Des mandales ou rien

Avis sur The Mandalorian

Avatar Guillaume L.
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Ahlala les fans hardcore de Star Wars. Ces gens qui hurlent sur un film qui propose des idées et trouvent merveilleux un scénario absolument vide qui ne raconte rien, fait du fan service et se veut faussement complexe alors que c'est superficiel comme tout pour que les geeks aient de quoi se palucher pendant 40 minutes.

Bon et bien moi, en tant que fan de Star Wars et en aimant un peu le cinéma quand même, j'ai surtout trouvé que The Mandalorian était une sacrée coquille vide. La saison 2 a vite était annoncée comme étant en cours de tournage, mais pendant ce temps-là aucune histoire ne se profilait pour la première saison.

Tout d'abord, on va parler de ce qui est pas trop mal dans la série, mais pour chaque point positif y'a du négatif derrière, ce qui est assez dommage.

Je suis donc tenté de commencer en disant que c'est visuellement pas trop dégueu. Le truc, c'est que certains costumes semblent être faits par des cosplayeurs passionnés mais sans aucun budget et quand on parle d'une série Star Wars, ça la fout un peu mal. Heureusement qu'il y a eu du travail sur les marionnettes et prothèses d'alien (même si c'est légèrement inégal) et que les CGI sont à peu près regardables parce que sinon c'est un peu la misère. Dans la saison 2, il y a eu un vrai bond en avant qualitatif pour les effets spéciaux numériques. C'est bien plus abouti et même assez proche d'un film de cinéma, il faut bien l'avouer. Cependant, les décors sont toujours aussi pauvres et il y a toujours ce côté cheap qui ressort de l'ensemble, c'est sans doute la photo et la précision de l'image qui donnent cet aspect.

La lumière ? Ah bah comme pour l'ambiance poisseuse on n'a pas pensé à faire des costumes très détaillés et/ou sales, on va miser sur une lumière qui n'éclaire rien façon Solo A Star Wars story pour cacher que tout est en carton. Les fans n'y verront que du feu, ils diront que ça "donne une ambiance". Il faut aussi souligner que la série est la première à utiliser une nouvelle technologie d'écrans circulaires qui servent de décors plutôt que d'utiliser des fonds verts, avec la particularité de balancer une lumière réaliste sur tout ce qui va générer des reflets comme des casques par exemple.

La musique a quelques bons moments, comme le générique de fin par exemple. Mais globalement, les réalisateurs réussissent à peu près tous l'exploit de mettre des musiques qui ne collent pas à l'action à peu près partout. Deux personnages avancent sur un dewback ? Allez hop une musique épique. Une scène de baston ? Bon allez une musique un peu émouvante, on ne sait jamais. C'est honteux d'être autant à côté de la plaque quand même ! Dans la saison 2, on recycle énormément le thème principal et ça rend la musique très oubliable puisqu'elle ne propose rien d'autre, à part de temps en temps de l'Electro qui fait tâche dans l'univers de Star Wars.

Pour le jeu d'acteurs, c'est le strict minimum. Faut dire que les dialogues sont assez mauvais, les "répliques cultes" de la série ne pouvant être considérées comme bonnes que par des attardés ou des enfants en bas âge agaçants (This is the way et I have spoken)... Elles sont évidemment délivrées sans aucune âme. Et les personnages qui n'apparaissent que dans un épisode sont mauvais aussi. Natalia Tena livre par exemple une performance creuse et agaçante à la fois, et Jake Cannavale joue aussi mal qu'Hayden Christensen dans l'entièreté de sa filmographie.

La réalisation est assez pauvre également, même si ça s'améliore timidement dans la saison 2. Pour meubler et obtenir une durée convenable pour un épisode, les réalisateurs misent beaucoup sur des plans larges et fixes sur un personnage au milieu du désert, ce genre de trucs qui permet de dire "Regardez c'est un hommage à Kurosawa et aux westerns" mais qui s'avère très artificiel et ne raconte tout simplement rien. C'était la force de Kurosawa justement, évoquer une tension en filmant un paysage ou un personnage même lorsqu'il ne fait "rien", parce que l'acteur était très impliqué et que les décors étaient conçus avec soin pour donner du sens à l'ensemble.

Mais là on va en venir aux deux pires points de The Mandalorian, le fan-service et l'histoire.

Pour ce qui est du fan-service, il est encore plus putassier que dans la postlogie, et pourtant beaucoup ont reproché ça à la postlogie. Où était la nécessité de revoir la cantina d'Un nouvel espoir ? Qu'est-ce qu'on s'en tape sérieusement ? C'est censé étendre l'univers et ça se repose à fond sur ce qui existait déjà. A noter que la postlogie, elle, prolongeait une histoire, donc c'était déjà moins déconnant de revoir des lieux connus ou des designs existants. Là on est censé se balader un peu ailleurs dans la galaxie... Et puis bons, les fans sont les premiers à râler quand on leur met un alien facilement déclinable en peluche et accessoire à l'histoire dans les films, là on a quand même une vraie mascotte de ce phénomène au centre du "récit" ! Mais j'y reviendrai. Dans la saison 2, Lucasfilm y va encore plus fort en nous balançant des caméos et retours de personnages de la saga ou d'autres séries Star Wars presque à chaque épisode. Cela donne l'impression que l'univers est très petit, et vu la qualité d'écriture des personnages en question qui apparaissent dans la série, ça ne valait pas le coup de les faire revenir. Mais grâce à ça, les gens sont brossés dans le sens du poil, donc ils s'en tapent d'avoir bouffé un épisode de série qui est au cinéma ce qu'un Big Mac est à la gastronomie. Ça ne raconte rien, mais "Ça promet pour la suite, bébé Yoda est trop mignon d'ailleurs j'ai commandé la peluche à mon petit-cousin pour Noël et puis y'a Machin dans l'épisode quand même ! Bon moi je ne sais pas qui c'est parce que je ne regardais pas les séries animées mais les fans ont l'air contents hein ! This is the way et à la semaine prochaine !"

Le pire caméo concerne d'ailleurs deux personnages qui viennent de la saga Skywalker, l'un étant un personnage très important dans la saga et l'autre un figurant qui a déchaîné les passions parce qu'il a une jolie armure (mais ne vous en faites pas, il aura droit à une mini-série). C'est ridicule, aucune caractérisation, ils sont juste badass, lisses et fades.

Les personnages étant vides, l'histoire en pâtit. Le mandalorien se veut mystérieux mais est surtout très creux, tout comme ceux qui l'entourent. L'Enfant, il est tout mignon, un vrai mogwai version Star Wars, il est complètement abusé aussi, mais surtout il ne sert que de prétexte. Comme il n'y a pas d'histoire et pas de fil rouge mais juste quelques péripéties qui rempliraient une page de BD par épisode, il sert de liant ce personnage. Le problème c'est qu'après 7 heures de contenu, on ne sait rien de lui. On en sait un peu plus sur l'enfance du mandalorien, mais on s'en cogne. On se doute bien qu'un combattant casqué et qui parle comme Christian Bale qui joue Batman H24 a eu un passé naze, mais comme il n'y a rien à dire qui pourrait le rendre attachant derrière... Ça tombe à plat. Parce que le fil rouge, c'est justement la peluche, et même après deux saisons, il est toujours traité comme un vulgaire McGuffin.

90% des épisodes sont construits de cette manière :
- Le mandalorien arrive quelque part.
- Il ne se passe rien pendant 30 minutes, il fait la connaissance de personnages creux, discute avec des personnage creux pré-existants, ou découvre un peu ce qui se passe dans le lieu où il a atterri. L'enfant fait un truc rigolo ou mignon ou spectaculaire, on tire au sort à chaque fois.
- 3 minutes de baston abrutissante filmée par un caméraman atteint de Parkinson et un monteur qui était charcutier dans sa jeunesse
- Une fin heureuse parce qu'il ne faut pas déconner non plus. Et au pire, si personnage creux n°18 meurt, y'a pas d'émotion de toute manière.

Et c'est quand même vachement dommage dans le sens où le budget est le même que pour la saison 6 de Game of Thrones. Sans rivaliser avec la qualité d'écriture d'une grande partie de la série que je viens de citer, on peut au moins avoir plus d'ambition et nous montrer la pègre galactique comme quelque chose qui donne envie d'être suivi avec des personnages forts. Mais tout est visiblement passé dans les quelques effets spéciaux qui ont un peu d'allure, l'écran circulaire et le salaire de Jon Favreau, Waititi, Howard, Filoni, bref, le showrunner et les réalisateurs de chaque épisode qu'on aurait pu remplacer par n'importe quel réalisateur de série. Je ne pense même pas que Pedro Pascal a pris un cachet si conséquent que ça puisqu'on a eu des articles qui sont sortis où les équipes de la série affirmaient que dans certains épisodes son seul boulot a été de doubler les répliques en post-prod.

Même en tant que dose gourmande de Star Wars hebdomadaire, The Mandalorian échoue pour moi, car au moins Rebels et The Clone Wars amenaient un peu d'enjeu de temps en temps dans leurs histoires, même en voulant faire plaisir aux fans derrière. L'univers est très peu étendu et s'il l'est, c'est de façon plate et inintéressante à souhait. Ça aurait fait un très bon jeu-vidéo, dommage d'en avoir fait une série chiante...

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