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Taboo par limma

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Une fiction historique sous l'Angleterre de 1814, époque du début de la révolution industrielle, du transport maritime et des monopoles.
Pas de cours historiques ici, les tensions entre anglais et états-unis pour la conquête de territoires, entre accords et trahisons, ne sont que prétexte aux aventures. Le contexte historique reste en filigrane. La révolte des Cipayes en Inde, qui mènera la compagnie vers son déclin et ses biens à la couronne, intervient seulement quelques années après, même si en 1814 la compagnie des Indes avait déjà perdu le monopole du thé. Pas non plus la révolte menée par le peuple contre la couronne, face à la grande misère de cette époque. De même une seconde lecture aurait trouvé matière à plus de densité, notamment sur le conflit Nootka, légèrement évoqué, le colonialisme, la guerre des fourrures ou encore l'esclavage, qui ne sont qu'effleurés par quelques flashbacks.

La série privilégie son ambiance visuelle et d'aventures, intimiste, gothique et d'une esthétique réussie.

Alors que tout le monde le croyait mort lors du naufrage d’un navire négrier, en 1804, James (Tom Hardy) revient 10 ans plus tard. Ancien soldat, ses aventures africaines et l'homme, qu'il est devenu, se heurteront à cette Angleterre du XIXème siècle. L'entreprise familiale et une parcelle de terre hérités de son père, sera source de convoitise de l'Empire britannique et des nouveaux Etats-Unis alors en guerre.

Filmé sans effet autre que de suivre James, tous les décors appuient le personnage, violent, brutal et sombre. Le Londres de l'époque est particulièrement bien rendu. Ses ruelles sales, source de danger, les cadavres qui pourrissent, les scènes de nuits, glauques et parfois sanglantes, fort appréciées dans l'univers si peu risqué des séries.

Les scènes d'errance de James et les décors somptueux et colorés de la vie mondaine et bureaucratique, viennent appuyer le décalage avec le personnage. Réservant malgré le peu d'action tout le suspense d'un thriller sur fond de noirceur omniprésente et grâce aux éléments narratifs introduits tranquillement, l'intrigue suit sa ligne floue et se dote d'une mise en scène efficace mais sans éclats, et pour une intrigue basique : un homme, sa vengeance et qui devra compter de nombreux ennemis.

Teinté de mythologie tribale, l'aspect surnaturel nous emmène entre rêves, fantasmes et hallucinations à la recherche du passé de James, entre sauvagerie incontrôlée et secrets familiaux, pour un personnage hors du temps qui confère à la série son ton original.

Le rythme et la tension ont tendance à se perdre à partir de la mi-saison, quelques longueurs et une intensité dramatique en berne occultant le parti-pris violent et mystique du début. Avec un remaniement plutôt inattendu dans la relation entre le frère et la soeur, qui gâche le ton de la série et qui aurait gagné à plus de provocation.

Tom Hardy arrive à faire passer de multiples sentiments, son physique un peu gauche et imposant, ses regards troubles et son économie de parole, finissent de servir son personnage mystérieux. Anti-héros et pas franchement commode, l'homme ne s'embarrasse pas de politesse ou de séduction.

On croise aussi et cela complète la réussite, de bons acteurs, notamment Jonathan Pryce, excellent ici encore dans le rôle de Sir Stuart Strange, menant la compagnie des Indes Orientales dans son parcours politique et prêt à toutes bassesses pour récupérer les biens de James. David Hayman, Michael kelly, Franka Potente, Tom Hollander, Edward Hogg complètent le casting, tous justes.

Sa demi-sœur Zilpha (Oona Chaplin) prise entre James et son époux Throne (Jefferson Hall), qui convoite l'entreprise familiale, révèle la place de la femme, et son oubli d'elle-même. Malheureusement ce personnage n'ira pas au delà du fantasme. De même pour l'actrice Jessie Buckley, personnage secondaire, mis en avant au fil des épisode mais qui semble être posée là, son rôle n'étant jamais franchement utile et romance un peu l'ensemble jusque-là évité.

On peut quand même espérer une seconde saison, le charme est là, indéniable.

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