L'Académie des 7 (saisons 1 & 2)

Avis sur The Umbrella Academy

Avatar Red Arrow
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SAISON 1 (5/10)

Au bout de seulement deux épisodes, on y croyait, tous les feux étaient au vert pour qu'on tienne le "The Haunting of Hill House" de personnes dotés de super-pouvoirs avec "The Umbrella Academy" !
En effet, la série tirée des comics écrits par Gerard Way (le leader du groupe My Chemical Romance) et dessinés par Gabriel Bá a une base de drame familial fortement similaire au hit netflixien de Mike Flanagan en réunissant des frères et soeurs adoptifs incapables de former un tout autre que dysfonctionnel (les personnages d'Ellen Page et Robert Sheehan ont également des contours de départ identiques à certains membres de la famille Crain) sauf qu'ici, pas de maison hantée pour canaliser les tourments de ce tout de ce petit monde mais une enfance commune passée sous la coupe d'un "père" tyrannique et obsédé à l'idée de créer une team de super-héros susceptible de sauver le monde.
Bien sûr, avec ce choix d'adaptation opportuniste de la part de Netflix, la plateforme comptait sûrement rééditer le succès surprise de "The Haunting..." et, dans le fond, pourquoi pas ? Ce type d'approche est assez inédite en matière super-héroïque et, en plus, couplé au ton bien barré spécifique à ces comics, ce mélange des genres avait tout pour être réellement explosif. La mayonnaise prend d'ailleurs merveilleusement bien dans ses prémices, imaginez un peu : entre un singe majordome, une séquence de danse géniale, de l'humour détonnant, une baston à base de téléportations, un robot, un couple d'assassins, des mystères plutôt intriguants qui se tissent dès le premier épisode, un groupe de héros attachants et aux problèmes forcément peu communs par leur nature, un casting aux petits oignons pour les interpréter (le jeune Aidan Gallagher est une révélation), une B.O. qui dépote et pas mal de plans qui font plaisir à l'oeil, les débuts de "The Umbrella Academy" auraient facilement pu tomber dans le piège de l'overdose de son hybridité hors du commun mais non, la série parvient à en faire ressortir une originalité de ton franchement séduisante en seulement deux épisodes tenant toutes leurs promesses d'une vision nouvelle du groupe de super-héros entre vrai drame et dérision contagieuse. Hélas, si ces bonnes intentions font faire illusion pendant plus de deux épisodes (disons jusqu'à la bagarre générale du troisième grosso modo), il va devenir assez vite clair que l'on avait surestimé la capacité de la série à tirer en permanence le meilleur de sa nature de gigantesque melting pot sur la durée...

Déjà, même si l'on n'a pas lu le matériau d'origine, "The Umbrella Academy" souffre d'une trame principale bien trop prévisible. Dès le pilote, en ayant en tête que la notion de famille va être forcément au coeur des enjeux, la question de savoir ce qui se cache derrière les raisons de l'apocalypse à laquelle va être confronté le groupe de héros n'est clairement pas une équation insoluble. Avec un peu de jugeote et un minimum de connaissances sur les ressorts habituels de ce genre de récit, la solution à la nature de la menace apparaît comme évidente, surtout si l'on y rajoute la qualité de l'interprète y étant lié de près et que l'on voit mal se cantonner aux premières facettes de son personnage. Même si elle empruntera de nombreux chemins de traverse pour tenter de maintenir un vague doute, "The Umbrella Academy" ne créera pas la moindre surprise en allant droit sur cet objectif scénaristique de confrontation ultime bien trop rapidement deviné. Dans le fond, on pourrait pardonner cette non-prise de risques autour de son intrigue la plus majeure mais il aurait fallu que le voyage pour y parvenir soit des plus réussis et que le traitement de sa destination trop vite comprise ait le mérite de nous surprendre malgré tout. Manque de chance, le déroulement chaotique de la série ne va remplir aucune de ses conditions...

Après ses débuts enthousiasmants, "The Umbrella Academy" va hélas tomber dans les travers de beaucoup de ses consoeurs sur Netflix : le remplissage. Peut-être un peu consciente de sa finalité peu surprenante, la série va retarder le plus possible l'heure des révélations et tenter de brouiller les cartes en séparant au maximum les personnages en duos/trios afin de les développer lors d'enquêtes amenées inéluctablement à se rejoindre. Ce choix volontaire de se disperser en sous-intrigues en forme de mirages sur les intentions réelles du récit va durer longtemps, beaucoup trop longtemps, quasiment de l'épisode 4 au 8, conduisant a fortiori à la fois à la stagnation perpétuelle de l'histoire et à notre perte d'intérêt pour tous ces événements dont l'objectif est seulement de gagner du temps. Attention, tout ne sera pas forcément inutile ou ennuyeux (la série sait offrir de bons moments pour toujours rester un minimum divertissante) mais la finalité de l'ensemble de ces éléments paraîtra tellement anecdotique d'une vue globale que leur superficialité transpirera sans cesse à travers l'écran.
En premier lieu, on pourra citer le couple d'agents, Hazel et Cha Cha, amusant d'abord par leur dynamique et le lot d'action qu'ils apportent puis devenant un véritable handicap en parasitant sans cesse la série avec leur point de vue dont on se contrefiche et qui apparaîtra encore plus anecdotique une fois arrivé au terme de la série. Dans le meilleur des cas, leur complicité née de leur expérience commune sera mise à mal par la remise en cause professionnelle de Hazel, totalement insignifiante par rapport au reste, et, dans le pire, leur rôle se résumera à ouvrir des portes de motels miteux avec des remarques sarcastiques (on ne plaisante pas, on assiste au moins à une vingtaine de variantes de la même scène sur toute la durée de la série). Malgré leur entrée fracassante, le choix d'avoir ajouté ces deux personnages issus du tome 2 des comics (cette saison 1 adapte le premier) ne trouvera aucune justification in fine sinon d'établir un trait d'union entre les héros et la fameuse Commission qui les emploie et dont le rôle est dévoilé dans l'épisode 5.
Cette dernière ne sera d'ailleurs pas mieux lotie niveau traitement. Apportant une nouvelle donne SF à la mi-saison avec la présentation de son univers tranchant avec celui de la série jusqu'alors, l'importance donnée à cette Commission fera aussi l'effet d'un soufflé par la manière dont son fonctionnement sera survolé en à peine un épisode et surtout réduit à un simple prétexte pour permettre à Numéro 5 d'occuper le devant de la scène un certain moment. Comme ses deux représentants dont on parlait plus haut, la pertinence de sa mise en avant sera plus que discutable à la découverte de son rôle très mineure dans les ultimes instants (vraiment dommage car sa patronne incarnée par Kate Walsh apporte une vraie bouffée d'air frais à chacune de ses apparitions).
On pourrait aussi rajouter à cette liste les déboires de plus en plus irritants et répétitifs du personnage de Robert Sheehan (son humour le rend tout de même supportable), une enquête "oculaire" inutile qui débouchera sur une évidence, une virée en boîte de nuit fatigante, des allers-retours temporels apportant bien sûr ce petit côté de fascination naïve chez le spectateur mais disséminés dans la série toujours dans l'optique de temporiser. Comme un pied de nez ultime, une très grande partie d'un épisode à mi-parcours ne servira tout simplement à rien grâce à une astuce scénaristique nous présentant deux versions de mêmes faits qui déboucheront... ben... sur quasiment la même chose. À ce stade de pistes obsolètes, la série pourrait même être rebaptisée "The Remplissage Academy", c'est dire l'étendue des dégâts...

Mais on était surtout resté sur la belle impression de départ nous laissant espérer un "The Haunting of Hill House" super-héroïque et bien barré. Là encore, "The Umbrella Academy" va décevoir en délaissant petit à petit une construction d'abord similaire au bijou de Mike Flanagan où des adultes évoluent en résonance avec leurs doubles enfants pour ensuite zapper la jeunesse de ses héros (elle n'y reviendra que très rarement) et démultiplier simplement les points de vue dans le but de les approfondir à tour de rôle. On aurait pu saluer que la série évite un bête copier-coller mais la dimension dramatique recherchée par les traumas personnels de chacun des héros ou leurs dissensions quand ils sont en groupe ne seront jamais primordiales et ne constitueront au fond qu'un morceau de plus au puzzle alors qu'ils auraient dû en être le coeur. Les situations de certains ont pourtant le potentiel d'être touchantes (le sort des amants maudits Luther et Allison notamment, lui avec sa transformation et son isolement lunaire, elle avec sa fille) mais les développements autour resteront toujours trop courts pour susciter une vraie vague d'émotions. "The Umbrella Academy" aurait pu compenser en trouvant sa propre voie grâce à ses pointes de "folie cool" qui agrémentent chaque épisode avec son lot de rebondissements absurdes mais l'humour et le décalage musical recherchés constamment vont vite prendre la forme d'artifices et de gimmicks répétitifs encore une fois présents pour retarder avant tout l'échéance des événements finaux.
En fait, seules les manipulations du vilain (ainsi que son origin story) sur le personnage dont viendra le danger sauront progressivement et plus naturellement titiller notre empathie jusqu'à une fin qui va heureusement revenir à la qualité des premiers instants sans toutefois faire d'étincelles.

À partir de l'épisode 8 (qui a le meilleur cliffhanger de toute la série) faisant enfin la lumière sur toutes les zones d'ombre de l'intrigue principale, la série va enfin aller à l'essentiel et confronter les forces en présence. À l'instar de l'antagoniste qui élève la qualité de son jeu de manière contagieuse, "The Umbrella Academy" ne va au moins pas faillir à délivrer des morceaux de bravoures, certes, attendus mais ne passant pas à côté des promesses d'un final spectaculaire et nous récompensant d'avoir eu la patience d'être restés jusque-là malgré les errements importants de la série. Tout ne sera évidemment pas parfait comme le sort absolument idiot du vilain manipulateur ou notre groupe de héros faisant à peu près tout pour attiser l'ampleur de la menace et, au vu de la possibilité révélée qu'a Numéro 5 d'emmener des gens avec lui, on se posera forcément la question de savoir pourquoi il n'a pas pensé à emporter leur adversaire à une époque où il n'aurait pu faire de mal à personne (ben oui, c'est un peu idiot tout de même...). Mais le divertissement efficace étant au rendez-vous, on préférera fermer les yeux sur ces dernières aberrations et apprécier le fait que la série ait au moins réussi à assurer son final pensé en vue d'une deuxième saison, ce n'était pas gagné d'avance...

Comme on n'a cessé de le répéter, le départ tonitruant de "The Umbrella Academy" nous avait laissé espérer une grande série de super-héros avec un traitement inédit et très proche de la réussite "The Haunting of Hill House" dans l'esprit. En réalité, on s'est plutôt retrouvé face à une espèce de saison d'un "Heroes" 2.0 version drame familial et tentant d'exister uniquement par son côté décalé. On exagère peut-être un peu car, après tout, on l'a suivi jusqu'à son terme et, hormis son début et sa fin plus convaincants que le reste, la série a su tout de même délivrer de bons moments ici et là la rendant souvent divertissante grâce à ses personnages attachants malgré leurs défauts (le casting a aussi amplement rempli sa part du contrat en ce sens). Mais, bon sang, on a vraiment l'impression que "The Umbrella Academy" passe à côté d'un potentiel si énorme pour se contenter de délivrer le minimum syndical en se perdant dans un océan de facilités et de sous-intrigues superficielles. Ces super-héros méritaient franchement mieux. Espérons que la saison deux ne refera pas les mêmes erreurs... Il y en a tellement à corriger.

SAISON 2 (6/10)

L'Apocalypse arrive. Numéro 5 tente difficilement de réunir ses frères et sœurs pour la contrecarrer. Des tueurs de la Commission sont envoyés aux trousses de tout ce petit monde qui doit également composer avec un mystère à résoudre autour d'une figure paternelle aussi imposante qu'insaisissable...

...Attendez une seconde, ce ne serait pas déjà le résumé de la saison 1 de "The Umbrella Academy" ? Eh bien oui, les scénaristes de cette deuxième saison ont tout simplement décidé de ne prendre aucun risque et de repartir sur les mêmes bases que la précédente. Alors, bien sûr, suite à la première aventure, le cadre spatio-temporel est différent (le début des 60's à Dallas où les héros se sont éparpillés), chaque membre de la fratrie Hargreeves bénéficie d'une nouvelle storyline attendue et spécifique à ce contexte ou à sa personnalité (Allison membre de la lutte pour les droits civiques, Vanya amnésique, Klaus gourou d'une secte hippie, Diego à nouveau partagé entre sa soif d'héroïsme et une amourette compliquée, Luther faisant office de gorille pour un gangster/père de substitution...) mais, débarrassée de toutes de ces variations, "Umbrella Academy" ne fait que répéter de manière flagrante le schéma de la formule qui a fait son succès auprès du public. Là où on avait tellement espéré que cette saison 2 vienne exploiter à fond le potentiel de folie douce entraperçu au milieu de ses précédents errements, on devra se contenter de ce qui ressemble fortement à une saison 1 bis !

Néanmoins, il faut reconnaître que la déception des premiers instants suite à ce triste constat laisse place à des retrouvailles plutôt agréables avec tous ses personnages et leur univers gentiment barré. Car, si "The Umbrella Academy" a choisi de se répéter, elle le fait désormais grâce à une mécanique bien plus rodée ! Avec les personnalités de ses héros ancrées dans l'esprit du spectateur, elle se permet enfin de lâcher la bride sur l'absurde de ses situations décalées et gagne ainsi autant en humour qu'en fluidité. Les punchlines s'enchaînent de manière redoutable, des nouvelles dynamiques de duos/trios entre les frères et sœurs voient le jour afin d'amplifier notre attachement à la tribu Hargreeves, la série remet sur leur route quelques-uns des meilleurs protagonistes secondaires de la saison 1 tout en y adjoignant quelques nouveautés loufoques, et même ce qui s'apparentait à un jukebox artificiel en termes de bande-originale véhicule ici une énergie beaucoup plus naturelle et cohérente à l'ensemble ! Bref, même si tout n'est pas franchement original, "The Umbrella Academy" a le mérite d'apprendre de ses précédentes erreurs pour se montrer efficace et tenir la route niveau rythme pendant au moins toute sa première moitié de saison.

Et puis, tout dérape à mi-parcours.
Rejouant encore une fois la partition de l'union/désunion des Hargreeves avec des facilités déconcertantes, la série préfère séparer une énième fois séparer son petit clan pour les emmener vers des intrigues qui tiennent, au mieux, du remplissage pour durer jusqu'au final (les mésaventures d'Allison ou Klaus en sont hélas les pires exemples) ou, au pire, de la très mauvaise idée laissée trop longtemps en roue libre (la tentative désespérée de Numéro 5). Pendant quelques épisodes, cette saison 2 se met dangereusement à patiner, ne paraissant tellement plus savoir à quoi se raccrocher pour regagner en intérêt qu'elle en vient à faire appel au pire des faiblesses de la saison 1. Et, lorsque survient un certain rebondissement décisif sur la destinée d'un Hargreeves, on croit alors avoir atteint le pompon, le summum de la paresse scénaristique dans le procédé de répétition des fondamentaux de la première saison ! À seulement deux épisodes de la fin, c'est bien simple, on ne voit pas du tout comment "The Umbrella Academy" peut s'en sortir sans laisser un goût amer de déception...

Toutefois, un miracle se produit : alors que l'on craignait le pire, l'impact émotionnel (réussi) de cet événement va servir en réalité à remettre les forces en présence sur la bonne route et permettre à la série d'offrir un final que l'on peut enfin qualifier de véritablement épique ! Avec brio, celui-ci concrétise nos attentes jusqu'ici inassouvies de voir les Hargreeves fonctionner au plein régime de leur capacités au-delà d'une simple séquence (comme l'introduction de cette saison) et réussit à marier le spectaculaire des phases de son ultime combat, souvent impressionnant, à l'intime du relationnel complexe de ses participants. Encore une fois, tout n'est bien sûr pas parfait mais, en s'aventurant dans des directions inédites aux dynamiques habituelles de son univers et en misant sur l'identité collective de ses héros, "The Umbrella Academy" prouve définitivement que ce sont bien ces pistes-là qui peuvent lui offrir ses plus beaux moments !

Bon, les pires travers de la série sont encore bien présents, sans compter sa propension à privilégier trop souvent des ficelles convenues à l'originalité, cependant, on ne va pas le nier, cette saison 2 laisse tout de même une meilleure impression que la première. La flamme de l'espoir est une nouvelle fois entretenue pour une troisième de qualité supérieure, surtout au vu de l'intéressant épilogue, mais, si "The Umbrella Academy" rejoue une nouvelle fois ses cartes les plus connues et les plus faciles au détriment de ses meilleurs atouts, il deviendra très difficile d'être indulgent avec elle.

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