The Big Bang Theory (Chuck Lorre & Bill Prady, 2007 – 2019)

Avis sur The Big Bang Theory

Avatar Peeping Stork
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Depuis la diffusion de ‘’Seinfeld’’, entre 1989 et 1998, le sitcom américain a connu des œuvres devenues tout aussi cultes, comme ‘’Friends’’, entre 1994 et 2004, ou encore ‘’How I Met Your Mother’’, de 2005 à 2014. Je ne compte pas ‘’It’s Always Sunny in Philadelphia’’ qui est une série trop extrême, reprenant toutes les codifications du sitcom pour les pervertir de la plus sale, mais jouissive, des manières.
Il y en a bien entendu d’autres, qui ont plus ou moins marchés, dont les impacts sont variables. Je pense notamment à ‘’Cheers’’ de 1982 à 1993, qui correspond à une vision un peu datée du sitcom. Ou encore ‘’That ‘70’s Show’’ de 1998 à 2006, et son concept permettant d’idéaliser une période fantasmée. Et parmi toute cette production, qui lorsque l’on fouille est des plus massive, il y a ‘’The Big Bang Theory’’, diffusé entre 2007 et 2019. C’est du tout frais.
Reprenant un schéma très classique, des voisins que tout oppose sympathisent, offrant tonne de situations convenues et quiproquos attendus, la série créée par Chuck Lorre & Bill Prady parvient malgré tout à proposer un contenu original, riche, et qui ne se répète que très rarement. Avec ses personnages en perpétuelle évolution, elle évite de tourner en rond, prenant des parcours scénaristiques des moins attendus, permit par les personnalités de ses différents protagonistes.
‘’The Big Bang Theory’’ et ses héros geek, aurait pu sombrer rapidement dans la moquerie, la parodie banale, un peu méchante. Car rire des inadaptés sociaux, dans beaucoup de films et séries, c’est fait de manière grossière. Mais ici il n’en est rien, au contraire, le show est même particulièrement bienveillant avec ses personnages, qui ont, dans la tradition du sitcom, tous un caractère bien particulier. Bien qu’ils correspondent à une fonction, tout ne se repose pas sur ce simple fait.
Pour commencer, prenons le plus présent : Sheldon Cooper. Atteint d’une forme d’autisme, il est complétement hermétique au monde extérieur. Ayant une vision particulièrement consciente, et très précise de ce qu’il est, de sa place dans le monde, de son apport à la science, et de l’état de la pop culture dont il raffole. Il est donc très à l’aise dans son univers.
Mais dès qu’il sort de ses zones de conforts, comme sa place du le canapé, son appartement, son lieu de travail, son restaurant, ou son comics store, il est absolument perdu. Il en va de même lorsqu’il a affaire à des personnes extérieures à son monde, les inconnus il aime pas trop, et rapidement il peut être sujet à des crises de paniques.
Faire 12 saisons autour de ça, rapidement ça aurait pu devenir lassant. Mais là où la série fait très fort (ce qui explique sa longévité), c’est que sans changer son postulat de départ, mais les interactions entre les différents protagonistes, elle parvient à se renouveler. Attardons-nous pour cela sur le personnage de Penny.
Jeune femme venue de la campagne d’Oklahoma pour devenir actrice, elle galère à réaliser son rêve. Condamnée à des rôles minables dans des productions miteuses, elle est à la recherche de l’audition qui déterminera son avenir, qui lui offrira le rôle qui lancera sa carrière. Mais en attendant, elle survit tant bien que mal grâce à son emploi de serveuse. Autant dire qu’elle galère. Professionnellement, financièrement, mais aussi sentimentalement, on peut dire que Penny est perdue.
Elle est ainsi tout l’inverse de Sheldon. Elle n’a pas conscience de qui elle est, ni de sa place dans le monde. Elle est en quelque sorte générique, puisque des Penny à Los Angeles il y en a des millions. Combien de rêves et de carrières brisées se cache derrière les provinciales venues faire carrière à Hollywood. Mais par contre Penny est une bête sociale, elle a un bagout certain, qui la sort de toutes les situations, elle sait se débrouiller, sans l’aide de personne, et sa place en fin de compte, elle se la fait toute seule.
Avec son caractère fort et une attitude jusqu’au-boutiste, Penny s’avère être l’un des personnages les plus intéressants de la série. Elle cherche sa place dans le monde, et en trouve une avec ses deux voisins bizarres, que tout oppose. Même si pour réussir à supporter le quotidien, Penny s’adonne régulièrement à la boisson. Puisque ne pouvant réussir son rêve, son quotidien est loin de ce qu’elle espérait. Elle s’oublie du fait dans l’alcool. Et ce n’est pas un détail, mais bien une caractéristique récurrente, témoignant d’un certain malaise, transposable à l’échelle de la société dans son ensemble.
Au cours des 12 saisons, entre les opposés Penny et Sheldon une relation forte se tisse, devenant une sorte de toile de fond à l’ensemble de la série. Comme le patron des différentes évolutions. Leonard, Howard, Raj, Bernadette et Amy Farrah Fowler, qui sont tous des clichés de sitcom, permettant gags et autres blagues, gravitent autour de l’axe principal Penny/Sheldon, comme deux antagonistes que tout relie.
Sheldon s’assoupli ainsi, comprenant un peu mieux ce monde qui l’entoure, et qu’il ne voit pas. Grâce à Penny qui est en plein dedans. Jamais elle ne se démonte, renvoyant coup pour coup à un Sheldon parfois incisive, au niveau culturel. Mais Penny sait ce qu’elle vaut, elle c‘est son quotidien d’ouvrière qui la défini. De l’élitisme de Sheldon elle n’en fait parfois qu’une bouchée, comptant parmi certaines séquences du show des plus drôle.
Avec bienveillance je disais, car jamais la série ne se moque, et chaque faiblesses présentes chez un personnage, sert de vecteur à servir une morale des plus bénéfiques. Ce qui permet de faire avancer tout le monde, et faire grandir l’intégralité du groupe d’amis qui se constitue et se renforce petit à petit tout au long des 12 saisons.
Car ‘’The Big Bang Theory’’ c’est avant tout une grande série sur l’amitié, et l’acceptation de ce que nous sommes, afin de mieux nous situer dans un groupe. Parvenir à trouver sa place, et être soi-même c ‘est parfois difficile, et il arrive qu’involontairement on puisse être blessant, ou insensible à certaines choses. Par une attitude, une méconnaissance ou une incompréhension. Mais tout finit toujours par s’arranger, car dans le fond les liens tissés sont bien plus fort.
Si la série n’évite pas quelques écueils un peu plan plan, comme la relation entre Leonard et Penny, qui tourne vite à vide, le couple Howard et Bernadette, qui véhicule des valeurs très conservatrices, ou le célibat de Raj qui tourne en rond, disons que cela concerne la forme. ‘’The Big Bang Theory’’ ressemble de visu à n’importe quel sitcom lambda. Mais c’est dans son fond, et dans ses thématiques profondes et universelles, avant tout sur l’amitié et sur l’amour, qui sont deux sentiments très proches, parfois même complémentaire, qu’elle puise toute sa force.
Car ce qui ressort de ces douze années, un plutôt joli score, et comme en témoigne le plan final (que je ne spolierai pas), c’est que quoi qu’il arrive, dans les joies comme dans les peines, il y aura toujours les amis qui ne se trouveront jamais loin. Et qui auront toujours une oreille à prêter ou une main à tendre. Comme une véritable famille que l’on a choisie, pour des qualités, et en acceptant les défauts.
Au-delà de tout ça, il y a une connexion, une complémentarité. Dans ‘’The Big Bang Theory’’ c’est Penny/Sheldon, mais aussi Sheldon/Leonard, et en z’yeutant un peu dans les autres sitcoms de notre génération, il est possible de trouver plein d’autres exemple de couples de personnages fonctionnant sur le même mode. L’amitié, la vraie, est certainement ce qu’il y a de plus important, au-delà de la famille. Et il est chouette de pouvoir partager le quotidien de personnages aussi touchant, tout en rigolant souvent, frissonnant de temps à autre, s’émouvant parfois, en en retirant quelques leçons de vie. Même si ce n’est que du sitcom…

  • Stork. _
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