"La vérité d'un homme, c'est d'abord ce qu'il cache." André Malraux

Avis sur The Affair

Avatar SmileShaw
Critique publiée par le

Noah Solloway, séduisant professeur et écrivain, marié depuis 25 ans avec la jolie Helen et père de quatre enfants, a tout pour être comblé. Mais le pauvre s'ennuie dans sa petite vie plate et routinière.
Installé à Montauk, chez ses beaux-parents pour les vacances d'été, il fait la connaissance d'Alison Bailey, jeune serveuse, qui tente, tant bien que mal, de se remettre d'un drame épouvantable survenu 2 années auparavant et qui a totalement fait chavirer le couple qu'elle forme avec Cole.
Pensant trouver un réconfort bienvenu dans les bras de cet étranger au charme irrésistible (Dominic West en même temps ...), Alison succombe et débute une relation aussi passionnée que compliquée.

Cette apparente banale histoire de fesses (on y reviendra plus tard) n'est pourtant que l'arbre qui cache la forêt.
La narration, établie sous forme de flash-back, présente Noah et Alison, interrogés à tour de rôle par la police sans qu'on sache de prime abord pourquoi et relatant leur histoire d'amour à un enquêteur, dans ce qui semble être une salle d'interrogatoire. Au fur et à mesure du déroulement de la première saison, des indices sont distillés sur la raison de leur présence en ces lieux. Les révélations se font au compte goutte, ce qui permet d'entretenir un suspens somme toute bien mené.

Mais l'originalité de The Affair réside dans la construction même des épisodes, chacun d'entre eux étant scindé en deux parties. Les protagonistes principaux racontent donc les mêmes événements, selon leur point de vue, ce qui entraîne des différences, parfois de taille, entre les deux versions : en cause une mémoire bancale ou une perception toute personnelle d'un geste, d'un regard, d'une phrase énoncée.
Cet aspect, finement exploité et déstabilisant le temps d'un épisode ou deux, constitue à coup sûr un des atouts majeurs du show.
L'autre point fort, encore plus mis en avant au cours de la saison 2, est l'aspect psychologique. Les questionnements, les doutes, les remises en question de Noah et Alison, mais aussi de leurs conjoints respectifs sonnent vrai et sont autant de moments forts, parfois émouvants, qui agrémentent la série.

Malheureusement, les clichés ne nous sont pas épargnés.
Certains personnages semblent être chaussés des sabots d'Hélène : la belle-mère mauvaise comme une teigne qui fourre son nez partout ou la fille adolescente insupportable (a priori, incontournable de nos jours dans tout show télé qui se voudrait respectable), tête à claques absolue à faire passer Meadow Soprano et Dana Brody pour des scouts faisant du porte à porte dans le but de vanter les mérites de leurs brownies aux noisettes.
D'un autre côté, on voit venir quelques situations à des kilomètres, le paroxysme étant atteint à l'épisode 9 de la 2e saison, si mauvais, ridicule et détonant comparé au reste de la série, qu'il m'a laissée muette d'interrogation sur le pourquoi de son existence.

Mais surtout, là où je pose un bémol, et j'ai bien conscience que ça constituera pour certains un appel de taille à se jeter sur la série, plus promptement que moi sur le dernier Vine de Ricky Gervais dans sa baignoire, c'est que c'est un peu racoleur.
Je ne suis pas vieux jeu (non !) et je peux comprendre, sur le début de l'histoire, quelques scènes de touche pipi et autre mélange de fluides corporels, mais est-ce bien nécessaire de se les goinfrer, à chacun des 22 épisodes (et c'est pas fini) ?
Une histoire intéressante, un parti pris narratif particulier, des moments esthétiques ou poétiques, qui ne sont pas sans rappeler parfois même la délicieuse Rectify, et subitement, sorti de nulle part, nous parvient aux esgourdes un tonitruant

oh oui, jouis moi sur le visage.

Je n'ai rien contre les produits de beauté estampillés "faits maison" et il est même rigoureusement conseillé de se faire un masque de manière régulière mais, à l'image de Ray Donovan, The Affair va un peu trop loin dans la facilité de l'appât du chaland, desservant le propos de fond, qui se suffit pourtant largement à lui-même.

The Affair a donc tout de cette œuvre agaçante.
C'est addictif, avec un fil rouge haletant, très bien interprété (mention spéciale à Joshua Jackson et Maura Tierney, en époux délaissés qui doivent faire face).
Mais au final de la saison 2 nous reste un goût amer et la conviction que cette bonne série, sans quelques défauts liés au choix de certaines facilités scénaristiques, aurait pu devenir un incontournable.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 900 fois
28 apprécient · 1 n'apprécie pas

SmileShaw a ajouté cette série à 4 listes The Affair

Autres actions de SmileShaw The Affair