"In a mad world, only the mad are sane"

Avis sur The End of the F***ing World

Avatar Subversion
Critique publiée par le

La première chose étonnante avec The End of the Fucking World, c'est son format. Huit épisodes d'environ 20 minutes, sans générique d'ouverture. En d'autres termes, l'oeuvre ne semble pas forcément pensée comme une série : elle suit une ligne narrative qui pourrait être celle d'un film, dont chaque épisode serait une partie. S'il n'y avait pas les mini-cliffhangers à la fin de chaque épisode, qui sont davantage le fruit de jeux de montage que des éléments pensés en amont du tournage, TEOTFW pourrait très bien être un film de 2h40.

Seconde chose étonnante, la série distille un humour noir franchement réussit, entre nihilisme adolescent et critique de la classe moyenne anglaise. On aura compris que les deux personnages principaux sont le produit de leur environnement familial difficile, la série ne cessant de nous rappeler par des flashbacks (dont l'esthétique 4/3, qui privilégie la clarté et la symétrie des plans, est une remarquable manière de rompre avec l'imagerie habituelle du souvenir) que tous leurs troubles psychologiques remontent à leur enfance. De plus, un double dialogue s'instaure entre les voix-off des adolescents qui expriment leurs états d'âme et les paroles réellement dites par eux. En résulte une relation entre l'intime et l'extériorisation sociale assez bien traitée, bien que peu novatrice.

Néanmoins, le réel problème est que la série prend bien souvent des allures de long clip, au point qu'on finit par se demander si la suite interminable de chansons qui accompagne le montage n'est pas un cache-misère pour une mise en scène qui tourne toujours autour des mêmes principes. En effet, TEOTFW a le type de réalisation qui se repose presque entièrement sur ses deux acteurs : les mouvements de caméra qui accompagnent leurs déplacements, l'utilisation régulière de longues focales, la lumière esthétisée à outrance ; tout semble pensé pour mettre en valeur les deux acteurs principaux, sans les rendre glamour mais plutôt en exposant leur individualité. Force est de constater que la série aurait mérité un parti-pris de mise en scène plus osé pour coller à son propos, et surtout moins répétitif.

Enfin, TEOTFW souffre d'un syndrome assez courant. Passé les premiers épisodes, qui dégagent une liberté de ton subversive, la série s'enfonce dans un drame prévisible, sorte de road-trip à la Bonnie and Clyde. On alterne entre les amourettes de deux policières qui enquêtent sur l'affaire (totalement inutiles, si ce n'est pour injecter un peu de polar romantique dans une série qui n'en avait pas besoin) et la fuite des deux adolescents. Cette dernière acquiert, comme dans tous les road-movies, un double mouvement : le déplacement dans l'espace (ici, l'Angleterre) devient une introspection dans le passé des personnages (1). Evidemment, les deux adolescents vont trouver dans l'autre un moyen de se connaître eux-mêmes, vont tomber amoureux etc. Rien de bien nouveau en somme, alors que le début de la saison nous promettait une véritable identité scénaristique.

Tous ces événements convergent donc vers un lissage de la série, qui n'est dès lors ni outrancière ni dotée d'un humour noir, mais tristement banale. Comme si la banlieue pavillonnaire glaciale des premiers épisodes, avec tout son conformisme, avait contaminée la série au lieu d'en être son contraire.

La rencontre finale entre les adolescents et la policière confirme ce lissage, en enrobant le propos d'un discours surexplicatif : la fille est une victime de sa relation au père, et tout est expliqué par un simplisme agaçant.

(1) Pour plus d'infos sur cette figure récurrente des road-movies, lire l'excellent livre : Road Movie USA

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 5267 fois
58 apprécient · 7 n'apprécient pas

Autres actions de Subversion The End of the F***ing World