L'ambition dont nous avions besoin

Avis sur The Expanse

Avatar Saidor
Critique publiée par le

J’avais déjà rédigé une critique sur cette série il y a quelques temps où, même si je la complimentais, son aspect émotionnel réduit m’avait déplu. C’était lorsque seule deux saisons étaient sorties, or deux autres complètent depuis, et elles ont grandement contribué à faire évoluer ma perception de la série. Une mise jour s’avère donc nécessaire… Mais d’abord, une remise en contexte !

Tant la fantasy que la science-fiction appartiennent au genre de l’imaginaire. Tous deux snobés à leurs débuts, ils ont finalement acquis leurs lettres de noblesse, bien que ce fût hélas plus tardif pour la fantasy. Si ma préférence va à la fantasy pour des raisons de goût, j’aime bien me retrouver immergé dans des œuvres de science-fiction. Mais lesquels ? Dystopie, post-apocalyptique, robotique, hard science-fiction, les sous-genres sont vastes, et le genre entier adopte souvent un ton pessimiste pour avertir des dangers possibles de notre avenir. Il en découle des récits intéressants mais auxquels je n’accroche hélas pas à grandes doses. Pourquoi ? Parce que je suis sensible à deux mots d’ordre : l’imaginaire renforce le réel et la science-fiction peut faire rêver. Les voyages cosmiques relèvent encore aujourd’hui de l’impossible, et justement : ils repoussent les limites du concevable pour mieux nous enrichir. C’est aussi pour cela que des œuvres comme Star Wars, Star Trek, Stargate, et autres œuvres en « Star » se targuent d’avoir autant de succès. Et si romans, comics, jeux vidéos et même films sont riches en « space-opéra » et voyages spatiaux, le sous-genre se présente plus rarement en séries télévisées, même s’il a donné naissance à quelques séries cultes telles que Farscape, Babylon 5, Firefly et Battlestar Galactica. Mais il fallait un successeur pour les années 2010, et le candidat était tout trouvé : adapter une saga de « space-opéra » et/ou « hard SF » à succès récente, à savoir The Expanse, écrite par un duo de talents, et dont j’ai déjà entamé la lecture.

Il serait aisé d’énumérer les qualités évidentes de la série (et je l’ai déjà fait avant). Pour peu qu’on s’y intéresse, son concept intrigue voire fascine : quelques deux cent ans dans le futur, l’humanité n’a pas colonisé des mondes lointains, mais s’est « limitée » à terraformer Mars et à s’installer autour de la ceinture d’astéroïdes et des géantes gazeuses. Une approche que l’on peut juger « terre à terre » mais qui ouvre la porte à un background déjà prometteur. Il n’a échappé à personne que cette division entre trois factions (Terriens, Martiens et Ceinturiens) sert de métaphore sociale et politique avec pour toile de fond une nouvelle guerre froide. Deux grandes puissances menacent de s’auto-détruire tandis qu’un peuple s’affirme en quête désespérée d’un foyer stable.

Car là repose toute la saveur de The Expanse : il ne se contente pas de se reposer sur son concept. Ce n’est qu’un postulat requis pour explorer de plus grands horizons, un objectif clé de la science-fiction. Dès le départ, le récit mélange les genres et les intrigues, où s’entremêlent alors space-opéra, hard science-fiction, politique, polar, dans lesquels on greffe même des éléments d’horreur. Un mélange surprenant et pourtant maîtrisé de bout en bout, tant ces atmosphères d’apparence opposée se complètent. L’ambition de la série n’est plus à prouver…

Et justement, dans mon ancienne critique, je saluais cette ambition et l’opposait à l’émotion. J’étais un peu déçu de ne pas être emporté dans des scènes déchirantes qui auraient pu compléter mon immersion. Certains facteurs ont changé depuis lors ! Par exemple, je reprochais à James Holden d’être un héros classique, plat et inintéressant. Or, au cours de la saison 3, ce protagoniste est « transformé » en figure bien plus intriguant et de ce fait plus intéressante. De manière générale, la troisième saison marque une rupture et un renouveau dans une histoire qui aurait pu s’enliser dans la répétitivité. Solution a été trouvée pour de nouveaux enjeux :

À première vue, les anneaux servent de prétexte pour que l’humanité puisse enfin explorer les confins galactiques. Mais la colonisation n’est jamais aisée, surtout quand les vieilles tensions persistent. C’est pourquoi, lors de la saison 4, le récit reste fidèle à lui-même tout en développant des mystères sur « d’antiques civilisations extraterrestres disparues ».

En fin de compte, j’accroche à cette variété de personnages. De ces forts rôles secondaires comme Pa et Ashford à nos bon vieux principaux, comme Holden et ses compagnons Alex, Amos et Naomi, comme à la tenace et charismatique Avasarala, comme à la badass Bobbie Draper. Peut-être fallait-il que la série développe toute l’étendue de ses possibilités pour que je les aime véritablement. Par leurs choix, par leur morale, ils se libèrent d’un carcan binaire évident, et leurs causes oscillent entre l’intérêt personnel et le juste.

Comme si mon éloge n’était pas suffisante, j’ajouterais d’ailleurs que le visuel de la série est fabuleux et s’améliore de saison en saison (merci le budget), que le rythme est géré de sorte à ne jamais sombrer dans l’ennui et que suspens et mystère alimentent une histoire qui aurait pu se vautrer dans la prévisibilité. The Expanse, c’est l’épopée de science-fiction dont nous avions besoin. Elle alimente nos réflexions, développe nos rêves d’espace, et nous rappelle que nous sommes capables d’accomplir de grandes choses, quand bien même nos conflits internes subsisteront toujours.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 2408 fois
10 apprécient · 2 n'apprécient pas

Saidor a ajouté cette série à 1 liste The Expanse

  • Séries

    Top 10 Séries

    Destiné à évoluer lors du visionnage de prochaines séries. (Oui c'est un top 14 et pas un top 10, bizarre je sais)

Autres actions de Saidor The Expanse