Si c’est une femme.

Avis sur The Handmaid’s Tale

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Adaptation du roman éponyme de Margaret Atwood, publié en 1985, « The Handmaid’s Tale » évoque une société américaine futuriste dystopique où s’exerce un impressionnant recul du droit des femmes sous le développement d’un régime théocratique mis en place après un coup d’état. Dans cette société stérile, les rares femmes fertiles deviennent ainsi des servantes au service des élites, dont la seule tache est d’assurer la reproduction. La série nous met dans la peau de l’une de ces servantes : June, appelée sous le pseudonyme de « Offred », autour de qui se met en place un processus de déshumanisation exploré avec une précision chirurgicale. Dans cette société, la sexualité des femmes est surveillée, contrôlée, ainsi que la moindre de leurs activités. De là, « The Handmaid’s Tale » développe un potentiel absolument fascinant en nous entrainant dans un monde à glacer le sang, tout en parlant subtilement du féminisme et en créant une atmosphère profondément dérangeante, calfeutrée derrière les mures de la souffrance.

Dès l’ouverture du pilote, la violence est particulièrement présente, l’immersion est absolue. Ce que l’on remarque en premier lieu, c’est la photographie. Presque chaque plan prend des allures de tableau, s’opposant directement à une trame sibylline. Pourquoi déployer une pesanteur aussi froide ? Tout simplement pour éviter l’érotisation. Car l’héroïne de la série, incarnée avec élégance par Elisabeth Moss, est un esclave sexuel dont la seule fonction est de se faire violer. Ainsi, l’horreur de « The Handmaid’s Tale » nous pénètre lentement, puisque la caméra ne regarde pas les personnages, mais nous, spectateurs. June est un protagoniste torturé, sans âme ni souvenirs, lui reste son corps qui ne lui appartient pas. Bien évidemment, impossible de ne pas penser à George Orwell, ou Aldous Huxley, et ces mondes paranoïaques où tous les citoyens se surveillent, décryptant une société fasciste courant vers l'auto-destruction. Ici, les « cérémonies » — euphémisme pour ne pas dire viol — sont organisées dans le but de préserver l’humanité, mais la série n’hésite pas à porter un regard dénué de manichéisme, en nous attachant à des ordures, comme notamment le commandant Waterford, haut placé dans les affaires de l’état.

Avec tous ces arguments, « The Handmaid’s Tale » déploie une intense pression psychologique sur son spectateur, allant jusqu’à le terrifier. Le long des épisodes, la série nous immerge dans de nombreux flash-back, relatant la vie des personnages avant que les Etats-Unis ne deviennent cette dictature sanguinaire. Nous y découvrons des personnes heureuses, libres (June, le couple Waterford), et d’autres nageant dans le malheur, le chômage, la précarité (Nick). Tout le propos de « The Handmaid’s Tale » est là : c’est une série avertissant contre les dérives conservatrices, mais aussi, et surtout, une ode à la vie, appelant à désirer ce que l’on veut. Une morale libertaire pour une série fataliste. Dans cette société, les servantes se singularisent via leurs uniformes d’une couleur rouge sang, faisant contraste avec l’aspect terne de la série. Les épouses, elles sont en vert. Bien sûr, nous pourrions revenir sur l’allégorie des couleurs, le rouge symbolisant l’ardeur et la sexualité, mais aussi l’interdiction, tandis que le vert est celle de la stabilité, mais aussi de l’échec. Joy Waterford, épouse du commandant Waterford est une femme profondément tourmentée. Ayant elle-même rédigé une partie des lois de cet Etat, elle en subit de plein fouet les conséquences, voit son mariage se détruire, et finit par devenir violente.

Aussi terrible qu’ironique, « The Handmaid’s Tale » nous plonge donc au sein d’une société où le crime est une loi et où le viol est un acte essentiel. Quand la virilité essaie désespérément de résister face au plaisir féminin. À la fin du troisième épisode, une servante homosexuelle débusquée se réveille dans un hôpital, avec un pansement sur le sexe. On comprend qu’elle ne vient pas de subir une ablation des ovaires, mais du clitoris, seul organe conçu pour le plaisir féminin, symbolisant ainsi la peur d’un pouvoir terrifié par les femmes et la liberté. Plus qu’une simple série féministe, « The Handmaid’s Tale » est donc la photographie d’une humanité désertée, victime d’un futur qui n’a jamais semblé aussi proche. Blessed be the fruit.

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