God has a rival

Avis sur The Knick

Avatar PFloyd
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The Knick est la meilleure nouveauté de l'année pour moi, mais je ne peux m'empêcher d'être un poil déçu. Déçu par le manque d'engouement des gens, le peu de notes ici le prouvant - alors que Gotham en a déjà plus de 600 pour 6 épisodes par exemple (j'ai rien contre Gotham, mais bon, voilà). Après, je sais que c'est Cinemax, que si ça avait été diffusé sur HBO directement la série aurait eu plus de visibilité, mais merde quoi. Les gens se plaignent de voir des séries déjà vues et assez plates (on est gâté lors de cette rentrée), et ne prennent pas le temps de mater celles qui valent le coup.

Bref, Masters of Sex avait ouvert la voie aux séries médicales tournées vers le passé et la découverte, et c'est dans ce filon que l'on retrouve The Knick, à une période encore plus reculée car la série se situe au tout début du 20e siècle. A une époque où la médecine était assez... rudimentaire on va dire.

Deux raisons justifiaient à elles seules mon attente : d'une part Steven Soderbergh et Clive Owen, et ensuite une ambiance qui s’annonçait assez énorme dans le trailer diffusé en juin dernier. En ce moment, Soderbergh est très axé sur le petit écran (Red Oaks aussi) et ici il est à la fois producteur mais aussi réalisateur des dix épisodes de cette saison, ce qui est assez rare pour un cinéaste confirmé quand même. C'est un vrai plus, car ça offre à la série une vraie montée en puissance, en pleine symbiose avec l’écriture, le jeu des acteurs (excellent) et cette musique, envoûtante et délicieusement anachronique.

L’histoire de base est assez simple : la vie d’un hôpital de New-York, The Knickerbocker, au début du 20e siècle. On suit des chirurgiens, qu'il soit talentueux mais drogué (John Thackery joué donc par Clive Owen), un autre raciste et assez imbu de sa personne, une sorte d’élève qui suit Thackery comme son ombre et lors du pilote, un chirurgien noir qui aura du mal à se faire accepter. A côté, on suit aussi une jeune femme idéaliste, une nonne et un brancardier unis dans les magouilles et des histoires entre l'administrateur du Knick et la mafia locale. Un beau bordel, que l’on a du mal à vraiment démêler au début vu le nombre de personnages, avec le temps ils prennent de l’épaisseur, et les dialogues étant de haute volée, on s’y attache très rapidement, surtout quand les ennuis commencent à arriver – avec leurs lots de conséquences. Si la saison 1 peinait cependant à les dessiner parfaitement, je trouve la saison 2 beaucoup plus aboutie sur ce point : les personnages prennent vraiment de l'importance et existent par eux-mêmes, et non plus simplement grâce à Thackery. Du coup, The Knick devient encore plus dense et encore plus passionnante (le reste étant du même niveau globalement).

Mais ce qui fait vraiment tout le sel de The Knick, c’est sa technique. Je ne suis pas un grand fan de Soderbergh, même si j’ai bien aimé la plupart de ses films, mais ici, c’est un tout autre niveau. On est vraiment dans le très haut du panier, avec des plans absolument magnifiques en salle d’opération, des séquences en caméra à l’épaule où l’objectif saute d’un personnage à un autre, un filtre froid qui sied très bien à ce qui se passe, et des plans en courte focale qui rappellent des séquences de certains films de Gilliam. On ajoute à cela une bande-son concoctée par Cliff Martinez, et qui, si elle parait étrange au début, donne une vraie force à l’ensemble une fois que l’on a intégré que de l’électro dans une série qui prend place au début du 20e siècle est chose normale.

Au niveau du casting, on est dans les standards d’HBO : ça joue très bien du rôle principal au plus petit rôle secondaire. Clive Owen est juste décoiffant de justesse et de tension dramatique, vrai boule de nerfs prête à exploser ; Andre Holland et Juliet Rylance sont parfaits, l’un en médecin constamment brimé qui se force à paraître respectable (mais qui a quelques vices cachés), l’autre en femme qui se voudrait libre et ouverte mais qui est rattrapée par son monde social ; Jeremy Bobb joue bien l’administrateur endetté jusqu’au cou. Par la suite, d’autres rôles et acteurs s’affirment, comme Eve Hewson (en infirmière qui se rapproche de Thackery) ou encore le duo Chris Sullivan/Cara Seymour. Et leurs rôles sont aussi prenants car la série dépasse le simple cadre hospitalier et développe plusieurs thématiques passionnantes : la recherche médicale toujours plus poussée (parfois au détriment de la santé des patients) le racisme dans la société américaine (le 1x07 est d’ailleurs entièrement axé sur ce sujet), la drogue, les questions pratiques auxquelles doit faire face l’hôpital, l'eugénisme dans la saison 2, et surtout le modèle de soin : gratuit ou bien payant, dans un quartier plus riche que celui ou est installé le Knick ? Des questions qui ont aussi cours aujourd'hui, et ce, quelque soit le modèle de soins choisi.

Bref, j’ai assez parlé pour aujourd’hui. The Knick est la meilleure série de l’année, ça ne fait aucun doute. Le but était de vous donner envie de la voir, mais surtout de vous lancer dedans le plus vite possible. Pour qu'elle soit plus connue que ça.

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