The honting of ill house.

Avis sur The Haunting of Hill House

Avatar Sevanimal
Critique publiée par le

J'écris surtout pour garder une trace de mon avis sur les trucs que je mate. Ces lignes sont écrites à chaud et je ne prétends pas avoir quelque chose de fondamentalement intelligent à dire. J'essaye d'analyser ce bordel en utilisant mes simples connaissances. Contient sûrement des spoilers.

Et encore je me sens généreux avec cette note.
Le seul intérêt de la série se trouve dans ses prémices : la cohérente caractérisation thématique de ses personnages - qui permet en plus de les sortir de leurs archétypes terriblement acculés.

Je m'explique : Haunting parle d'horreur, celle des maisons hantées, du fantastique, des fantômes et autres "âneries" dont on a l'habitude (et qui ne me font plus grand chose à vrai dire). Rien de transcendant, on voit une famille avec 5 enfants se faire malmener par une maison et son armée de fantômes improbables, mais la bonne idée découle de ça : quand on revoit les enfants adultes, ils ont tous trouvé des moyens différents pour vivre avec l'horreur de cette maison qui a traumatisé leur enfance, ils ont tous essayé de rationaliser cette horreur tout en restant , surement inconsciemment, auprès de celle-ci, ironiquement.

L'un d'eux (archétype écrivain égoïste qui chie sur ses proches pour se faire du blé) est devenu auteur de fiction horrifique alors qu'il est tout à fait sceptique et dans le rejet de ce qu'il s'est passé lors de son enfance, une soeur (archétype control freak "frigide") possède une maison funéraire et maquille les cadavres, ce qui la fait côtoyer au quotidien la réalité de la mort dans sa composante la plus normalisée (désacralisation, banalisation, angle scientifique), un des jumeaux (archétype du drogué qui s'en sort jamais) est devenu addict à la défonce : il justifie les fantômes de son passéet présent par sa prise d'héro, il s'inflige lui même cette horreur tout en la faisant passer pour autre chose, sa jumelle (archétype dépressive que personne n'écoute) s'est faite diagnostiquer de paralysie du sommeil (jusqu'à marier son docteur tellement elle était contente de rattacher son vécu a une maladie) et pour finir la dernière soeur (archétype homo indépendante et sans attache) est devenue psychologue pour enfant : elle rationalise l'horreur que vivent les enfants victimes de viol et les mécanismes de leur cerveau qui transforme les agresseurs etc en monstres : elle les aide à chasser les fantômes de leur vie. Tout va dans le même sens et l'introduction de ses persos en devient assez grisante.

Théo, la psy, est d'ailleurs mon personnage préféré car j'ai pu facilement m'identifier à elle : comme elle est dotée d'une empathie à la limite du fantastique, elle porte des gants depuis son enfance car toucher quelqu'un (ou quelque chose) lui fait ressentir ce qu'ils sont, ressentent eux mêmes (ou l'histoire de l'endroit, l'objet, si ce n'est pas un humain) etc...très relatable pour les gens qui comme moi trouvent le contact humain pénible et drainant, tant le flot émotionnel de chaque humains est implacable et dévastateur.
Aussi j'oublie de parler du père (archétype du nul pour communiquer avec ses enfants - même si il a un fantôme qui lui souffle les réponses lol) qu'on apprend malheureusement plus à connaître par ses actions passées lors des flashbacks que pendant le déroulement des événements, tant il est à l'ouest (il est assez passif aussi alors que c'est lui qui sait ce qu'il se passe, j'en viens à me dire qu'il est complètement con et que tout est sa faute).

En tout cas, la manière terriblement humaine qu'ont ses personnages (sauf le père) d'essayer de s'en sortir face à leurs traumatismes m'a touché. C'est plein d'ironie teintée d'horreur du quotidien et ça relève d'un déterminisme qu'on peut apercevoir autour de nous et c'est donc puissant. Nos "coping mecanisms" sont bien étranges, et Haunting se sert de cela pour tisser une toile thématique qui tient la route.

Après je vais pas le cacher ce thème a beau être le plus réussi il rentre en contradiction avec le reste de la série : car si ici on nous parle de réalité, on nous dit que l'horreur c'est la vie (les viols, l'incommunicabilité avec la famille) en elle même et non pas les fantômes, qu'ils n'existent pas et qu'on peut rationaliser leur présence (la maladie, la trauma), or le fait que les fantômes de leur enfance existent bel et bien engendre une friction qui fait obstacle au propos général selon moi.

Tous les premiers épisodes sont dédiés à l'un des siblings, et ça aurait du s'arrêter là (6/7 épisodes max au lieu de 10) : par la suite il y a beaucoup de superflu, de choses assez difficiles à croire (pourquoi tout le monde accepte de pas détruire cette maison? Pour une promesse faite à des fanatiques religieux qui vivent en autarcie, puis ces auteurs d'horreur qui veulent tout expliquer dans leur récit d'horreur : mouif inconsistant).
Puis aucun épisode ne ressort formellement : il n'y a qu'une tentative d'épisode tout en plans séquences, malheureusement il y a plusieurs cuts visibles, qui n'ont pas vraiment de sens ou ne sont pas particulièrement travaillés. C'est plutôt vain et l'exercice de style n'apporte pas grand chose. Cela dit dans cet épisode l'acting est assez génial (les acteurs principaux sont bons, les secondaires pas vraiment), notamment quand un des frères voit le cadavre de sa soeur pour la première fois, avant l'enterrement : sa réaction m'a fait froid dans le dos et je me suis directement imaginé à sa place, faisant, disant la même chose, brrrr!

Comme la série se passe dans 2 temporalités (enfants/adultes) il y a pas mal de transitions dans le montage pour passer d'une à l'autre et signifier les échos entre les deux : c'est assez gimmick, ça n'apporte pas grand chose, c'est parfois vide de sens (le détail qui nous fait transitionner est tout à fait banal). On est loin du pouvoir de réalisation de la récente série Watchmen par exemple (aussi avec plusieurs temporalités et personnages etc), c'est propre, mais c'est sans vie, plat, tout juste fonctionnel. Effort assez cool cela dit : le choix des acteurs, qui ressemblent tous à leur version adulte et vice versa (même le père qui est joué par 2 acteurs, ce qui ne se voit qu'avec ses lentilles, sinon j'aurais pu croire à un maquillage/effet spécial de qualité).

J'ai trouvé que la série chute en intérêt à partir de la mort de Nell et de l'épisode qui lui est dédié (plein de pathos plutôt repoussant, alors que la révélation horrifique de cet épisode est certainement le truc qui sort le plus de l'ordinaire même si l'idée est pompée d'interstellar), et c'est de pire en pire jusqu'à se terminer en eau de boudin dans une splendide absence de climax et de désir de raconter tout ça dans un univers crédible, ce dont l'horreur a besoin pour être efficace : dommage car le grand absent de Haunting n'est même pas un script fignolé avec soin mais bien la peur elle même, avec ses vrais-faux jumpscares, ses stéréotypes poncés et sa bande son clichée.

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