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Avis sur The Looming Tower

Avatar Kiwiwayne Kiwinson
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Pour la fiction, difficile de trouver un sujet plus compliqué à traiter que le 9/11, du moins sur un plan formel. Comment mettre en scène la chute du World Trade Center ? Comment traiter de ce jour ayant transformé le monde occidental ? « The Looming Towers », diffusée par Hulu dans l’ombre de « The Handmaid’s Tale », se penche sur les événements précédent la catastrophes, suivant notamment l’enquête de deux agents du FBI : Ali Soufan et John O’Neill, visant à démanteler la nébuleuse Al Qaeda à la fin des années 1990. Deux personnages réels laissant le feuilleton mettre en avant sa thématique principale, celle de l’échec de la communication. Cette dernière est en effet la question centrale de cette mini-série adaptée d’un essai éponyme de Lawrence Wright, puisque qu’au delà de la menace terroriste, Soufan et O’Neill sont confrontés au mutisme de la CIA, qui refuse de transmettre ses informations. En reprenant, seulement partiellement, les codes du buddy-movie, « The Looming Tower » souligne l’absurdité de l’administration américaine, où chaque personnage est littéralement prisonnier par sa hiérarchie. À ce titre, tous les personnages, qu’ils soient antagonistes ou non, sont d’une remarquable intelligence. Le problème, c’est qu’ils sont obstinés dans leurs objectifs et guidés par leurs égos. On décernerait volontiers à la série un cachet instructif, montrant les coulisses de l’anti-terrorisme, des interrogatoires musclés aux Yémen à la bureaucratie washingtonienne, sans compter le regard sentimentaliste qu’elle porte à ses protagonistes, et notamment John O’Neill, disparu tragiquement dans les Twin Tower.

Cependant, auprès de ses spectateurs, « The Looming Tower » trouve, grâce à son sujet, une avance assez confortable. Car qui sommes nous pour juger le prétendu « réalisme » de cette série ? À vrai dire, seul un expert de l’anti-terrorisme pourrait apporter un avis pertinent sur ce qui nous est montré ici, tant l’univers mis en scène nous est secret. Tout ce que l’on peut faire, c’est donc analyser cette dramatisation d’événements historiques, sur un plan purement formel. Vulgarisatrice (« pas d’amalgames »), « The Looming Tower » s’accompagne d’une écriture incisive, se déroutant d’une enquête haletante pour se révéler quasi intimiste, en explorant, en l’espace d’une saison, presque tout ce qui régie ses personnages. Cadrage d’un des plus incroyables fiasco de l’histoire américaine, cette création d’Alex Gidney (excellent documentariste américain) se révèle comme un drame dont on regrette la facilité, mais dont l’efficacité se fait garante d’un certain soin. D’un point de vue narratif, la série est juste assez vulgarisée pour que l’on puisse comprendre son intrigue, mais aussi, parfois, complexifiée pour ne pas impacter sa crédibilité. En jouant ainsi avec notre perception du réel, « The Looming Tower » parvient à se débarrasser de ses enjeux, se targuant ainsi d’une grande fluidité narrative menant à ce tragique Mardi. Engrenage aux portes du pouvoir, chronique de l’échec, « The Looming Tower » montre comment un simple échec de communication ­­— bâtie sur l’égo de quelques hauts placés — peut avoir des conséquences terrifiantes, et comment les mensonges d’un état peuvent avoir un aboutissement d’autant plus destructeur. Plus que prendre du recul, « The Looming Tower » prend de la hauteur.

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