De l'autre côté de Lindelof

Avis sur The Leftovers

Avatar Anfalmyr
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Si HBO nous a prouvé récemment qu’elle pouvait réinventer le genre de la série policière avec l’excellente anthologie True Detective (notre critique), nous pouvions être en mesure de fonder beaucoup d’espoirs sur le nouveau venu, The Leftovers. Adaptation éponyme du roman de Tom Perrotta, la nouvelle série de Damon Lindelof, co-créateur de Lost, ne pouvait pas manquer à mon regard critique.
Et comme LOST est ma série culte par excellence, j’avais toutes les raisons d’être fébrile à l’annonce de The Leftovers. Lost est une série qui a suivi six années durant mon évolution, mon passage à l’âge adulte; puisque la série de J.J Abrams m’a accompagné durant mes années lycée jusqu’aux études supérieures. Et si je m’attarde à ce point sur la série culte d’ABC et ma propre évolution d’être humain, c’est parce que The Leftovers semble être le négatif de Lost au sens photographique du terme, de par les thématiques qu’elle défend jusqu’au ton plus adulte de la plume de Lindelof qui semble suivre ici, comme je l’expliquais, ma propre évolution.
D’aucun dirait qu’il est assez facile de comparer de facto deux séries aussi singulières sous le simple prétexte de la présence de leur showrunner. Oui, c’est facile, mais si ce parallèle pourra montrer en quoi ces deux séries se rapprochent, il me permettra surtout de prévenir les curieux qui s’attendaient à une série fantastique qu’ils risquent fortement de déchanter.
The Leftovers ne parle de rien. C’est peu ou prou le résumé qu’on pourrait en faire. Tout part du postulat que du jour au lendemain, le temps d’une respiration, 2% de la population mondiale a mystérieusement disparu de la surface du globe. Qui ? Où ? Pourquoi ? Comment ? Ces questions, Damon Lindelof ne semble pas enclin à y répondre pour la simple et bonne raison que nous allons suivre le quotidien de ceux qui sont restés ici-bas et non ceux qui sont partis. En quoi est-ce passionnant de suivre les laissés pour compte d’une histoire pareille ? Parce que le sort des disparus, nous l’avons justement suivi il y a dix ans dans LOST.

Dans son traitement, le « départ » est vécu par la population de la même façon que le deuil du 11 septembre 2001. C’est un deuil qui cache son nom, une cicatrice qui ébranle la société jusqu’à mettre à mal nos idéologies et nos croyances. Ainsi, deux des principales fondations de la société américaines s’étiolent dans le marasme le plus total : dieu et la famille. Les gens ont perdu des proches, des maris, des mères, des enfants… Et ni l’état ni l’Eglise ne peuvent trouver une réponse satisfaisante à cette souffrance. Alors, comment réapprendre à vivre? Et pourquoi le devrions nous au final ? C’est ce genre de questionnements que pose la série. Vous ne suivez pas le périple SF d’une bande d’aventuriers partis à la recherche des disparus. Non, ce n’est ni LOST, ni Fringe. Et pourtant The Leftovers sème çà et là quelques graines fantastiques, par des visions, des secrets, des prophéties… Dans quel but ? Difficile à dire pour le moment. Car entendons-nous bien, en général je n’ai besoin que de deux épisodes pour poser une critique de série, mais là, après cinq épisodes j’ignore encore tout de la métahistoire et du chemin que souhaite me faire prendre Damon Lindelof. C’est très lent, très fade mais dans le bon sens du terme. La fadeur inhérente aux tâches quotidiennes lorsque le monde s’écroule autour de nous. Ce rythme vaporeux parvient avec talent à nous immerger dans un quotidien sans grand intérêt, et à mon sens grâce à son atout principal : Justin Theroux.
Soyons clairs : je suis tombé amoureux de cet acteur. À mon grand dam je ne le connaissais pas auparavant, et j’ai découvert là un acteur d’un charisme exceptionnel. On n’est pas vraiment dans une performance de haute volée à la Brian Cranston dans Breaking Bad, mais cet homme attire la caméra, il aimante l’attention du spectateur avec une facilité déconcertante. Kevin Marvay, son personnage, incarne le dernier pilier de la société américaine : L’Ordre ; et cet homme est en train de totalement lâcher prise. Père d’une famille totalement éclatée, le chef Marvay est le centre de tout dans cette série car il souffre de tous les maux qui gravitent dans sa narration. Un rôle clé particulièrement difficile à endosser, et porté prodigieusement par cet inconnu du grand public. Un Emmy pour la directrice de casting.
Le reste du casting est également convainquant, même si, de par le rythme lent de la série, les histoires de leurs personnages ne m’intéressent pas du tout, pour le moment bien entendu. The Leftovers a d’hypnotisant que je ne sais toujours pas pourquoi je la regarde… Loin de la loi du cliff OMGoT pour lesquels nos réseaux sociaux vrombissent chaque week-end, et à des années lumières des problématiques à deux ronds d’un Under The Dome, la nouvelle série de Damon Lindelof s’incruste et infuse dans ma tête sans que je comprenne pourquoi. Cette version désabusée de LOST arrive sans doute à une période de mon évolution où ses thématiques me touchent ? Peut-être bien. J’ignore où la série m’emmène, ce qu’elle réserve aux personnages que j’aime et aux thématiques qu’elle semble vouloir explorer. J’ai moi-même été lors de cette critique particulièrement avare en détails, car j’estime que les enjeux et les arcs narratifs sont moins importants à vous dépeindre que l’ambiance qui se dégage de cette série ; à l’instar justement de True Detective que nous avons plus suivi pour la vision nihiliste de Rust que pour la véritable enquête policière. C’est ici la même problématique, la série s’offre des atours de haut niveau et s’accorde le rythme lent d’une chaîne payante, mais elle n’aura jamais la faute de goût de se vouloir peut-être trop pompeux. Cette évidente sobriété sert le propos de la série justement, et c’est sans doute là la raison pour laquelle elle me captive sans pour autant me raconter quelque chose d’impliquant.
Damon Lindelof est un troll, un vrai de vrai ; et après s’être fait défoncer à la fin de Lost, il répond par une série fantastique sans mystère, sans question, sans énigme, juste pour nous montrer qu’il peut captiver et garder notre attention sans autre artifice que les démons intérieurs de ses protagonistes. Bien joué Damon, je me suis fait avoir.

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