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Avis sur The Leftovers

Avatar Giulietta
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(Attention spoilers... enfin pour ce que ça change...)

Le concept en lui-même, me laissait déjà perplexe...
Est-ce vraiment intéressant de suivre les 98% de la population n'ont pas disparus ?

Je suis désolée, la réponse est non.
Le concept s'arrête là où il commence...
Puisque le mystère n'a pas d'explication, il n'y a rien à développer en terme de trame scénaristique. On est déjà dans l'impasse.

On suit donc quelques personnages assez ordinaires, qui n'ont malheureusement pas grand chose à faire, le pitch ne les aidant pas beaucoup...
Alors faute d'enjeux, ils sont tous atteints du « syndrome du survivant », rongés par la culpabilité d'avoir survécu à cet ersatz de 11 septembre, ce qui est assez peu plausible, surtout que la famille principale a plutôt été épargnée...
Mais bon, admettons que cette culpabilité soit contagieuse, et que le traumatisme soit si fort que tout le monde se sente acculé... Soit... mais ça n'explique pas le COMPORTEMENT DES PERSONNAGES...
Ils sont parfaitement incohérents et font vraiment n'importe quoi... sans aucune explication...

Pourquoi la mère (qui est quand même psy) rejoint la secte des fumeurs, puis la quitte en voulant écrire un bouquin pour la dénoncer, puis fini par vouloir créer sa propre secte ?
Pourquoi le fils a fugué pour entrer dans une secte (une autre), pour mettre au monde un enfant, pour le refiler à son père adoptif, pour créer une secte avec sa maman, pour finalement rejoindre la secte des fumeurs en suivant une femme qui l'a violé ?
Pourquoi Nora ... rahh …. peu importe, je vais pas tous les faire... ils sont tous comme ça ...

Mais je vais quand même citer l'exemple le plus simple et le plus parlant ; à savoir Jill, la fille du héros.
Très honnêtement, j'aimerais bien qu'on m'explique comment une grosse niaise surexcitée à la limite de la débilité mentale change radicalement de personnalité pour devenir une asociale cynique froide complètement blasée.
La dépression adolescente, je veux bien mais faut pas déconner ! Imaginez JarJar Binks se transformant subitement en Daria... ça ne vous choque pas ?

Mais bon, visiblement même une tripotée de personnages psychotiques ne suffit pas à remplir un scénario alors... la méthode LOST oblige... pour corser un peu les choses, chaque nouvel épisode apporte son lot de nouvelles fausses pistes n'allant nulle part.
On les abandonnera sans surprise à l'épisode suivant...
à moins bien sûr, que la réponse ultime à toutes nos questions se trouve réellement dans le National Géographic de 1972 ? Et si c'est le cas, je m'excuserais platement auprès du scénariste...

Mais ce n'est pas si grave... après tout, la série a ses qualités, la mise en scène est bonne, il y a des idées intéressantes (bien qu'elles n'aboutissent à rien.)
Et je ferais certainement preuve de plus de tolérance si « the leftover » ne suintait pas autant la prétention, se prenant tellement au sérieux, convaincu de la grandeur et l'intelligence de son propos...
(genre : le tout début de la saison 2, avec le délire préhistorique-mégalo façon malick …)
Propos très confus, mais intentionnellement confus pour paraître plus brillant...

Il est en effet difficile de voir où le scénariste veut en venir... et il se croit malin en nous répondant ouvertement dans une mise en abîme au détour de la saison 2....
Ce passage où la mère (dont j'ai oublié son nom) présente son livre (témoignage de son expérience dans la secte des fumeurs en blanc) à une maison d'édition.
L'éditeur (tenant le rôle du spectateur-critique) demande nonchalamment « oui, c'est intéressant, mais vous n'expliquez pas pourquoi ils fument ? » et la mère répond « je ne sais pas.» sous-entendant « on s'en branle de tes questions insignifiantes, public... ce n'est pas l'essentiel... ».

Suite à cela, l'éditeur lui reproche le manque de sentiment... Ce qui est parfaitement juste, dans la série « on est extérieur à l’émotion des personnages, on ne comprend pas ce qu'ils ressentent, d'ailleurs on ne les comprend même pas... ». Et là... gros moment de gêne incompréhensible, la mère se jette sur l'éditeur pour l'étrangler...

à titre de comparaison, il y avait un procédé étonnamment similaire dans Gremlins 2 : un passage où des types se foutaient de la gueule du héros sur les fameuses règles des Gremlins, ironisant sur leur absurdité, du genre : « Et qu'est-ce qu'il se passe, si on les nourrit après minuit dans un avion mais avec le décalage horaire ? » et en guise de réponse, un Gremlins sort d'un écran et se jette sur eux pour les bouffer.
Dans Gremlins, c'est hilarant parce que c'est une comédie et qu'on accepte volontiers l'absurdité du concept ; dans the leftover, c'est embarrassant et n'en déplaise au scénariste, ça ne fait que confirmer le problème de la série.

D'ailleurs en parlant du scénariste, qui est donc ce Damon Lindelof ?
Je savais qu'il avait travaillé sur LOST... mais oh, Tiens, tiens... c'est aussi le scénariste de « Prometheus »... Personnages incohérents et mal écrits, discours confus … oui, pas de doute, je reconnais la patte du bonhomme.

Mais je m'égare... le propos de cette série, quel est-il ?
Le deuil c'est triste ?
Les petites notes de piano sont déjà là pour nous le rappeler de façon bien appuyée... merci...

Que les gens sont désemparés face à ce qu'ils ignorent, et qu'ils se réfugient dans la croyance et le mysticisme ? Oui, mais malheureusement à cause du postulat, on est obligé d'affirmer que le surnaturel (au sens « intervention divine ») existe, puisque personne dans ce monde ne semble foutu de donner un semblant d'explication... Dieu existe bel et bien, donc ça fausse le propos...

Et évidement il y a ce discours autour de la famille, empreint de christianisme très américain, noyé dans la plus grande confusion :
Jill, la fille tente à un moment de brûler le petit Jésus de la crèche, car elle est en colère contre Kévin, son père...
Mais à la fin de la saison 1, Wayne (sorte de gourou, dont on expliquera pas grand chose) exauce le vœu de Kévin.
Et un miracle se produit, Kévin se reconstitue une nouvelle famille grâce à la fille de Wayne (sorte de nouveau petit Jésus) et Jill et Nora redeviennent subitement heureuses grâce aux superpouvoirs de la maternité ! Alléluia !! Tout rentre dans l'ordre... même le chien sauvage qu'on avait complètement oublié est devenu gentil et court joyeusement vers le héros et sa nouvelle famille. N'importe quoi...
Pour la saison 2, c'est encore plus n'importe quoi, mais on peut aussi y voir des conneries du même genre :
Un délire de résurrection pour le héros ; il ressuscite quand même 2 fois, donc le christ c'est un petit joueur à coté...
La femme du prêtre sort de son coma, après que celui-ci ait fait pénitence et surtout parce qu'elle est enceinte … là encore le pouvoir de la maternité guérit tous les maux...
et puis à la fin, rebelote : Apocalypse, on détruit de nouveau une ville parce que … parce que voilà quoi... et notre prophète Kevin rentre chez lui après sa seconde résurrection et là, un long plan nous montre que toute sa famille au grand complet est réunie... que c'est bô ! Bien joué Kevin !

Donc résumons et sortons de l’ambiguïté... que ce soit bien clair... Dans ce monde, la série déclare de façon explicite : Dieu existe, les gens sont masochistes, ils refusent de réfléchir et ont tous pour objectif de (re)trouver le bonheur dans la cellule familiale (particulièrement pour les femmes), sinon ils vont obligatoirement s'autodétruire...

Voilà, c'est ça le propos qu'il reste à the Leftover, une fois qu'on a retiré la couche de prétention et d'intrigues aléatoires sans queue ni tête. À méditer.

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