie Hunnam dans le rôle du personnage principal des Sons of Anarchy.

La bande son respire le cuir et le soleil de Californie:
https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=bande+son+sons+of+anarchy

J'ai cependant quelques réserves à la marge: quelques longueurs, des réactions parfois incompréhensibles ou excessives des protagonistes, un début de saison 7 "hors sol" durant lequel Jaxe se transforme en gestapiste, semant sur sa route des piles de cadavres et récoltant en retour des mesures de rétorsion qui lui donneront bien des regrets, convaincu à mon avis un peu facilement par sa mythomane de mère que les chinois ont assassiné Tara. De même, les accolades répétées ponctuées de "Je t'aime mon frère" de tous ces durs à cuire de bikers hétérosexuels me laissaient un peu pensif , parfois...

Regarder une série attachante, c'est fictivement entrer dans la vie des personnages et établir une relation tout aussi fictive que virtuelle avec eux. C'est toujours une "petite mort" pour le spectateur quant la lumière s'éteint lors du dernier épisode, même si cette fois, les ténèbres étaient tellement denses que cela ne pouvait vraiment plus continuer, faute d'espoir et de combattants.

"J'accepte ce que tu dis" (Chuck).

Ma note: 8/10

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