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The Haunting of Bly Manor par Aymeric Walden

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The Haunting of Hill House de Mike Flanagan m'avait tour à tour enthousiasmé et frustré. Avec The Haunting of Bly Manor (que j'appelerai desormais Bly Manor), qui reprend les mêmes acteurs dans des emplois différents, c'est un peu pareil en différent.

Entre adopter une lecture métaphorique de l'intrigue et une lecture "premier degré", il est difficile de se décider. Au terme des 9 épisodes pourtant, le scénario tranche largement la question. Loin d'épuiser le matériel poétique inoculé par les scénaristes, il semble que la teneur fantastique de la série finisse par l'emporter de manière décisive. Au bout du 5ème épisode, et l'expérience sera répétée au 7ème, la série alternant les épisodes hard et soft, on ne sait plus trop sur quel pied danser. Là me semble résider l'importance d'une analyse en profondeur des arguments poétiques mobilisés par la série.

Bly Manor est une série avant-tout fantastique, et la lecture psychologique qu'on peut en tirer n'est cependant que secondaire face à ses histoires de fantômes, bien réels. Elle joue sur plusieurs tableaux : les monstres sont tantôt des fantomes intérieurs, tantôt des esprits qui hantent la maison. Les premiers épisodes sont une franche réussite, ils instillent une angoisse lourde de signification vis-à-vis des thèmes abordés. L'episode 5, qui intervient à mi-parcours, vient conclure l'horreur galopante du début de la série. C'est l'episode des theories multiples. Un morceau de bravoure poétique. Un delire halluciné à base de trame emmêlée. Un puzzle dans le désordre. Vu par le prisme de l'intendante, Hannah, laquelle cauchemarde toute éveillée et ne comprend pas ce qui se passe à Bly Manor. C'est complexe et tout pourrait y être dit. On ne comprend pas bien la nécessité d'étendre la série en longueur par 4 épisodes supplémentaires n'apportant rien de plus et qui s'essoufflent même un peu.

Nous arrivons à la partie spoiler :
La série aborde des thèmes difficiles : inceste, pédophilie, suicide des enfants. Mais aussi, de façon moins choquante peut-être, meurtre et adultère. Elle les aborde de façon plus ou moins heureuse. La partie sur les rêves (absorption) me semble en revanche beaucoup plus embrouillée. La série tombant dans l'écueil inévitable des paradoxes de temps et de lieu. Mais peut-être que je n'ai rien compris, allez savoir.

Pour conclure, Bly Manor n'a pas à rougir de la comparaison avec son aînée. C'est une série qui remplit son pari mais qui échouera à convaincre celles et ceux qui n'ont pas aimé la première mouture. Elle parvient à convaincre quand elle délaisse la mièvrerie de ses situations pour des instants de poésie pendant lesquels le script se révèle brillant (l'hommage d'Owen à sa mère est bouleversant, l'explication des fleurs de Lune l'est tout autant). Sa représentation du purgatoire, à moins que ce ne soit l'enfer ("Je suis en Enfer" Peter) s'inscrit dans une certaine tradition poétique : le romantisme noir. Ses fantômes continuent à hanter l'esprit bien après le visionnage des épisodes. Et des fantômes il y en a, mais ils ne sont pas tous morts...

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