Le fond sans la forme [Avec Spoilers Saison 3]

Avis sur Supergirl

Avatar Engy Near
Critique publiée par le

Il fallait que je réécrive cette critique. La précédente ne rendait pas à César ce qui est à César et finalement, comme cette série, le fond était bon mais la forme ne me plaisait pas. Alors je vais retenter l'aventure trépidante de l'auto-correction, car il faut aussi se remettre en question.

Supergirl, c'est la dernière série d'El Famoso Arrowverse, qui pour les non-initiés est une idée de génie pour répondre à l'offensive Marvel mais avec moins de budget et plus de foi (car à ce stade, on est dans le domaine de la croyance). La majeure partie des séries DC étant donc aux mains de notre CW adorée, il fallait donc naturellement, dans l'ordre des choses du marché, exploiter l'idée tout en faisant l'inverse de la concurrence. Car si dans l'imaginaire collectif Detective Comics et son univers sont souvent plus noirs et plus "matures" que les productions Marvel, il semblerait alors de bon ton de changer de cap et de faire du neuf avec du vieux. Donc quelque part, Supergirl était disponible pour compléter le Hérodex de la chaîne et ainsi les faire se combattre tous ensemble dans des Cross-overs aussi intéressants qu'inexploités, ou exploités de la pire façon qu'il soit. On y reviendra.

Il y a du potentiel dans cette série, c'est indéniable. Alors évidemment, quelque part, il faut se laisser entraîner dans l'histoire, il faut accepter que tous les arcs narratifs sont inégaux et que finalement, cette saison 1 qui n'a pas fait allumé trois étincelles à votre petit cœur depuis longtemps quitté par votre idéalisme, sera en définitive la meilleure saison. C'est dire à quel point le niveau est assez bas.

Et pourtant, pourtant, il y a quelque chose de bien dans cette série, qui je le sais, est capable du meilleur comme du pire, mais à un don incroyable pour le pire. Alors accrochez-vous, parce que ce sera long.

Bon, pourquoi la saison un est l'une des meilleures ? Réponse simple: parce que l'écriture était meilleure. Demandez à n'importe qui ayant vue cette saison et il/elle vous dira que les effets spéciaux étaient à gerber et l'acting était aussi précis que dans un épisode des Feux de l'amour. Bref, rien n'était visuellement bon mais le scénario lui, Ô grand et précieux scénario, était largement plus intéressant. Transition donc au résumé.

Kara est donc la cousine de Superman, qui envoyée à la suite de Kal-el à l'âge de 13 ans, va rester coincé un certain temps dans la Phantom Zone, le macguffin temporel parfait, ce qui fait qu'à son arrivée sur Terre, Superman est déjà un trentenaire et la confie aux Danvers, une gentille famille aimante mais qui ne saura guère lui faire oublier que sa planète d'origine ainsi que son peuple n'existe plus.

Ce dernier élément est central dans la saison qui traite majoritairement de l'identité, de ce que l'on cache de soi ou que l'on montre mais aussi de manière plus précise, la perte de son milieu d'origine, de sa culture, de ses valeurs et l'impression de ne pas appartenir à quelque chose. Sous couvert d'une histoire un peu banales de nos jours se trouvent pourtant une subtilité sur certain sujet, caché derrière des personnages tangibles, tiraillés par des doutes personnels mais quelque part universels.

[Alerte Spoil]

Les antagonistes de cette saison sont d'ailleurs pertinent dans cette interrogation qui surplombe la série car étant des membres de la famille de Kara, ils détruisent cette image glorifiée de Krypton, ce regard enfantin par lequel Kara se souvient de sa planète. La dynamique des antagonistes avec Supergirl est vraiment superbe parce que comme elle, ils arrivent sur Terre mais contrairement à elle, ils tentent de se poster en colonisateur plutôt que de se fondre dans la masse. Leur approche est sous-tendue par un désir de transformer notre planète bleue en Krypton et de ramener métaphoriquement, le passé dans le présent. Ce qui quelque part, donne à voir à Kara que refuser de voir les erreurs passées et glorifier un souvenir est dangereux, en même temps que cette épreuve la fait grandir en quelque sorte car elle en tire des leçons précieuses. C'est une des interprétations générales possibles mais il y en en vérité bien plus.

Ce n'est pas une idée narrative révolutionnaire, mais cela s'apprécie sans préjugé. C'est léger, un peu drôle et surtout un poil nanardesque mais en toute sincérité, loin d'être du grand art, cette saison était plus maligne dans sa forme et donc plus subtile.

Et puis, quand la CW nous a repris le truc, c'est parti de "pas trop mauvais" à "franchement immonde". Adieu subtilité et patience envers les plotlines et bienvenu dans la saison 2.

Vraiment, on est sur le début de la fin. Ce n'est pas mauvais mais j'ai cherché où est-ce que tout cela allait nous amener et ce n'était pas glorieux. Entre les "ships" foireux, le fan-service débile et les facilités d'écriture, on est là devant un monstre d'incohérences et d'absence totale de développement de personnage correct ainsi que de messages politiques tellement peu subtiles et débattus. Vraiment c'est à se demander si les auteurs se rappellent ce qu'ils ont écrit une saison plus tôt. Je n'ai rien contre le niais mais mon dieu, soyez un peu cohérent !

Tous les nouveaux personnages qui débarquent dans l'histoire sont des faire-valoir du scénario qui essaiera d'être le moins crédible possible quand il en viendra à lier sentimentalement deux de ses pions narratifs, si possible tiré au pur hasard. De toute façon, quand on ne pousse pas un minimum la psychologie d'un personnage, tout est possible puisque rien n'est encore dit. En fait, tout converge dans la saison 2 à amener la saison 3, c'est -à-dire comme Arthur et les Minimoys 2, une grande bande-annonce très longue pour préparer la suite. J'aurais pardonné aisément la série si la saison 3 avait eu la qualité escompté après le massacre d'écriture de la 2. Résultat ? C'est pire encore !

Et vas-y que je te sors un voyage dans le temps et comme tout le monde va chercher les incohérences, à quoi bon les éviter ? C'est vraiment la pire idée que je n'ai jamais vu et encore, je l'aurais pardonnée si tout cela devait amener à une histoire plus complexe qu'il n'y paraît comme la saison 1 savait le faire. Mais non ! Mais non ! Du fan-service et du pur dont seuls les animés japonais ont le secret mais que visiblement les américains affectionnent tout particulièrement. Tout ça, pour ramener le love interest de Kara qu'on avait fait disparaître à la fin de la saison 2.

Bref, la saison se compose à 80% de combats foireux, de twist qui n'en sont pas, et beaucoup de dialogue d'exposition qui sont nécessaires tant l'histoire avance trop vite et passe en vitesse sur tellement de sujets que le Reddit de la série s'enflamme de rage et d'incompréhension tous les mardis soirs. Du genre, on revoit Argo, une ville de Krypton qui s'est installé sur une météorite. Incroyable ! Le thème de la saison 1 est là, ici, à porté de main. Et non, bien tenté mais on aura juste droit à un dîner avec une amie, une discussion avec maman, une tentative de meurtre et hop, on s'en va ! Magique !

Pourtant, on aperçoit bien l'idée générale derrière la saison 3, celle qui devait être développée mais qui a été lâchement sacrifiée sur l'autel de la médiocrité. En fait, on sent bien qu'il y avait une envie de mettre du combat hyper cool avec des chorégraphies à deux balles, ce qui s'est avéré être la pire idée possible pour la série dont l'identité ne réside justement pas dans de beaux effets et de combats dantesques.

L'identité de Supergirl, c'est justement toute la question de l'identité, sous toutes ses formes, dans tous les personnages et ce n'est pas très important à mon sens de proposer des combats qui s'enchaînent quand on a clairement la capacité d'écrire des personnages pertinents, tangibles car extrêmement vulnérables malgré leur surpuissance ayant chacun une pierre a apporté dans l'édifice du thème principal de la série. En fait, Supergirl pourrait être une sitcom légère et je pense que c'est ça qui fait dire à beaucoup d'habitant du fandom que la saison 1 était largement meilleure. C'était de l'humour à moitié drôle, des questionnements internes infinis et très peu de combat, des costumes aussi moche qu'en 70, bref c'était fait avec un certain amour du matériau d'origine, ça se voulait familial, tous public et capable de fédérer une audience large. Il n'y avait aucune prétention à être plus qu'un simple bon moment sans prise de tête avec des personnages qui sans faire le café, étaient largement plus intéressants que ce qu'ils sont devenus. L'esprit et l'identité même de la série n'est plus vraiment là et c'est bien dommage car j'avais mis du temps à accepter son univers un peu bancal mais sympathique, qui me rappelait mes jeunes années à regarder SmallVille. Effectivement, cela ne sera pas une grande série dont les cent prochains siècles entendront encore parler mais même si cela n'est pas l'ambition de départ, elle parvient assez niaisement à fabriquer une petite morale toute mignonne mais qui quand même est plus pertinente que ce que l'on voit dans d'autres séries de la chaîne.

En bref, à regarder avec une semi-attention

Je serais donc incapable de vous dire si c'est une bonne série ou si elle se regarde simplement. Je pense que plus que n'importe quelles autres séries dont j'avais dit qu'il fallait s'accrocher, je pense que là, c'est une question d'y être harnaché ou non.

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