Un peu plus près des étoiles de l'Âge d'or (saison 1)

Avis sur Stargirl

Avatar Red Arrow
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Avouons-le d'emblée, dans l'univers très embouteillé des séries de super-héros, notamment DC, l'arrivée discrète de Stargirl (personnage déjà apparu en live dans "Smallville" et "Legends of Tomorrow") ne suscitait pas notre plus grand enthousiasme. Encore assommé par la médiocrité de la première saison de "Batwoman", on ne misait en effet pas grand chose sur cette héroïne teen au visage poupon et détentrice d'un spectre cosmique capricieux.
Mais, à bien y regarder, on pouvait déjà avoir un bon pressentiment à son sujet : même si celle-ci est diffusée sur la CW aux USA, la série est avant tout issue de la plateforme DC Universe comme "Titans" et "Doom Patrol", elle n'est donc pas directement affiliée à l'Arrowverse sur le plan créatif (la donne est différente en ce qui concerne l'univers partagé, le personnage a été évoqué lors du gros crossover "Crisis of Infinite Earths" et, au cours de la diffusion de la première saison, la CW a annoncé que la suite des aventures de "Stargirl" passera complètement sous son giron, ce qui est peut-être annonciateur de rencontres avec les autres super-héros du network...)

Cet a priori positif a vite trouvé une confirmation avec l'impressionnante séquence d'ouverture du pilote : une bataille entre la Justice Society of America et la Injustice Society qui, autant du point de vue du budget fourni que celui de ses ambitions visuelles, met à l'amende n'importe quelle saison entière de l'Arrowverse tant le résultat est tout simplement un pur bonheur de quelques minutes pour tous les amateurs de comics DC de la grande époque !
C'est d'ailleurs de là que "Stargirl" va tirer sa plus grande force : son côté solaire sorti tout droit du temps révolu de l'Âge d'or des comics DC mais qui ressurgit soudainement à notre époque moderne avec une nouvelle génération de super-héros, menée par Stargirl, prête à venger la défaite de l'ancienne face à une Injustice Society agissant toujours l'ombre. Quelque part, le cadre lumineux offert à ces jeunes super-héros en devenir dévoilés d'épisode en épisode est à la fois la contre-proposition et le compagnon idéal à celui sombre des héros de "Titans", série ayant bénéficié du même effet de surprise par la réussite de sa première saison (on ne peut pas en dire autant de la deuxième).

Avec des personnages principaux en grande partie adolescents, on aurait pu craindre le pire niveau sous-intrigues lycéennes/niaiseuses mais non, encore une fois et sans pour autant les éviter, "Stargirl" parvient à les enrober de sa vision légère et idéaliste pour les intégrer avec pertinence à la construction de sa mythologie (tout n'est pas cependant du même niveau, la quête de vengeance de Hourman est par exemple bien plus simpliste que le portrait de Wildcat, ado brisée par son entourage).
Transcendée également par cet éclat cosmique, l'héroïne en elle-même et avec laquelle on pensait avoir le plus grand mal en devient étonnamment attachante par sa volonté de privilégier les actes en fonçant tête baissée plutôt que de se figer autour d'éternels atermoiements super-héroïques.
Ce caractère de tête brûlée se retrouvera également dans les futurs coéquipiers qu'elle sera amenée à rencontrer et tous devront jongler entre leurs perspectives personnelles et leur nouveau statut de groupe superhéroïque pour comprendre et combattre une menace qui les dépasse. Dans cette optique, leur mentor (et beau-père de Stargirl) Pat Dugan/Stripesy/S.T.R.I.P.E se révélera comme un personnage particulièrement savoureux à voir évoluer : au départ, simple cliché adulte de ces sidekicks lisses et oubliés des héros de l'Âge d'or des comics, ce stéréotype de l'Américain moyen (Luke Wilson, parfait) va véritablement gagner en profondeur humaine par son nouveau rôle de guide, en restant dans les règles de ce genre de personnage pour laisser le devant de la scène à Stargirl et ses acolytes.

Lorsqu'elle se fixe sur les plans secrets des membres de la Injustice Society, "Stargirl" n'oublie pas de baisser intelligemment la lumière de son ambiance pour mettre en valeur la présence de chacun de ses excellents super-vilains charismatiques (la plupart sont incarnés pour la première fois en live).
D'ailleurs, si la nouvelle génération de super-héros doit composer avec le poids de l'héritage de leurs modèles et retrouver l'esprit collectif de la JSA, leurs adversaires de la Injustice Society incarnent quant à eux des figures maléfiques à la stabilité de plus en plus diverse : même si la poursuite de leur but commun dans l'ombre a assuré leur unité au fil des années, les doutes et la fuite vers le mirage d'une vie plus apaisée se sont mis à gagner certains pendant que d'autres sont restés figés dans leur sadisme caricatural de vilains (parfois même dépassé par la nature ambitieuse de leur propre progéniture, le personnage de peste Cindy/Shiv est tout simplement excellent en ce sens). Cette faction d'ennemis hétéroclites sera forcément fascinante à suivre aussi bien par l'ambiguïté de leurs rapports que par la cruauté de leurs actes. Celle-ci ira même jusqu'à prendre un sens encore plus schizophrénique avec la révélation des objectifs qu'ils veulent instituer pour leur projet tant espéré de "Nouvelle Amérique".

Chose encore plus louable, cette première saison de "Stargirl" va se révéler étonnamment constante sur le plan qualitatif. Certes, la série reste bien entendu perfectible en bien des points pour dépasser le simple stade de divertissement au ton si irrésistible mais, on a beau chercher, il n'y a quasiment rien à jeter dans cette fournée de treize épisodes tant l'ensemble de cette première aventure fut si plaisante à découvrir de bout en bout ! Véritable vivier de références absolument jouissives pour tous les fans de l'univers DC, "Stargirl" est resté sur la droite ligne de son délicieux charme rétro digne de l'esprit le plus classique des comics ! En guise de bouquet final, les deux derniers épisodes auront même carrément fait figure d'un mini-blockbuster épique qui n'a rien à envier aux grosses machines du genre.

Espérons désormais que le passage acté de la série sur la CW ne ruine pas ses ambitions par un manque de budget ou des crossovers à outrance, "Stargirl" mérite mieux et peut encore vraiment nous surprendre si la singularité de sa proposition demeure dans le vaste monde actuel des séries de super-héros. Gageons que son créateur Geoff Johns saura conserver intacte la flamme cosmique qui nous a tant plu lors de cette première saison...

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