Star Wars, le vrai...

Avis sur The Mandalorian

Avatar Eric Pokespagne
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Saison 1 :
Bien sûr, et n'en déplaise à ses millions de fans à travers le monde, la "saga Star Wars" n'a jamais constitué un parangon de maturité. Bien sûr, il est impossible d'associer le nom de Jon Favreau à un seul film réellement intéressant, ou disons qui n'ait pas une date de péremption allant au-delà d'une paire de semaines. Mais quand même, il est difficile de ne pas être surpris - nous ne parlerons pas de déception, n'attendant plus rien depuis longtemps de la maison aux grandes oreilles - devant ce "Mandalorian" clairement destiné aux moins de 10 ans...

Les deux premiers épisodes prennent la forme inattendue d'une citation sympathique du cinéma de Sergio Leone dans sa "trilogie de l'homme sans nom", et nous interpellent sur une possible version "western spaghetti" de "la Guerre des Etoiles" (nous faisons ici référence au premier film de la saga, celui que l'on qualifie tristement aujourd'hui d'Episode IV), et ce d'autant que le travail vocal de Pedro Pascal évoque remarquablement le son et le phrasé du jeune Eastwood. Il faut malheureusement bien reconnaître que l'électro-encéphalogramme de "The Mandalorian" reste ensuite désespérément plat, dans une succession d'épisodes indépendants qui n'arrivent jamais à justifier leur durée, même courte. Le summum de la médiocrité est atteint avec l'épisode 4, qui reprend le sujet des "Sept Samouraï" et reconnait ce que doit l'imaginaire de Lucas aux films de Kurosawa (et également l’abîme qui sépare leurs œuvres), mais la conclusion proposée à cette saison par les épisodes sept et huit, s'ils ont le méritent de vouloir revenir au sujet initial de la série, reste trop incohérente du point de vue narratif - et pleine d'invraisemblances et de facilités scénaristiques - pour que l'on puisse s'en satisfaire.

Alors, qu'est-ce qui fait qu'on arrive quand même à regarder jusqu'au bout une série aussi pauvre - nous ne parlons pas ici budget, car visuellement et au niveaux effets digitaux, il s'agit d'un travail impeccable... ? Peut-être le plaisir d'une visite guidée de la planète Tatooine, et de voir des personnages qui composaient l'arrière plan des aventures des Skywalker apparaître sur le devant de la scène... Et puis bien sûr, ce fameux "infant" (où "Baby Yoda" comme il fut immédiatement baptisé sur les réseaux sociaux...), qui est tellement choupinet qu'on trépigne de plaisir à chaque fois qu'il apparaît à l'écran : un réflexe quasi primitif du téléspectateur, qui s'apparente quand même plus à la tendresse qui serre notre petit cœur quand nous contemplons des images de chatons sur Facebook qu'à une quelconque empathie pour un personnage de cinéma. Et ça, ça en dit beaucoup sur le niveau de "The Mandalorian".

[Critique écrite en 2020]
Retrouvez cette critique et bien d'autres sur Benzine Mag : https://www.benzinemag.net/2020/04/05/disney-the-mandalorian-western-spaghetti-sept-samourai-et-chatons-sur-facebook/

Saison 2 :
Il y a une chose qu’on doit admirer dans "The Mandalorian", c’est sa parfaite constance, qui témoigne sans doute du sérieux avec lequel Jon Favreau aborde son travail, en même temps que son respect de l’univers "Star Wars" – soit une approche bien différente de celle de la dernière trilogie filmique, dont on a déploré le grand n’importe quoi. Ne serait-ce que pour ça, et parce que la Saison 2 – en gros identique à la première, en mieux (à moins que cela ne soit nous qui ayons revu nos attentes à la baisse) fait un superbe travail pour inscrire l’histoire du Mandalorian et de Grogu (car, oui, Bébé Yoda hérite cette fois d’un nom, qui ne lui va pas trop bien, avouons-le…) dans la « grande histoire » de la saga, gageons que les fans aimeront ces 8 nouveaux épisodes. Reste que cela pose un problème simple à quiconque souhaite les chroniquer : pourquoi ne pas faire un simple copié-collé de ce que l’on pensait et écrivait après le visionnage de la première saison, puisque rien n’a bougé ?

Rien ? Evidemment non, parce qu’il y a ce dernier épisode qui, s’il laisse malheureusement en suspens le joli dilemme de la possession du sabre noir (signe qu’il y aura bien une troisième saison l’année prochaine, et qu’il reste des choses à raconter…), fait forcément beaucoup, beaucoup parler de lui, et qu’il convient absolument de ne pas spoiler : disons seulement que nous connaissons des gens qui ont jubilé et pleuré à la fois comme jamais devant leur écran de télévision. Pour le moment, l’épisode 8 ("The Rescue") culmine sur IMDb avec la note astronomique de 9.9/10 donnée par 32.000 spectateurs, ce qui est un signe qui ne trompe pas (même si l’on vous déconseille d’aller visiter avant de l’avoir regardé la page qui lui est consacrée, pour cause de spoil manifeste)…

Pour le reste, on répète donc ce qui fonctionnait dans la première saison : l’ouverture western du premier épisode ("The Marshal", au cas où quiconque aurait un doute), avec Timothy Oliphant pour la crédibilité "Deadwood", et l’alliance contre nature avec les Indiens (ici les hommes des sables), puis, dans les épisodes suivants, la succession des actions commandos du Mandalorian, souvent justifiées avec difficulté par un scénario qui ne s’embarrasse pas trop de crédibilité. Il y a l’hommage à Kurosawa et à toute la culture nippone avec le très bon épisode 5 ("The Jedi"). Il y a aussi, et c’est plus nouveau, un clin d’œil réussi à "Indiana Jones", avec la poursuite en camion de l’épisode 7 ("The Believer"). Bref, il y a du fun à la pelle, tout du moins si l’on ne se formalise pas devant la facilité avec laquelle le Mandalorian se sort des situations les plus périlleuses en moins de 45 minutes à chaque fois : il est vrai qu’il a une armure en beskar, ce qui permet pas mal de choses !

Les fans de "Star Wars" sont donc ravis de la manière dont la série est reliée aussi bien à la trilogie originelle (l’action se passe après la victoire – fragile – de la République dans le "Retour du Jedi") qu’aux différentes séries en animation, et ils espèrent y voir une preuve du nouveau sérieux avec lequel la maison Disney, qui a beaucoup péché, aborde désormais la franchise de George Lucas. Les non-fans se réjouiront quant à eux de la qualité de la mise en scène (confiée à des professionnels comme Peyton Reed, Robert Rodriguez et Favreau lui-même, mais aussi à des fans comme Bryce Dallas Howard…), de l’interprétation (Titus Welliver, Giancarlo Esposito, Gina Carano, Rosario Dawson, Michael Biehn, il y a du beau linge...), des effets spéciaux (meilleurs que jamais), sans oublier la beauté des images, souvent plus organiques que digitales.

Et bien sûr, ne manquez pas le lancement d’une nouvelle série, annoncée pour décembre 2021, placé après le générique du dernier épisode.

[Critique écrite en 2020]
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