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Avec actuellement 6 saisons au compteur, la série The Walking Dead peine décidément à se renouveler. Les épisodes se succèdent et finissent par se ressembler, conséquence inhérente au succès des séries qui continuent de produire du contenu non plus pour aller au bout d'une histoire mais dont le but est d'exploiter le juteux filon jusqu'à épuisement (ce que j'appelle l'effet Prison Break). Et l'on commence à en comprendre la recette de fabrication La plupart les épisodes de la série semblent sortir du même moule :


  • chaque épisode commence par une scène d'ouverture du quotidien des personnages, puis la scène prend du recul pour recontextualiser l'action et montrer au spectateur qu'"au mon dieu, on est bien dans une apocalypse zombie et non pas tranquillement chez soi". Subtilement amené les premières fois, le procédé est tellement éculé que son impact est amoindri et tient désormais d’avantage du gimmick fade.

  • S'ensuit divers palabres sur les relations et les états d'âme des certains personnages, puis un passage à l'action. Cette dernière est coupée en son milieu par un personnage secondaire inintéressant qui baisse les bras et déclare "qu'on ne s'en sortira pas", puis par l'intervention d'un personnage principal qui lui sort un discours bien senti destiné à remotiver les troupes.

  • Enfin nos héros réussissent (grâce au pouvoir de l'amitié..et des gros calibres) ce qu'ils ont entrepris. Joie et bonheur sont de courte durée cependant puisque les 5 dernières minutes de l'épisode se constituent au choix d'une mort soudaine/d'un enlèvement/ d'une menace imminente (rayez la mention inutile) destinée à créer du suspens et pousser le spectateur à regarder le prochain épisode. Au final, sur les 45 minutes d'épisodes, seulement une 10aine font avancer l'histoire.


Concernant les personnages en eux-mêmes, ils manquent cruellement de profondeur. Là où certaines séries creusent leurs personnages en leur donnant un passé trouble et une identité propre, singulière, The Walking Dead met tout le monde sur un pied d'égalité : chaque personnage explore ses doutes et ses craintes non pas en tant qu'individu (et y fait face avec ses propres expériences), mais en tant que membre de l’espèce humaine lambda (ai-je le droit de tuer d'autres humaines ? syndrome du survivant, tel personnage me manque, etc.).

Ce qui fait que chaque personnage traverse les mêmes phases de doute mais à des moments différents de la série. Si ces interrogations existentielles présentaient un certain intérêt au début de la série, elles deviennent vite redondantes et on croirait entendre un vieux disque rayé.

The Walking Dead gagnerait en profondeur en s'inspirant de ses aînés comme Lost, et en consacrant par exemple un épisode à un personnage en particulier (avec un système de flash back d'avant l'apocalypse) plutôt que de noyer le peu de personnages intéressants dans un marasmes d'autres protagonistes secondaires inutiles dont le passé est évoqué en coup de vent (afin de créer un semblant d'empathie artificielle juste avant qu'il ne meurt de façon aléatoire).

Les dialogues ne viennent pas secourir la situation puisqu'ils sont grandiloquents et peu inspirés. Là où la situation nécessite que l'on s'exprime clairement, les "badass" préfèrent s'exprimer à demi-mots pour conserver une aura de mystère ténébreuse.

Mais ce qui m'énerve le plus dans cette série ce sont les décisions stupides prises par les personnages face à l'adversité. Un exemple :

dans la saison 6, nos héros découvrent une vieille carrière abandonnée remplie de zombies. Les obstacles empêchant ces derniers de s'enfuir menacent cependant de s'effondrer, ce qui mettrait en péril la sécurité du camp de survivants qui se trouvent non loin.
Mais plutôt que de profiter du fait que tous les zombies soient entassés au même endroit pour les éliminer méthodiquement et sans risques (par exemple en y mettant le feu ou les éliminant un par un en régulant leur sortie) notre bande de joyeux lurons décident de libérer tous les zombies en même temps et de les attirer loin de leur camp, tout en essayant de canaliser le flux. Autant dire que cette décision était celle qui avait le plus de chances d'échouer...


Le problème n'est pas le fait que ces décisions soient stupides en soit, mais vient de la raison pour laquelle elles sont prises. Elles ont été pensées par les scénaristes pour des raisons de divertissement. Si nos protagonistes avaient réussi trop facilement à se débarrasser de la menace ils n'auraient plus qu'à retourner ensuite à la culture de leurs plants de carottes et la série n'aurait plus rien à raconter d'intéressant.
Que la série veuille nous divertir par des situations extrêmes est louable en soi, mais les ficelles scénaristiques sont ici tellement grosses qu'on voit venir le traquenard à 1000km. L'introduction de l’élément perturbateur pourrait se faire de façon bien plus subtile.

La conséquence de cette course au divertissement est malheureusement lourde. Si cette série avait un quelconque message engagé derrière ("l'Homme est un loup pour l'Homme", ou encore "l'existence humaine est un cycle éternel de destruction et de reconstruction") celui-ci a tendance à s'affadir par répétition, s’effaçant derrière le réel but de la série : divertir.

Et c'est là que le bât blesse. Plutôt que d'avoir une série avec un véritable scénario déterminé qui sait où il va et quand s’arrêter, porteur d'un message fort, on se retrouve avec une série fleuve qui tire sur la corde et répète inlassablement les mêmes schémas narratifs (on ne change pas une équipe qui gagne après tout). Plutôt que de sortir des sentiers battus et d'exploiter la profusion de possibilités qui s'offre à eux, d'innover et de surprendre le spectateur, les scénaristes se reposent sur leurs acquis, ne prennent aucun risque et nous proposent toujours la même soupe mais dans un emballage différent.

La série n'est pourtant pas à jeter. Certains personnages peuvent se révéler intéressants si l'on se penche plus sur eux, certaines idées sont parfois rafraîchissantes, techniquement la série est assez impressionnante. Mais ce n'est qu'une goutte d'eau.

Un conseil : allez plutôt lire la BD ou faire les jeux vidéos The Walking Dead, vous en retirerez une meilleure expérience.

FunkyBatou
5
Écrit par

il y a 6 ans

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1 commentaire

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