L'Académie des 7 (saison 1)

Avis sur The Umbrella Academy

Avatar Red Arrow
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Au bout de seulement deux épisodes, on y croyait, tous les feux étaient au vert pour qu'on tienne le "The Haunting of Hill House" de personnes dotés de super-pouvoirs avec "The Umbrella Academy" !
En effet, la série tirée des comics écrits par Gerard Way (le leader du groupe My Chemical Romance) et dessinés par Gabriel Bá a une base de drame familial fortement similaire au hit netflixien de Mike Flanagan en réunissant des frères et soeurs adoptifs incapables de former un tout autre que dysfonctionnel (les personnages d'Ellen Page et Robert Sheehan ont également des contours de départ identiques à certains membres de la famille Crain) sauf qu'ici, pas de maison hantée pour canaliser les tourments de ce tout de ce petit monde mais une enfance commune passée sous la coupe d'un "père" tyrannique et obsédé à l'idée de créer une team de super-héros susceptible de sauver le monde.
Bien sûr, avec ce choix d'adaptation opportuniste de la part de Netflix, la plateforme comptait sûrement rééditer le succès surprise de "The Haunting..." et, dans le fond, pourquoi pas ? Ce type d'approche est assez inédite en matière super-héroïque et, en plus, couplé au ton bien barré spécifique à ces comics, ce mélange des genres avait tout pour être réellement explosif. La mayonnaise prend d'ailleurs merveilleusement bien dans ses prémices, imaginez un peu : entre un singe majordome, une séquence de danse géniale, de l'humour détonnant, une baston à base de téléportations, un robot, un couple d'assassins, des mystères plutôt intriguants qui se tissent dès le premier épisode, un groupe de héros attachants et aux problèmes forcément peu communs par leur nature, un casting aux petits oignons pour les interpréter (le jeune Aidan Gallagher est une révélation), une B.O. qui dépote et pas mal de plans qui font plaisir à l'oeil, les débuts de "The Umbrella Academy" auraient facilement pu tomber dans le piège de l'overdose de son hybridité hors du commun mais non, la série parvient à en faire ressortir une originalité de ton franchement séduisante en seulement deux épisodes tenant toutes leurs promesses d'une vision nouvelle du groupe de super-héros entre vrai drame et dérision contagieuse. Hélas, si ces bonnes intentions font faire illusion pendant plus de deux épisodes (disons jusqu'à la bagarre générale du troisième grosso modo), il va devenir assez vite clair que l'on avait surestimé la capacité de la série à tirer en permanence le meilleur de sa nature de gigantesque melting pot sur la durée...

Déjà, même si l'on n'a pas lu le matériau d'origine, "The Umbrella Academy" souffre d'une trame principale bien trop prévisible. Dès le pilote, en ayant en tête que la notion de famille va être forcément au coeur des enjeux, la question de savoir ce qui se cache derrière les raisons de l'apocalypse à laquelle va être confronté le groupe de héros n'est clairement pas une équation insoluble. Avec un peu de jugeote et un minimum de connaissances sur les ressorts habituels de ce genre de récit, la solution à la nature de la menace apparaît comme évidente, surtout si l'on y rajoute la qualité de l'interprète y étant lié de près et que l'on voit mal se cantonner aux premières facettes de son personnage. Même si elle empruntera de nombreux chemins de traverse pour tenter de maintenir un vague doute, "The Umbrella Academy" ne créera pas la moindre surprise en allant droit sur cet objectif scénaristique de confrontation ultime bien trop rapidement deviné. Dans le fond, on pourrait pardonner cette non-prise de risques autour de son intrigue la plus majeure mais il aurait fallu que le voyage pour y parvenir soit des plus réussis et que le traitement de sa destination trop vite comprise ait le mérite de nous surprendre malgré tout. Manque de chance, le déroulement chaotique de la série ne va remplir aucune de ses conditions...

Après ses débuts enthousiasmants, "The Umbrella Academy" va hélas tomber dans les travers de beaucoup de ses consoeurs sur Netflix : le remplissage. Peut-être un peu consciente de sa finalité peu surprenante, la série va retarder le plus possible l'heure des révélations et tenter de brouiller les cartes en séparant au maximum les personnages en duos/trios afin de les développer lors d'enquêtes amenées inéluctablement à se rejoindre. Ce choix volontaire de se disperser en sous-intrigues en forme de mirages sur les intentions réelles du récit va durer longtemps, beaucoup trop longtemps, quasiment de l'épisode 4 au 8, conduisant a fortiori à la fois à la stagnation perpétuelle de l'histoire et à notre perte d'intérêt pour tous ces événements dont l'objectif est seulement de gagner du temps. Attention, tout ne sera pas forcément inutile ou ennuyeux (la série sait offrir de bons moments pour toujours rester un minimum divertissante) mais la finalité de l'ensemble de ces éléments paraîtra tellement anecdotique d'une vue globale que leur superficialité transpirera sans cesse à travers l'écran.
En premier lieu, on pourra citer le couple d'agents, Hazel et Cha Cha, amusant d'abord par leur dynamique et le lot d'action qu'ils apportent puis devenant un véritable handicap en parasitant sans cesse la série avec leur point de vue dont on se contrefiche et qui apparaîtra encore plus anecdotique une fois arrivé au terme de la série. Dans le meilleur des cas, leur complicité née de leur expérience commune sera mise à mal par la remise en cause professionnelle de Hazel, totalement insignifiante par rapport au reste, et, dans le pire, leur rôle se résumera à ouvrir des portes de motels miteux avec des remarques sarcastiques (on ne plaisante pas, on assiste au moins à une vingtaine de variantes de la même scène sur toute la durée de la série). Malgré leur entrée fracassante, le choix d'avoir ajouté ces deux personnages issus du tome 2 des comics (cette saison 1 adapte le premier) ne trouvera aucune justification in fine sinon d'établir un trait d'union entre les héros et la fameuse Commission qui les emploie et dont le rôle est dévoilé dans l'épisode 5.
Cette dernière ne sera d'ailleurs pas mieux lotie niveau traitement. Apportant une nouvelle donne SF à la mi-saison avec la présentation de son univers tranchant avec celui de la série jusqu'alors, l'importance donnée à cette Commission fera aussi l'effet d'un soufflé par la manière dont son fonctionnement sera survolé en à peine un épisode et surtout réduit à un simple prétexte pour permettre à Numéro 5 d'occuper le devant de la scène un certain moment. Comme ses deux représentants dont on parlait plus haut, la pertinence de sa mise en avant sera plus que discutable à la découverte de son rôle très mineure dans les ultimes instants (vraiment dommage car sa patronne incarnée par Kate Walsh apporte une vraie bouffée d'air frais à chacune de ses apparitions).
On pourrait aussi rajouter à cette liste les déboires de plus en plus irritants et répétitifs du personnage de Robert Sheehan (son humour le rend tout de même supportable), une enquête "oculaire" inutile qui débouchera sur une évidence, une virée en boîte de nuit fatigante, des allers-retours temporels apportant bien sûr ce petit côté de fascination naïve chez le spectateur mais disséminés dans la série toujours dans l'optique de temporiser. Comme un pied de nez ultime, une très grande partie d'un épisode à mi-parcours ne servira tout simplement à rien grâce à une astuce scénaristique nous présentant deux versions de mêmes faits qui déboucheront... ben... sur quasiment la même chose. À ce stade de pistes obsolètes, la série pourrait même être rebaptisée "The Remplissage Academy", c'est dire l'étendue des dégâts...

Mais on était surtout resté sur la belle impression de départ nous laissant espérer un "The Haunting of Hill House" super-héroïque et bien barré. Là encore, "The Umbrella Academy" va décevoir en délaissant petit à petit une construction d'abord similaire au bijou de Mike Flanagan où des adultes évoluent en résonance avec leurs doubles enfants pour ensuite zapper la jeunesse de ses héros (elle n'y reviendra que très rarement) et démultiplier simplement les points de vue dans le but de les approfondir à tour de rôle. On aurait pu saluer que la série évite un bête copier-coller mais la dimension dramatique recherchée par les traumas personnels de chacun des héros ou leurs dissensions quand ils sont en groupe ne seront jamais primordiales et ne constitueront au fond qu'un morceau de plus au puzzle alors qu'ils auraient dû en être le coeur. Les situations de certains ont pourtant le potentiel d'être touchantes (le sort des amants maudits Luther et Allison notamment, lui avec sa transformation et son isolement lunaire, elle avec sa fille) mais les développements autour resteront toujours trop courts pour susciter une vraie vague d'émotions. "The Umbrella Academy" aurait pu compenser en trouvant sa propre voie grâce à ses pointes de "folie cool" qui agrémentent chaque épisode avec son lot de rebondissements absurdes mais l'humour et le décalage musical recherchés constamment vont vite prendre la forme d'artifices et de gimmicks répétitifs encore une fois présents pour retarder avant tout l'échéance des événements finaux.
En fait, seules les manipulations du vilain (ainsi que son origin story) sur le personnage dont viendra le danger sauront progressivement et plus naturellement titiller notre empathie jusqu'à une fin qui va heureusement revenir à la qualité des premiers instants sans toutefois faire d'étincelles.

À partir de l'épisode 8 (qui a le meilleur cliffhanger de toute la série) faisant enfin la lumière sur toutes les zones d'ombre de l'intrigue principale, la série va enfin aller à l'essentiel et confronter les forces en présence. À l'instar de l'antagoniste qui élève la qualité de son jeu de manière contagieuse, "The Umbrella Academy" ne va au moins pas faillir à délivrer des morceaux de bravoures, certes, attendus mais ne passant pas à côté des promesses d'un final spectaculaire et nous récompensant d'avoir eu la patience d'être restés jusque-là malgré les errements importants de la série. Tout ne sera évidemment pas parfait comme le sort absolument idiot du vilain manipulateur ou notre groupe de héros faisant à peu près tout pour attiser l'ampleur de la menace et, au vu de la possibilité révélée qu'a Numéro 5 d'emmener des gens avec lui, on se posera forcément la question de savoir pourquoi il n'a pas pensé à emporter leur adversaire à une époque où il n'aurait pu faire de mal à personne (ben oui, c'est un peu idiot tout de même...). Mais le divertissement efficace étant au rendez-vous, on préférera fermer les yeux sur ces dernières aberrations et apprécier le fait que la série ait au moins réussi à assurer son final pensé en vue d'une deuxième saison, ce n'était pas gagné d'avance...

Comme on n'a cessé de le répéter, le départ tonitruant de "The Umbrella Academy" nous avait laissé espérer une grande série de super-héros avec un traitement inédit et très proche de la réussite "The Haunting of Hill House" dans l'esprit. En réalité, on s'est plutôt retrouvé face à une espèce de saison d'un "Heroes" 2.0 version drame familial et tentant d'exister uniquement par son côté décalé. On exagère peut-être un peu car, après tout, on l'a suivi jusqu'à son terme et, hormis son début et sa fin plus convaincants que le reste, la série a su tout de même délivrer de bons moments ici et là la rendant souvent divertissante grâce à ses personnages attachants malgré leurs défauts (le casting a aussi amplement rempli sa part du contrat en ce sens). Mais, bon sang, on a vraiment l'impression que "The Umbrella Academy" passe à côté d'un potentiel si énorme pour se contenter de délivrer le minimum syndical en se perdant dans un océan de facilités et de sous-intrigues superficielles. Ces super-héros méritaient franchement mieux. Espérons que la saison deux ne refera pas les mêmes erreurs... Il y en a tellement à corriger.

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