La vérité : juste une "Affair" de perspective...

Avis sur The Affair

Avatar Soprano
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Un homme marié qui tombe amoureux d'une autre femme, c'est le plus simple des synopsis...
Difficile de faire moins original que cela mais quand le talent d'écriture est au rendez-vous, peu importe le degré de singularité.
The Affair en est l'exemple type ou du moins, en apparence seulement et Dieu sait à quel point elles sont parfois trompeuses dans cette série.

Noah Solloway, écrivain New-Yorkais dont le tout premier bouquin publié vient de faire un four, est, malgré tout, un homme chanceux. Il a vraisemblablement tout qu'un homme peut désirer : un mariage solide, des enfants sympas malgré la fille en crise d'ado, des beaux-parents friqués avec une grande maison à Long Island.
Aucune zone d'ombre n'est présente dans la vie de ce cher Noah, du moins sur le papier... Dans les faits, tout ceci est un peu moins idyllique que ça, le premier tour de force de la série qui s'amuse à jouer avec les certitudes des téléspectateurs.
Avant même d'arriver dans la maison de vacances appartenant aux beaux-parents, Noah tombe amoureux de la serveuse du diner. Une chose assez compréhensible si l'on se fît à sa version car oui, toute la mécanique de la série se repose sur un modèle narratif tout simple mais finalement très rarement vu : chaque épisode est divisé en deux parties, permettant à Noah et Alison d'avoir tous les deux leur propre version des faits.

Un schéma savamment exploité dans le pilote avec la première rencontre entre les deux. Exemple simple : Noah se souvient de la coupe avantageuse de la robe d'Alison, de son sourire attirant ou de ses cheveux lâchés. Dans la version d'Alison, la robe est beaucoup moins affriolante, elle semble fatiguée et c'est Noah qui fait le premier pas. Un mécanisme qui se répète à chaque épisode (avec des différences plus ou moins marquées) et qui permet aux téléspectateurs de s'impliquer davantage dans la série.
Une dose de mystère supplémentaire est apportée avec la double temporalité façon True Detective où l'on retrouve les deux personnages, quelques mois plus tard, interrogés par un inspecteur de police sur le commencement de cette histoire...

La première saison ne fait pas que se reposer sur ce permanent jeu des 7 erreurs entre les deux versions des personnages. La réussite de l'écriture tient aussi à l'implicite, à l'ambiguïté constante entre Alison et Noah.
Certaines scènes d'Alison sont au demeurant extrêmement belles, Ruth Wilson est absolument parfaite de justesse en femme brisée par la mort précoce de son enfant, étouffée par une ville, un contexte dont son esprit cherche à s'évader.
Contrairement à son mari qui lui rappelle ce drame, Noah l'étranger représente son refuge, alors qu'Alison symbolise l'antidote à un mélange sournois de solitude et de lassitude que Noah ressent vis à vis d'une vie dont il n'a pas forcément le contrôle.
Chaque petite scène peut être interprétée de manière différente grâce à cette double écriture si fine, si personnelle des deux auteurs de la série qui travaillent main dans la main, cela se voit mais surtout, se ressent.

Les premiers épisodes sont en cela parfaitement maîtrisés, habile symbiose entre un homme et une femme dont les différences de mémoire sont souvent plus significatives que leur propre comportement vis-à-vis de l'un et l'autre.
Le cadre fait beaucoup aussi au charme de la série, un peu à la manière de Broadchurch qui jouait beaucoup sur son ambiance contemplative. Un caractère visuel très soigné malgré tout relégué au second plan par une intrigue qui ne faiblit que rarement même si les moments entre Alison et Noah sont beaucoup plus intéressants que l'enquête policière un peu forcée mentionnée dans la seconde ligne temporelle.

The Affair n'est pourtant pas une série qui plaira à tout le monde mais qu'importe, les rares moments de flottement sont vite occultés par le soin accordé à ces deux personnages qui ne cessent de s'étoffer.
Ambiguë, mystérieuse, hypnotisante : un coup de foudre inattendu.

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