C'est léviosa, pas léviosaaaaa !

Avis sur The Magicians

Avatar Marchelune
Critique publiée par le

Je ne sais pas vous, mais j'ai quand même dû prendre ma petite semaine pour statuer sur le sort (hohoho) du nouveau poulain de SyFy. Enfin, vous êtes peut être en train de vous demander si The Magicians est digne de votre temps, ou en tout cas suffisant pour calmer vos crises hystériques entre deux épisodes de Game Of Throne, alors passons directement à table.

Le sujet, ou comment ce n'était pas l'histoire d'Harry Potter

Alors évidemment, avec une critique pareillement nommée, impossible de ne pas évoquer le petit magicien balafré de Rowling, parce qu'il faut bien le reconnaître : une école de magie, des épreuves, des monstres, un grand méchant, tout y est. Nous avons même droit à un Hagrid (bien que prenant les formes d'une mystérieuse brunette dans The Magicians) jouant parfaitement le rôle du perturbateur-révélateur qui, ô surprise, annoncera à notre héros Quentin qu'il est un sorcier.

Ainsi les 30 premières minutes du pilote semblent s'appuyer allègrement (mais sans la citer) sur l’œuvre de JK Rowling pour nous faire entrer dans son monde : l'école protégée des visiteurs par des remparts magiques, les cours de potions, la forêt interdite, tout est succinctement passé en revue à tel point qu'on entendrait presque les réalisateurs nous dire "Bon, on a pas pu chopper les droits chez Warner Bros, mais bienvenue à Poudlard.".
Alors, certes, il aurait été stupide de refaire le travail de description entrepris par Rowling, mais cette manière de feindre la non-existence d'une des œuvres les plus lues au monde tout en évoquant le même contexte donne une légère nausée.

Ce qui est intéressant, c'est que les personnages ont conscience de cette mise en abîme de la fantasy, puisque Quentin vénère une saga plein d'elfes et de sorciers, Fillory -- je ne vous en veux pas si vous dites Narnia. Voilà ce qui donne une saveur particulière à la série, bien que l'on fronce parfois au goût âcre de l'incohérence. Car même si on met de côté le fait que nos héros, New-Yorkais du 21ème siècle, ne voient pas la référence à l’œuvre de Lewis quand on leur dit qu'on accède à Fillory par une armoire magique, ces apprentis sorciers pourraient au moins éviter les erreurs classiques qui arrivent dans tous les bouquins de fantasy, puisqu'ils les ont lus.

En particulier, le coup de "Oh, c'est la rentrée, c'est cool la première année, et si on invoquait des cadavres ? Si on réfléchi bien il n'existe aucune œuvre de fantasy au monde qui met en garde contre la nécromancie, c'est bien connu pour être la plus belle et la plus safe des magies. True story."

Des énigmes dans le noir

Et puis vint la fin du pilote, que je ne spoilerai pas, mais qui m'a stoppé net alors que j'entonnais à tue-tête un nouveau refrain de "On prend les mêmes et on recommence".
Dès lors, on voit le potentiel de The Magicians, qui se développe petit à petit au cours des 13 épisodes, pas vraiment égaux sur l'autel des bonnes idées scénaristiques, mais parfois soudainement traversés d'un éclat de violence aussi sauvage qu'inattendu.

Notamment ce final quoi :o !

À l'échelle de la première saison, l'histoire et les relations entres personnages se révèlent plutôt intéressantes, et on se retrouve à examiner la magie sous l'angle de l'addiction, et dans un deuxième temps, à déconstruire le mythe de l'Elu. Pour une fois, on en arrive à penser à ces millions de non-Harry Potter, ou peut-être pire encore, à ces non-Harry Potter eux-même conscients qu'il n'ont rien, pas même un pouvoir aussi ridicule que l'amour, conscients qu'ils pourraient tout aussi bien crever dans l'instant sans que la marche du monde ne dévie de sa course indifférente, conscients qu'ils resteront à jamais les uniques témoins de leur misérable existence.
Catharsis quand tu nous tiens.

Mais laissons ces considérations philosophiques pour la saison 2 annoncée, qui nous dira si nous avons eu raison de croire qu'il y avait derrière ce scénario une véritable réflexion sur la condition du héros face à celle de celui qui vit dans un livre, ou bien si finalement, le script de The Magicians n'est qu'un enchevêtrement de post-it sur un frigo.

Emballage

L'aspect photographique de The Magicians est plutôt honnête. Mis à part quelques plans étrangement raccordés, les couleurs, les accessoires et les décors sont réussis, avec une mention spéciale pour les effets spéciaux que l'ont attend au tournant sur ce genre de série. La BO ne saute pas aux oreilles, mais au moins elle ne nous les fait pas saigner.

Je serai moins élogieux en ce qui concerne les acteurs, pas vraiment engageants voire complètement antipathiques, même il ne s'agit pour certains que de la triste réalité de leur personnage.

The Magicians souffre par ailleurs légèrement de l'effet carton pâte, c'est à dire qu'on a parfois l'impression que nos héros évoluent dans un monde factice qui n'existe que pour eux. En particulier, l'école de magie en 3 (ou 4?) ans, Brakebills telle que filmée dans The Magicians, ne dispose que d'une seule salle de cours. C'est tendu pour les partiels.

Pilote mis à part, il me semble bien que, dans l'école, les héros de la série n’adressent que trop rarement la parole à un personnage qui n'appartient pas à l'intrigue principale, en tout cas jamais si ça ne sert pas le scénario. L'immersion en prend un coup et cela devient d'autant plus dérangeant que les événements de la première saison, pourtant sacrément flippants pour nos apprentis sorciers, ne semblent pas affecter le reste du monde -- les profs, en particulier.

Conclusion

The Magician est une bonne surprise, surtout après un pilote semblait annoncer une descente aux enfer du mauvais goût pour rejoindre les Chroniques de Shannara. Les thèmes abordés sont sérieux et s'élèvent en tout cas au delà des préoccupations d'adolescents prépubères de Shannara (désolé, cette série me hante). L'effet carton pâte et l'effet "cheveux sur la soupe" de certains scénarios d'épisodes ternissent un peu le tableau, mais l'attention portée à la réalisation en fait une série que l'on pourra regarder même si la fantasy n'est pas notre genre de prédilection. Allergiques aux sortilèges, s'abstenir cependant. Reste à voir si la deuxième saison fera pencher la balance vers le 8/10.

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