Décevante randonnée

Avis sur Star Trek : Discovery

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Qui aime bien, châtie bien, dira-t-on.

En amateur des séries Star Trek d'origine, j'étais impatient de voir cette nouvelle série distribuée sur Netflix pour voir ce dont étaient capables les producteurs d'aujourd'hui pour construire un Star Trek "actuel".

Force est de constater une chose tout d'abord : le pari de faire une série fondamentalement différente de ce qui existait jusqu'alors. "Star Trek Disco" suit le parcours nébuleux de Michael Burnham, officier scientifique de l'USS Shenzhou. Suite à une décision irréversible et ses conséquences lors d'une sanglante bataille durant la guerre contre les Klingons, l'histoire narre son intégration dans un nouvel équipage, celui de l'USS Discovery, qu'elle devra apprendre à connaître.

En temps de guerre contre des ennemis féroces, Starfleet, l'organisation d'exploration galactique volontiers dépeinte comme philanthrope dans d'autres séries, révèle ici tout son visage le plus militaire. L'USS Discovery, doté d'une technologie de transport spatial unique au monde, devra être l'atout de la flotte humaine dans une guerre où tout semble perdu. L'ambiance de cette série est donc sombre et tranche radicalement avec le caractère humaniste et pacifiste affiché par les précédentes versions de Star Trek (au risque d'être parfois taxées d'hypocrisie). D'une série à la base centrée sur l'exploration (un trek est littéralement une randonnée ou une balade), on passe à une série autour des jeux de pouvoir et la stratégie militaire. On aurait presque pu l'appeler Star Wars... mais le nom était déjà pris.

Le jeu des acteurs est dans l'ensemble convaincant, mais ils ne parviennent cependant pas à sauver un scénario victime de trop nombreuses lacunes. Oubliant tout le caractère "choral" d'une série à base d'équipage comme Star Trek, Discovery "mise" tout sur le caractère exceptionnel (certain-es diront "Mary Sue"-esque) de son personnage principal : il en résulte, au long des deux saisons (à ce jour) de la série, une quête quasi-christique de rédemption pour le personnage principal de Michael Burnham.

Les autres membres de l'équipage du Discovery n'ont en comparaison que très peu de temps à l'écran. Pour ma part, toutes les inflexions dramatiques au sujet du destin des personnages annexes tombent à l'eau, car trop peu exposés, le-la spectateur-ice n'a jamais l'occasion de s'y attacher. Lorsqu'il arrive, dans un épisode, un évènement tragique à un personnage secondaire dont on savait rien jusqu'à présent, il ne suffit pas d'un rapide résumé de sa vie passée en début d'épisode pour que subitement, on se sente concerné par le drame...

S'ajoute à cela une trame narrative globalement cousue de fil blanc, si bien qu'il m'a été possible, durant la deuxième saison, de globalement deviner la fin à la moitié. C'est un problème dans une série s'appuyant majoritairement sur son arc narratif principal comme Discovery. Plombée par des facilités de narration, les incohérences, ou des retours miraculeux de personnages s'appuyant sur des justifications vraiment hasardeuses, l'histoire ne m'a pas semblée plausible, même pour Star Trek. C'est d'autant plus regrettable que certains retournements de situation (ou plot twists), bien amenés, ravivent l'intérêt de la série là où d'autres tombent à plat et n'apportent finalement pas grand-chose (notamment en saison 2).

Un autre détail scénaristique me gêne au sujet de cette série : l'ambition assumée des créateurs de vouloir se positionner dans le canon de la série, c'est-à-dire dans la continuité (ou plutôt, dans la priorité) des autres séries et non dans un nouvel univers créé spécialement pour Discovery. Le problème, autant artistique que scénaristique, est que de nombreuses technologies révolutionnaires, inventées pour les besoins de la série, sont inédites. En découlent des pirouettes scénaristiques et des justifications plus grotesques les unes que les autres pour essayer de justifier leur absence dans le "futur", par respect du canon. De ce point de vue, un travail ni fait, ni à faire. La toute fin de la deuxième saison m'aura laissé pantois (dans le mauvais sens du terme) !

Visuellement, les effets spéciaux de la série sont pour moi un de ses arguments de vente. Magnifiquement exécutés, on est très loin des effets "cheap" des premiers Star Trek, et tout à fait au niveau d'autres séries dans l'espace actuelles, telles que The Expanse. Un bémol vient cependant ternir ce joli tableau pour moi : les intérieurs de vaisseau sont très sombres (pour accentuer le caractère dramatique de la série ?), alors que la photographie abuse du lens flare (si cher à JJ Abrams) à plusieurs reprises. On se retrouve au final régulièrement ébloui sans pour autant voir quoi que ce soit. Dommage.

Au final, je ne sais pas trop quoi en penser car il s'agit d'une série que je ne recommanderais ni aux fans de Star Trek, ni à celles et ceux qui n'y connaissent rien. Un bon jeu d'acteurs, une trame narrative parsemée de-ci de-là de bons moments, mais dont l'exécution laisse à désirer. Ce n'est pas complètement raté, mais c'est, pour ma part, loin d'être réussi. Il n'empêche que si vous ne vous souciez pas trop des détails ou de la cohérence avec le reste de la "saga Star Trek", il se peut que vous passiez un bon moment.

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