Quand l'adolescence est le plus grand des mystère

Avis sur Souvenirs de Gravity Falls

Avatar IronBastard
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Gravity Falls c'est l'histoire de Dipper et Mabel, des jumeaux de la côte Ouest qui sont obligés par leurs parents de passer leurs vacances chez leur oncle Stan dans le trou perdu qu'est Gravity Falls, en plein milieu de l'Oregon (Life is Strange's vibes). Heureusement pour nous, la ville qui renferme plus d'un secret.

Je m'étais lancé dans la série sans rien en attendre. Les trois premiers épisodes fournissaient des péripéties amusantes, mais je ne ressentais rien de transcendant. Gravity Falls, était-elle encore une de ces séries encensées sans raison ? Que nenni. La série prend simplement le temps d'installer son univers loufoque, de nous laisser nous imprégner de son ambiance, de rencontrer les personnages pour mieux nous transporter tout au long de cette fresque qu'est l'histoire. De la même manière que Baltimore est le personnage principal de The Wire, on peut d'ailleurs considérer que le personnage principal de l'histoire, c'est la ville elle-même. Tout commence à Gravity Falls, tout s'y passe et tout s'arrête quand on la quitte.

Mais commençons par le commencement, cette histoire, c'est également celle de deux jumeaux, Dipper et Mabel. Mon dieu que ce duo est attachant. Dipper, le jeune garçon maladroit, peu sûr de soi, mais intelligent et plein de ressources et Mabel, jeune fille rêveuse, loufoque, optimiste, mais intérieurement stressé par le fait de grandir. Outre leur personnalité, c'est l'alchimie qui se dégage de leur relation qui fait toute la force de la série. De plus, les scénaristes ont le beau goût de MONTRER l'amour et l'affection qu'ils se portent à travers leurs choix, leurs actions plutôt de se contenter de leur faire dire "Je t'aime" à chaque instant. Une relation idyllique, mais avec suffisamment de zone d'ombres pour qu'elle nous semble palpable.

Je considère Dipper et Mabel comme deux facettes du passage à l'adolescence. D'un côté, Dipper qui aimerait vieillir plus vite, être considéré comme une grande personne, être "cool" tout en essayant de masquer son manque de confiance en soi et sa propre dévalorisation. De l'autre, Mabel, qui au contraire se complaît dans l'imaginaire de l'enfant, dans cette loufoquerie confortable qu'on lui pardonne à cause de son âge, mais qui a peur de grandir, de devoir devenir mature, mais surtout, peur de l'abandon/rejet et de quitter le cocon qu'elle s'est crée avec son frère. Chacun des deux progressera au cours de l'aventure pour faire face à ses propres peurs.

Une série qui offre un bon développement à ses personnages principaux, c'est bien, mais une série qui offre un aussi bon développement à ses personnages secondaires, c'est encore mieux. Impossible de savoir par où commencer entre l'Oncle Stan, un escroc qui a roulé sa bosse et qui semble cacher un grand secret, Mousse, le grand enfant, un peu bête, mais loyal, Pacifica, une petite peste pourri gâté dont on découvre le quotidien beaucoup moins rose que prévu, etc. Tous les personnages secondaires ont pratiquement un arc de plusieurs épisodes qui leur est consacré et qui leur permet d'évoluer, de devenir attachant. (mention spéciale à Pacifica)

Intéressons-nous maintenons au scénario de cette histoire. Comme dans la plupart des séries, les épisodes sont relativement indépendants et permettent donc d'être visionné dans le désordre. Toutefois, les scénaristes ont eu la bonne idée de récompenser le visionnage chronologique en instaurant de multiples références aux épisodes précédents et un fil rouge extrêmement mince au début, qui s'épaissit au fur et à mesure des épisodes en même temps que les personnages. Les épisodes sont parfois inégaux, mais aucun n'est véritablement mauvais et ils abordent tous des thématiques différents ce qui renouvelle sans cesse l'intérêt pour la série.(même si parfois la morale est un peu bancale.) Le thème central de l'œuvre reste selon moi les émois de l'adolescence, les premiers amours, les premiers doutes, la première bande de pote, etc. Je pense que c'est une série qui aurait pu me faire du bien à l'époque, elle éveille l'intérêt par ses mystères, mais elle nous touche au plus profond de nous, par son propos intelligent sur l'adolescence.

On retrouve aussi des motifs récurrents sur lesquels chacun des épisodes se centre : la vie sentimental de l'un des jumeaux, la rivalité entre Mabel et Pacifica, la relation Dipper-Mabel, la relation des jumeaux avec leur oncle, la vie de Mousse, Dipper et le journal etc. Chaque nouvelle itération d'un motif possède une petite variation qui donne une nouvelle saveur à l'épisode. (par exemple, dans un épisode centré sur Pacifica, c'est avec Dipper qu'elle va être amenée à interagir et non pas avec Mabel) Ce qui permet notamment de créer des réseaux de liens entre les personnages et de donner un aspect organique à la série. C'est selon moi l'un des points les plus important, Gravity Falls "existe" et la ville continue de vivre même quand nos yeux ne sont pas penchés dessus.

Et tout cela sans faire aucune ombre au fil rouge de l'histoire et à l'intrigue centrale qui est très bonne et qui est habilement concentré dans quelques épisodes essentiels. Toutes les révélations sont inattendues et renouvellent la série. Cette dernière se paie le même le luxe d'avoir un final presque digne d'un film d'animation en 5 parties, ce qui lui permet de poser les enjeux, alterner les échecs et les réussites, mais surtout de nous donner le temps de dire au revoir. Rares sont les séries d'animations qui peuvent se vanter de réussir aussi bien de bout en bout. Plusieurs scènes de ce final ont même réussi à me faire verser une larme.

Pour conclure, Gravity Falls réussit avec subtilité à te satisfaire tout en te laissant sur ta faim. Qu'est-ce que je n'aurai pas donné pour une autre dizaine d'épisode sur les aventures de Mabel et de Dipper, une autre dizaine de rencontres loufoques, une autre dizaine de péripéties qui feront évoluer nos personnages. On aurait envie de rester plus longtemps dans l'atmosphère mystérieuse et apaisante de Gravity Falls, entendre une nouvelle fois les notes de ce générique résonner en nous. Malheureusement et comme Mabel l'a comprit, même si ça nous crève le cœur, les meilleurs étés ont une fin, il faut savoir l'accepter.

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