Une tragédie familiale sur fond d’horreur

Avis sur The Haunting of Hill House

Avatar CineSeries.com
Critique publiée par le

The Haunting of Hill House vise un statut plus haut que celui de la petite série tendance qui va vous faire frissonner en cette période d’Halloween. Elle en est capable, la question n’est pas là, mais elle préfère mettre le genre au service de l’émotion. L’horreur surgit toujours avec intelligence pour s’inscrire dans la continuité du développement psychologique des personnages. Les séquence de pure frayeur ou les effets qui vont dans ce sens sont disséminés avec parcimonie pour transcender l’écriture et enraciner encore plus notre attachement envers les personnages. Le procédé prend du sens lorsque l’on découvre petit à petit leur passif et comment ils interagissent entre eux. Avant de chercher à faire absolument peur, The Haunting of Hill House s’applique à proposer des personnages complexes, avec leurs motivations, leurs secrets et leur douloureux rapport au passé. On pense parfois à The Leftovers, dans cette capacité à faire bondir des éléments relatifs au fantastique dans un drame qui a tout d’humain. Comme dans la série créée par Damon Lindelof et Tom Perrotta, on suit des hommes et des femmes endeuillés qui trainent derrière eux des fantômes qu’ils refusent souvent d’affronter.

Le scénario ainsi que le montage nous font naviguer entre différentes temporalités pour nous permettre de reconstruire le puzzle. Avec une finesse et un sens de l’écriture exemplaire, The Haunting of Hill House en devient une auscultation précise de la propagation du Mal, en vase-clos, dans une cellule familiale fragilisée par des éléments majeurs qui l’ont faite vaciller dans un malaise généralisé. Chaque blessure se matérialise à l’écran par l’apparition brutale de fantômes, que Mike Flanagan filme avec ingéniosité. Derrière la caméra sur l’intégralité de la série, il se montre précis, efficace et inspiré, que ce soit lorsqu’il embrasse la beauté funeste de son décor gothique ou pour mettre en images le mal-être de ses personnages.

Il est indéniable que Netflix lui a donné les moyens financiers pour mettre en place ce qu’il voulait, comme en témoigne ses élaborés et impériaux mouvements de caméra. Sa mise en scène dégage une force, une conviction, une maîtrise ébouriffante. Sans jamais s’élever plus haut que les enjeux qui sont traités. On se doit, pour illustrer nos dires, de citer l’épisode 6, constitué d’un ensemble de plans-séquences dont la pertinence dans le contexte dramaturgique est d’une épatante virtuosité. Mike Flanagan a la sagesse de ne jamais essayer de surplomber son récit par la forme mais, au contraire, de le sublimer par son savoir-faire dans l’agencement de ses plans.

The Haunting of Hill House touche alors au prodigieux lorsqu’elle fait cohabiter le surnaturel et l’émotion dans le même temps. On en revient à l’épisode 6, un petit chef d’œuvre télévisuel, dont la puissance réside dans l’apparition de touches fantastiques pour consolider l’intensité du drame qui se joue sous nos yeux – un esprit qui évoque ce que le cinéma de genre espagnol réussit souvent ces dernières année. Avec toutes ces qualités, The Haunting of Hill House est autant un somptueux et émouvant drame à hauteur d’Homme qu’un imparable et saisissant tour de train fantôme.

Retrouvez l'intégralité de la critique sur CinéSérie.com

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 2333 fois
27 apprécient · 2 n'apprécient pas

Autres actions de CineSeries.com The Haunting of Hill House