Le mandat, le rien.

Avis sur The Mandalorian

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(Ne cliquez sur aucun lien si vous ne voulez pas être spoilé façon #balancetonRancor)

YouTube étant aussi friand de nous proposer des contenus riches et plaisants que de superbes exemples de vide en abîme, je suis tombé par hasard sur une des nombreuses vidéos de réactions face au final de la deuxième saison. Des gens qui se filment en train de commenter, seuls ou en groupe, leurs avis -parfois ineptes- sur ce qu'il sont en train de découvrir (il y en a même un qui se filme en train de se filmer…ça peut donner une idée du niveau d'implication et de concentration de ce type de spectateur).

J'adore particulièrement ce fan qui lâche successivement "c'est tout ce que j'ai toujours rêvé de voir" et "c'est incroyable" sans se rendre compte de la contradiction profonde de ces deux phrases.
Encore meilleure, la réaction de Mark Hamill, qui lâche un "n'aies pas trop d'espoir, Mark, ça reste du Disney" qui résume mieux que tout, ce que je vais développer juste en dessous.

De cette fascinante série de réactions, on peut conclure assez facilement deux choses, complémentaires:

1) avec une fan base aussi réactive, bienveillante et prompte à l'extase, la machine industrielle à rêver Disney a de belles années devant elle. Elle l'a d'ailleurs bien compris en lançant un programme de séries en formes produits dérivés susceptibles de déclencher chez certains des effets secondaires dignes des médicaments les plus efficaces: diarrhées et vomissements pourront guetter les plus voraces des fans.

Pour conclure une deuxième saison plus pauvre que n'importe quel jeu de rôle (papier ou vidéoludique: un épisode -> une planète -> une demande d'aide -> une tâche à remplir en échange) dont le seul intérêt réel consiste en une exploration assez graphiquement réussie de l'univers SW, il suffit donc de poser un personnage iconique en fin de parcours pour réjouir une grande partie des foules.
Soit.

2) Cette fameuse scène est peut-être plus réussie que l'ensemble des trois derniers films bâclés de la saga.
Puisqu'on y voit Luke tel qu'on aurait espérer le voir dans le gâchis de Ryan Johnson: un dernier Jedi puissant en recours ultime, et pas un bouffon dédaigneux qui tourne le dos aux valeurs de la première (la seule ?) trilogie et disparait dans un combat en hologramme Skypé d'une planète à une autre, face à un méchant fantoche.

Ce qui nous permet de revenir aux réactions des internautes.
La franchise possède un tel potentiel d'amour de la part des fans, qu'il semblait d'autant plus simple de ne pas en décevoir une grande partie. Respecter par exemple la nature des personnages importants de la saga. Respecter en particulier la mort de son actrice mythique en l'incorporant dans le récit (comme a pu le faire la série A la maison Blanche, en intégrant la disparition de John Spencer de manière si puissante) plutôt que de le ressusciter de manière spectaculairement idiote et hideuse, pour les refaire mourir plus tard, sans raison artistique ou scénaristique.

La conclusion d'une série aussi faible que peut l'être Mandalorian semble au bout du compte plus proche des attentes de millions de fans que ce qu'a proposé l'ignoble dernière trilogie en date, et on a ainsi une idée du gâchis généralisé de l'exploitation d'une franchise au potentiel inimaginable.
Un massacre global en forme de leçon, qui nous rappelle de manière cuisante que des fonctions comme directeur artistique ou scénariste correspondent à des postes clefs normalement essentiels à tout projet d'adaptation et de développement d'une franchise. Et qui méritent bien en priorité quelques millions de dollars, qui seraient pour le coup bien dépensés…

Avec ce niveau d'exigence, le bon Jon Favreau peut encore dérouler 15 saisons sans réel enjeu ni prise de risque scénaristique, il sera sûr de contenter une partie de la base fan et de rester au minimum meilleur que la production parallèle du grand écran, avec des moyens bien moins importants.
Un mandat en blanc, qui peut se permettre de déboucher sur rien.
Dans ces conditions, pourquoi se fair chier ?
C'te tristesse.

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