Pas de quoi tomber dans la Pomme

Avis sur The Haunting of Hill House

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Mike Flanagan est assurément un mec malin. Il touche un large public avec The Haunting of Hill House parce que l'horreur n'est qu'effleurée. Les fantômes qui hantent les protagonistes représentent surtout leurs fêlures, leurs démons intérieurs et on se retrouve alors embarqués dans un drame familial teinté de fantastique. Ce n'est pas une mauvaise idée en soi... Mais du coup, où est l'antagoniste ? Comment peut-on nous effrayer avec de simples apparitions fantomatiques inoffensives ? Et bien là est tout le problème, la maison hantée n'est qu'un train fantôme qui ne sort pas des rails.

Les rares moments où la peur s'installe sont ceux où la maison « habite » ses occupants, lorsque les personnages ne sont plus maîtres de leurs sens. Souvent ça ne sera que pour les détruire mentalement, mais elle pourra également les pousser à commettre l'irréparable. C'est ce qui passe pour la mère (malheureusement c'est tellement teasé qu'arrivé à l'épisode 9, il n'y a plus aucun effet de surprise) et c'est ce qui arrive pour Nell. L'épisode 5 qui est centré sur elle est clairement le meilleur de toute la saison. Enfin, l'horreur est au rendez-vous. On constate à quel point la maison peut être vicieuse, jouer sur les différentes temporalités et faire planer le mal sur la vie entière d'une personne.

Mais le frisson de la fin de l'épisode 5 ne reviendra jamais par la suite. La série fait le choix de se focaliser sur le poids qui pèse sur les différents membres de la famille Crain dans le présent et qui se matérialise en problématiques bien réelles (asociabilité, drogue, absence d'empathie etc.) C'est pas inintéressant parce que les personnages existent grâce à leurs interprètes, c'est pas mal filmé en plus... mais la menace (la maison) est bien trop en retrait dans tout ça.

Au fil des épisodes, j'étais vraiment partagé entre l'ennui, l'agacement (le sponsoring Apple est vraiment dégueulasse : « tu peux prendre mon appareil photo reflex pour payer ta drogue, mais rend moi mon iPad Pro Retina stp ») ... mais j'étais aussi curieux. Bêtement, j'espérais un final payant. La série entremêle tellement passé et présent qu'il y avait matière à créer une fin annihilant tout ce sur quoi les personnages se raccrochaient. Je ne parle pas de nous balancer un « et en fait c'était un cauchemar et ils sont toujours gosses ! » ou autre twist du genre déjà vu mille fois... Mais justement d'aller vers quelque chose de plus insondable qui tend à nous faire comprendre que les Crain ne sont jamais vraiment sortis de la maison. Au lieu de ça on a un happy end consternant : chacun se débarrasse de son fardeau et se tourne vers un avenir radieux. La maison, elle, continue d’abriter des fantômes qui sont en fait pas si méchants ! Mais bordel, on nous dit à plusieurs reprises que que cette baraque est vivante et foncièrement mauvaise, pourquoi c'est complètement éludé à la fin et que tout le monde s'en sort à coups de jolis monologues sur l'amour éternel ??

En résumé, comme sur son film Jessie qui était réussi sur pas mal de points, Mike Flanagan doit intégrer qu'il ne pourra pas faire peur en restant lisse. Sa série à beau captiver, jouer sur nos attentes, elle ne nous hantera jamais.

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