Quelques bonnes idées et... c'est tout ?

Avis sur The Mandalorian

Avatar Colin Richard
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Avant toute chose, je tiens à dire que cette note n'est (à priori) que provisoire. En effet, au moment où je rédige cette critique, seuls deux petits épisodes (c'est le cas de le dire !) nous sont parvenus et, bien qu'il soit déjà possible d'en tirer quelques conclusion quant à la qualité générale de l'oeuvre ; il n'est pas impossible que d'ici quelque temps, mon moi du futur (Dieu le garde) - qu'il ait été agréablement surpris ou, au contraire, autrement plus déçu - vienne modifier la note peu élogieuse que j'attribue aujourd'hui à la série.

Étant donné les circonstances, il me semble d'ailleurs assez approprié d'établir de prime abord quelques vérités à mon sujet :

J'adore Star Wars. Non: je VIS Star Wars. Depuis longtemps.
J'aime quasiment tout dans cet univers :
J'aime le charme doux, l'audace et les répliques vintage de la trilogie originale (surtout en VF) ;
J'aime l'épique, l'humour, la tragédie et les paysages extra terrestres de la prélogie ;
J'aime l'univers étendu legends et ses nombreux héros ;
Bordel, même l'univers etendu "canon" je l'aime bien !

Certes, j'ai détesté les deux derniers films de la saga principale, certes j'ai trouvé Rogue One, passé le premier visionnage en salle, assez soporifique, certes je considère "Solo" plutôt anecdotique... Mais ça ne m'empêche pas d'avoir adoré Rebels, ni d'attendre avec impatience la prochaine saison de "The Clone Wars"... J'irai même jusqu'à dire que mon inconditionnelle vénération pour les thématiques de la trilogie originale me force, de la même façon qu'elle m'a menée à haïr cet Ersatz de "Luke Skywalker" dans "The Last Jedi" ; à garder, tout au fond de mon âme, l'espoir que l'ultime volet de la postologie soit au moins un peu bon...

Car c'est bien l'espoir, cette valeur fondamentale à l'oeuvre de G. Lucas, qui nous pousse à toujours attendre, fidèles, les nouvelles itérations de la saga, ce malgré les déconvenues qui s'enchaînent depuis déjà quelques années...

Bref, tout ça pour dire que "The Mandalorian", je l'attendais au tournant. Avec bienveillance, certes, mais pas avec complaisance.

Et je suis déçu. Oooh ça oui, je suis déçu. Pas parce que c'est une bouse (disons que ça aurait pu être pire), non, déçu parce que c'est un acte manqué.

Alors non, "The Mandalorian" n'est pas aussi mauvais que le VII et le VIII; déjà parce qu'il n'est pas mauvais pour les mêmes raisons :

La série, emprunte de bonnes intentions et, de toute évidence, réalisée par un vrai fan de la franchise, ne crache pas sur l'univers et même elle le respecte ; s'étant donné pour mission d'explorer un recoin de la galaxie encore peu montré sur les écrans ; je parle bien sûr de la "chasse à prime" et, dans une moindre mesure, de la culture mandalorienne.
On pourrait se dire que c'est quand même la moindre des choses que de respecter les codes de l'oeuvre avec laquelle on travaille, mais le destin a voulu qu'en ce qui concerne Star Wars, ce soit devenu un luxe. Alors ne nous plaignons pas.

Elle n'est pas non plus niaiseuse (coucou Rose), puisqu'en plus d'un ton volontairement plus sérieux qu'à l'accoutumée, elle aborde les thèmes chers à la saga (la paternité, la xénophobie et la religion) avec un regard qui se veut "adulte".

Seulement voilà : en dehors de quelques bonnes idées et d'un fan service maitrisé,

je pense notamment au robot chasseur de prime ou encore, évidement, au bébé Yoda

la série souffre de plusieurs défauts impardonnables.

En premier lieu, abordons l'aspect "technique", et tout ce qui touche à la réalisation. Je ne suis pas le plus expert dans ce domaine, aussi je serai bref :

1 La. musique. n'est. pas. bonne.

C'est un des reproches qu'on avait déjà pu faire aux deux films "spin-off", mais là, on atteint des niveaux inédits de platitude. Entendons-nous bien (hop, jeu de mots) : je sais que tout le monde ne peut pas être John Williams... Mais AUCUNE des pistes ne résonne comme du Star Wars.
Je n'ai rien contre les prises de risques... mais en dehors du thème principal - qui n'est lui même pas folichon -, aucune des pistes n'offre quoi que ce soit d'intéressant ou de mémorable...
Je veux bien qu'on puisse décider d'en finir avec les cuivres, mais la moindre des choses, quand on compose pour Star Wars (dont on sait tout l'impact qu'à eu la bande-son sur le succès de la saga), la moindre des choses j'insiste, c'est d'y mettre, à défaut de chœurs, du cœur (hop, encore un) !

Cerise sur le gateau (sonore) : elles sont mal utilisées. Ce qui m'ammène à mon second reproche technique :

2 Qu'est. ce. que. c'est. que. ce. mixage. Sérieusement ?

Entre les scènes contemplatives sur fond de musique épique ou, à l'inverse, les séquences "testostérone" où on n'entend presque pas la musique, on se demande si le mixeur avait correctement branché son casque pendant le montage.

Mais parlons-en, du montage, ou plutôt évitons de trop en parler :

3 Les. raccords. sont. foireux.

Mais bon, pour sa défense, je pense que le monteur a fait de son mieux avec les contraintes qu'on lui aura - supposément - imposées... Mais j'y reviendrai plus tard.

4 Le. découpage. est. plat.

Ai-je vraiment besoin d'argumenter ? Il suffit de comparer les scènes de l'épisode avec celles des (sublimes) concept-arts qu'on nous propose au générique. J'en profite pour faire le même reproche à la lumière (encore une fois bien meilleure sur les C.A.). Ah, et les ralentis floutés, aussi. C'est moche, c'est maladroit, en gros on s'en passera.

(Un bon point tout de même : on voit que le réalisateur est attaché aux "gimmicks" amenés par George Lucas - et qui n'avaient pas manqué de provoquer certaines moqueries à l'époque -, comme les transitions en volet ou les fondus dynamiques.)

On pourrait se dire que ça fait déjà pas mal... mais il reste un point à aborder, peut être LE plus gros défaut de la série, tant il incarne l'impression d' "Acte manqué" qui s'en dégage.

L'écriture.

Je l'ai déjà dit : le thème est bon, les thématiques sont bien abordées, le personnage a du potentiel, l'intrigue aussi...

Et pourtant, on s'emmerde. Pourquoi ?

Parce que. c'est. trop. court.

C'est trop court. Sincèrement, j'ai l'impression qu'il manque carrément des scènes ! Je reviens à la critique que j'ai faite au montage : je ne sais pas si c'est une contrainte de production, si le réalisateur a manqué de temps ou si script était déjà comme ça, mais BORDEL. Rien n'est développé. Tout nous est balancé à la tronche comme ça, des bonnes idées hein encore une fois, mais ça ne suffit pas.

Ok, le personnage est laconique et ça fait partie de son charme, mais ayez au moins la décence, lorsqu'il parle, de lui donner des répliques avec un peu plus de "poids". Et ce n'est pas parce qu'il ne parle pas beaucoup qu'il ne peut pas dialoguer d'une autre manière. Plus de "I can bring you in warm, or I can bring you in cold", et moins de "Je reste au sol dès qu'on me met par terre et je ne fais ni ne dit rien".

Et d'ailleurs, de ça aussi on va en parler : plusieurs fois, les "personnages" secondaires (qu'on ne voit, pour certains, qu'une seule fois avant qu'ils ne disparaissant totalement) vantent les talents de notre "mandalorien". On nous explique qu'il est même considéré comme "le MEILLEUR DANS TOUT LE PARSEC".

Alors pourquoi il en chie autant ? Pourquoi il fonce tête la première dans toutes sortes d'embrouilles, sans avoir RIEN préparé ? Et surtout, pourquoi il abandonne toujours aussi vite ? Je ne sais pas s'il a un problème avec les grosses bêtes mais, à deux reprises, dans le premier comme dans le deuxième épisode, il "affronte" un animal qui lui donne du fil à retordre. Les deux fois, il est mis à terre, et les deux fois il abandonne. Il y a aussi ce moment, au milieu du premier épisode, où il est (encore) mis à terre, et où il y serait passé sans l'intervention miraculeuse du ferrailleur. Génial, l'écriture, génial. Et c'est pas parce que c'est un clin d'oeil à l'intervention d'Obi Wan dans "un nouvel espoir" (avec le coup des jumelles), que ce n'est pas un bon vieux Deus Ex Machina des familles - ce qui n'était, d'ailleurs, pas le cas dans l'épisode IV.

Je vais en profiter pour détailler ladite scène du deuxième épisode, et pourquoi elle est franchement mal foutue en terme d'écriture. Attention, spoilers :

Déjà, pourquoi il ne se renseigne pas avant sur la nature du danger qui l'attend dans la grotte où il doit récupérer "l'oeuf" ? Et s'il se renseigne, pourquoi on ne nous le montre pas, ce qui aurait été une belle opportunité de dialogue où il aurait pu se caractériser, et pourquoi on dirait qu'il ne sait pas du tout à quoi s'attendre lorsqu'il se retrouve en face du "rhinocéros" ?

Ensuite, à la fin de l'affrontement, alors qu'il est sauvé par l'intervention de "bébé Yoda", la construction de la scène veut qu'il achève le monstre d'un simple coup de couteau... dont la lame fait quoi, 10 centimètres ? C'est avec ça qu'il tue, instantanément et en un seul coup, une créature dont le cuir est assez épais pour résister, rappelons-le, à UN PUTAIN DE LANCE-FLAMMES.

Alors, je dis pourquoi pas, peut-être l'animal a-t-il un point faible particulier au niveau de la nuque... Mais dans ce cas, pourquoi ne pas le dire, hmm, je ne sais pas, DANS UNE SCENE DE DIALOGUE QUI PRÉCÈDE LE COMBAT ? C'est pas comme s'il avait eu un trajet de plusieurs heures pour en discuter avec son pote le ferrailleur, qui a l'air de connaître la région, et qui redoutait justement cette requête de la part des Jawa...

D'autant que les épisodes font à peine plus d'une demi-heure... Dans un 2019 où les grosses séries comme "Game of Thrones" ou "Breaking Bad" ont démocratisé, depuis longtemps, les épisodes de 50 minutes MINIMUM, pourquoi se priver de ces quelques scènes, qui ajouteraient en clarté et en saveur ? À quoi bon se limiter à un format aussi batard ? Surtout qu'on parle de Star Wars, AKA LA franchise la plus lucrative de tous les temps, alors qu'on ne vienne pas me parler de "restrictions budgétaires".

Bref, vous l'aurez peut-être deviné en lisant ces quelques lignes (euphémisme, je sais), je suis un peu salé.

Non pas parce que la série est "si" mauvaise, mais justement parce qu'elle avait tous les atouts en main pour incarner, enfin, le "nouvel age d'or de Star Wars" dont tout le monde rêve... depuis quoi ? Dix ans ?

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