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Avis sur The Midnight Gospel

Avatar Kaptain Kharma
Critique publiée par le

Dans le genre série que j'aurais aimé adorer puis détester ça se pose là.
Blabla présentation de la série alors que vous êtes surement déjà très renseigné sur le sujet The Midnight Gospel souffre surtout de son diffuseur Netflix.

Je vais tenter le moins possible d'être redondant avec ma précédente critique à propos de Death, Love and Robots mais force est de constater que c'est un peu toujours le même débat. Car pris à part TMG est bon sur plusieurs aspects : l'animation typique Cartoon Network, une D.A cohérente et généreuse, une solide bande son et mine de rien de bonnes pistes de réflexions pour qui n'a pas lu La Méditation pour les nuls (après faîtes semblant qu'on est tous ultra renseignés sur le sujet et que la série brasse des banalités mais mine de rien dans un produit mainstream c'est relativement rare).

Et puis il y a ce côté Psychédélique qu'on veut nous vendre à tout prix. La série l'est, en un sens. Mais déjà nous la vendre comme une œuvre incroyablement perchée comme si Netflix révolutionnait l'art c'est un poil agaçant. Sans verser dans l'arc en ciel à tout va et les guitares sous LSD, on trouve tout un tas d'autres objets culturels curieux et non identifiés qui ont su se bâtir leur réputation sans en faire des caisses, coucou La Montagne Sacrée.
Ce que j'essaye de dire est que l'on est ici dans le cliché de l'archétype (mais après tout, soit, si c'est bien fait) et que finalement la série ne part pas si loin que ça. Mais parce que Netflix, ça prend des proportions énormes, qu'il faut bien qu'il fasse parler d'une manière ou d'une autre de l'une de leur nombreuses sorties et que derrière les journalistes ne sont guère plus malin.

J'aurais presque été tenté de faire porter le chapeau aussi aux créateurs mais sans connaître Duncan Trussell il faut bien reconnaître que Pendleton Ward était fait pour ça. Adventure Time est psychédélique d'une certaine manière, comme d'ailleurs d'autres séries de la chaîne CN que sont The Amazing World of Gumball ou Steven Universe (sur lequel est intervenu Duncan). Il serait dommage de borner le psychédélisme à une certaine esthétique alors que la profusion d'idées peut passer par bien d'autres aspects. Et pour finir avec CN, nul doute que si les thématiques n'étaient pas aussi adulte, la série aurait pu finir dessus (et on imagine aussi un bras de faire avec Adult Swim pour récupérer une série que beaucoup compare à juste titre à Rick & Morty).

On peut arguer que toute la D.A est justifié par le courant de pensée volontairement New Age de Duncan et du podcast d'origine mais je trouve quand même le trip sous acide un poil convenu, que ce soit les moments prétendument "hallucinés" ou même la violence qui nous est affichée en permanence. On a l'impression de flotter dans un bain de LSD tellement omniprésent et en même temps dilué que sans aucun autre référentiel on ne plane plus mais l'on touche bien une terre faîte de néon et de crème glacée.

Ça m'a même gêné pour les derniers épisodes.
L'avant dernier par exemple, bien plus "normal" et avec un personnage moins apaisée aurait gagné à être l'épisode pilote quand au tout dernier épisode en plus d'être long se tape lui aussi beaucoup de scènes "classiques" qu'on attendrait pas en fin de saison/série.

Des petits passages bref comme quand on aperçoit les acteurs en studio sont certes faciles mais laisse entrevoir jusqu'où la série aurait pu partir pour vraiment nous faire perdre pied (et en ça je trouve un Gumball bien plus surprenant avec tout ces styles graphiques qui s'entre choquent). Encore une fois la D.A n'est absolument pas à jeté et j'attendais Finn et Jake au détour d'une scène épique mais l'on baigne constamment dans du "WOUAAAAAH VOUS AVEZ VU C'EST PSYCHEEEEEEEDEEEELIQUE" ce qui m'a pour ma part empêché de justement crier ce constat à n'importe quel moment.

Et je vais être paradoxal car cette sensation de flottement est en même temps la plus grande qualité et le principal défaut de ces huit épisodes.
Car, je pense que ça a suffisamment été dit, il est impossible de se concentrer décemment sur les discussions du podcast The Duncan Trussell Family Hour et les aventures animées de Clancy Gilroy. Il m'arrive d'écouter ma musique devant un film muet ou jouer à des jeux devant une série pas terrible mais ici on est face à des péripéties denses (révolution armée, quête médiévale, invasion zombie) d'un côté et de l'autre des dialogues que je trouve pour ma part intéressants mais surtout passionnés. Ces derniers ont le rythme, la diction, le flow d'un podcast et donc d'une conversation libre, avec ce que ça engage de répétition, de bafouillages et de tics de langages. Et mine de rien c'est autre chose que des phrases construites sur mesures, avec leur temps de pause et leur points culminants. Tout comme dans une série classique, quand deux personnages conversent, les plans se veulent souvent moins originaux, réduits à des champ-contrechamp et pas une tuerie de masse.

ll y a ce sentiment dans chaque épisode que les personnages n'ont strictement rien à fiche de ce que dit l'autre parfois ou qu'à l'inverse leurs actions sont sans âme car le dialogue est incroyable. Ce manque de synchronisation peut provoquer deux choses : ou bien un abandon pure et simple (et ça a failli m'arriver) ou bien une sorte de stase.
Elle ne dure pas tout le temps d'un épisode cette phase mais souvent dans la grosse partie centrale arrive ce moment où le cerveau se déconnecte (et pour de vrai, pas comme quand vous essayez de justifier le fait de regarder de la merde à la télé mais que vous n'assumez pas vos goûts) et capte des bouts de phrases ou d'images. Probablement qu'inconsciemment fonctionne une mémoire subliminale qui enregistre le tout mais n'en laisse rien ressortir, en attendant la friction des deux éléments principales du média laisse rêveur et c'est précieusement là où la série peut être une réussite, alors qu'elle nous déballe tout ces concepts d'abandons de soi et de méditation.

Il serait malvenu que de critiquer la volonté de mélanger deux médiums qu'à priori rien ne pouvait concilier comme si ça n'avait jamais été fait avant et que la tentative était vouée à l'échec. Il suffit de voir par exemple comment Calls de Canal + fait tendre le compte radiophonique vers la série tv sans pour autant se dénaturer. Midnight Gospel restera expérimental sur sa forme du moins pour les épisodes principalement axés sur les extraits de podcast. Et la production Netflix offre ainsi des pistes de réflexions intéressantes sur la manière de mélanger les genres avec des scènes de pures dialogues (les personnages arrêtent leur quêtes le temps de quelques plans rapprochés) ou des intro et outro qui reviennent à l'essentiel, Clancy et son simulateur. Ne partir que vers l'un ou vers l'autre n'aurait que peu de sens tout comme la formule actuellement proposée ne fonctionne pas. Ou en tout cas ne fonctionne pas si elle a volonté a passionné le spectateur sur les deux tableaux. Mais il n'en reste pas moins fascinant de voir son esprit vagabonder et sélectionner des morceaux choisis de réflexions sur la mort, la vie, l'esprit et le corps. J'ai retrouvé les vibes que j'avais pu avoir avec des œuvres singulières comme La Chambre Interdite et probablement que dans un autre format ou un autre contexte, TMG aurait pu être un sacré Mind Fuck Life Changer.

Il n'en reste pas moins que le produit final est agréable à voir et à entendre, Pendleton régale avec son bestiaire toujours aussi créatif, Duncan et son petit rire transpire l'authenticité et en bon hipster que je suis j'ai eu la sensation de bouffer un gros clip de Dan Deacon (LE CHAPEAU) ou Animal Collective (BOYS LATIN) sur fond de séquenceurs acidulés.
Pas la série du siècle ni un ratage, j'aurais aimé détester Netflix une fois de plus mais de toute façon, c'était pas mon abonnement.

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