Ceux qui subissent.

Avis sur The Leftovers

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Une première saison et une série qui se révèle très étrange (surtout les premiers épisodes) mais très fascinante à la fois . Il s’agit de ces quelques séries qu’il faut voir jusqu'au bout pour comprendre et savoir les intentions créationnelles (comme ça été le cas comme True Detective ou encore Twin Peaks)

Ce qu’on retiendra, c’est que c’est une saison au ton à la fois poétique et métaphysique, qui part sur une base fantastique et religieuse (rien qu'en regardant le générique d'ouverture) mais qui finit par évoluer très rapidement sur le drame psychologique. Le tout reste très contemplatif : on part d’un concept de base qui est très intéressant, mais plutôt que de tenter de donner une explication, la série part sur le principe de raconter comment les gens vivent après ça. La « Disparition » est arrivée, c’est un fait, comment vivre après ça. Là où la saison fait très fort, c’est dans sa description d’une société trois ans après l’évènement, une société qui a été profondément meurtrie par cet "Disparition" et qui n’a jamais réussi à l’oublier. 2% de la population a disparu, mais tout le monde est touché d’une façon ou d’une autre. On suit différentes intrigues narratives qui sont liées entre elles pour en venir au noeud principal, la famille de Kévin Garvey, chef de police de la ville fictive de Mapleton, et l'état de cette famille après ce fameux 14 octobre des disparus. Mais ce n’est qu’à l’avant-dernier épisode qu’on comprend comment tout a commencé pour eux car la série, via son montage, ne dispose (ou n'essaie du plus au moins) pas de chronologie linéaire, chaque épisode peut rester une entité propre en fonction l'aspect psychologique du personnage et son évolution scénaristique.

Rien n’est montré, tout est suggéré. L'aspect de cette série n'est pas de dévoiler une vérité qui peut être propre aux spectateurs mais le faire questionner et jouer surtout sur l'aspect sensoriel, en outre, nous faire ressentir aux plus proches des personnages, leurs douleurs, leurs passé et présent via des techniques de mise en scène très bien pensées (Plans serrés souvent filmés à l'épaule donnant un semblant de réalité documentaire propre psychologiquement aux personnes) et cela fonctionne très bien.

On peut reprocher la lenteur de certaines épisodes, mais cette série se dit, au départ, contemplative, qui essaie de démêler la profondeur et la rage humaine après un évènement inexpliqué et non choisit. C'est le fait que les différents fils rouges narratives s’entrecroisent de temps en temps avant de se rejoindre à la toute fin crée un intérêt grandissant au fil du temps et donner presque une puissance cinématographique à une série HBO. Une histoire très intéressante donc, poétique, ce qui la rend parfois un peu hard à suivre et pas forcément ouverte au grand public suite à la déception de la non-révélation de l'élément pertubateur de Leftovers.

Côté casting, globalement, c'est très bon. Les acteurs prennent des risques et se sentent aux plus proches de leur personnage, cela se ressent à travers l'image. Même les adolescentes sont crédibles (ce qui est plus tôt rare) dans leurs rôles, ce qui permet de rendre chaque personne plus ou moins attrayant selon le spectateur. Pour ma part, je retiendrai Ann Dowd, Justin Theroux (découvert dans le fameux Mullholand Drive de David Lynch à la base), Christopher Eccleston (donnant un répertoire et un jeu beaucoup plus fort que le nul blockbuster Thor 2) ou encore Amy Brenneman. Techniquement, la série se tient admirablement bien, tout est dans le suggestif (comme souvent fait Lindelof dans ces précédentes créations, soit ça passe, soit ça casse, là, ça passe carrément). On colle au plus près des acteurs pour nous faire vivre ce qu’ils vivent eux. On découvre l’environnement en même temps qu’eux. La musique du formidable compositeur Max Richter fait marque et contribue énormément à créer cette ambiance poétique et mélancolique, avec quelques thèmes très forts. Une première saison d’une série bien étrange mais fascinante, prenant l'être le plus dure d'entre nous et à le faire réfléchir sur sa condition existentielle.

Vu le final, qui conclut très bien la saison (mais aussi la série), je me demande bien ce que nous réservera la saison 2. En tout cas, le ton donné. On verra ce que nous réserve l’avenir, mais cette première saison est à la fois une très belle saison et un premier essai transformé remarquablement.

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    Avec : Chernobyl, Breaking Bad, Oz, Marvel's Daredevil,

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